Le 28 juillet 2026, le préfet du Gard inflige une amende administrative de 45 000 € à la société Rhodia Opérations, exploitante du site chimique de Salindres. Deux jours plus tard, un second arrêté la met en demeure de traiter des rejets dont le flux moyen de TFA atteint 8,924 kg par jour vers le Gardon en aval. Aucun des deux n'apparaît dans les reprises de presse trouvées à ce jour.
Ce qui est établi : deux sanctions administratives pour dépassement des valeurs limites d'émission de PFAS, prises au titre de la police des installations classées. Ce qui ne l'est pas : aucune condamnation pénale, aucune décision de justice, aucune plainte déposée. Le délai de recours de deux mois devant le tribunal administratif de Nîmes court encore à ce jour.
Rhodia Opérations, pas « Solvay »#
Les deux arrêtés visent nommément la société RHODIA-OPERATIONS. Le rapport d'inspection de la DREAL du 9 décembre 2024 écrit que « Solvay France a annoncé sa décision de cesser les activités de production exercées par Rhodia Opérations sur le site de Salindres ». C'est tout ce que les documents consultés établissent sur le lien entre les deux noms : aucun d'eux ne précise la nature capitalistique exacte, participation ou filiale. Écrire que Rhodia Opérations est « une filiale de Solvay » irait au-delà de ce que ces textes disent. Le nom qui figure sur l'amende, c'est Rhodia Opérations, et c'est celui qu'on retient ici.
Cinq mois de dépassement, chiffrés arrêté par arrêté#
L'arrêté n° 2026-033-DREAL sanctionne un manquement précis : « l'exploitant décide de manière volontaire de ne pas mettre en place de traitement des effluents contenant des PFAS rejetés dans le milieu naturel qui s'écoule vers le Gardon en aval, sans proposer aucune alternative ». L'inspection y constate que les rejets de janvier 2026 dépassent la valeur limite d'émission en concentration « d'au moins 9 fois le seuil pour le TFA et de 4 fois au moins pour le TA ». Le manquement s'étend sur cinq mois consécutifs, de janvier à mai 2026.
| Étape | Date | Ce qu'elle fixe |
|---|---|---|
| AP complémentaire | 21 juin 2024 | VLE TFA : 50 mg/L et 7 kg/j, resserrées à 0,6 mg/L et 0,1 kg/j au 1er janvier 2026 |
| Mise en demeure antérieure | 10 avril 2026 | Sommation de respecter ces seuils, restée sans effet selon l'arrêté suivant |
| Amende administrative | 28 juillet 2026 | 45 000 € pour cinq mois de dépassement constaté |
| Nouvelle mise en demeure | 30 juillet 2026 | Un mois pour se conformer aux articles 7 et 8 de l'arrêté de 2024 |
| NQE européenne (TFA compris) | 30 mars 2026 | Transposition exigée au 21 décembre 2027 |
Le flux moyen mesuré, 8,924 kg/j de TFA, dépasse le seuil autorisé d'un facteur qui se lit directement dans le texte de l'arrêté du 30 juillet : la limite fixée au 1er janvier 2026 est de 0,1 kg/j. Ce même arrêté chiffre aussi la concentration relevée dans l'Avène, premier cours d'eau récepteur : environ 1,4 mg/L sur l'année 2025, « en l'absence de tout traitement ».
Un pilote présenté comme concluant, puis jugé irréalisable#
En mai 2024, Solvay présentait devant la commission de suivi de site un objectif : « réduire la concentration en TFA dans les rejets en dessous de 0,6 mg/l », avec des « premiers essais concluants de l'osmose inverse ». Le rapport d'inspection de décembre 2024 confirme des résultats de pilote encourageants, autour de 0,4 mg/L en sortie pour 7 mg/L en entrée.
Vingt et un mois plus tard, dans un bilan remis le 27 février 2026, Rhodia Opérations invoque « de meilleures solutions qui seront peut-être disponibles dans le futur » et écarte le traitement à l'échelle industrielle. La préfecture ne l'a pas laissé passer sans le relever : elle écrit que ces arguments « sont en contradiction avec les résultats intermédiaires du pilote et avec le dernier bilan de l'expérimentation actualisé en dernier lieu le 16 janvier 2026 ». En mai 2024, l'osmose inverse marchait. Vingt et un mois plus tard, elle coûterait trop cher pour être installée. Le texte administratif souligne lui-même l'écart.
Sur le volet financier, l'arrêté du 30 juillet oppose deux montants : les 20,5 millions d'euros d'investissement que l'exploitant juge trop élevés, et les 3,3 millions d'euros de redevance annuelle que l'administration calcule, sur la base d'un tarif de 100 € pour cent grammes émis, pour les émissions actuelles non traitées. J'ai relu ce paragraphe deux fois avant d'écrire cette phrase, et je ne suis toujours pas certaine qu'un arbitrage purement comptable se défende face à un rejet qui atteint le premier cours d'eau récepteur.
L'eau potable, conforme aux seuils sanitaires, avec une réserve#
La campagne de l'ARS Occitanie, publiée le 6 mars 2025 sur 32 captages répartis dans dix collectivités du nord du Gard, donne des résultats qu'il vaut mieux vérifier soi-même plutôt que de les résumer d'un mot. Sur la somme des vingt PFAS réglementés dans l'eau de consommation, « tous les résultats sont conformes à la norme de 0,1 µg/L ». Sur le TFA seul, substance qui n'entre pas dans cette liste de vingt, treize captages affichent des valeurs « proches ou supérieures à 10 µg/L », avec un maximum relevé à 37 µg/L, restant sous la valeur sanitaire indicative de 60 µg/L retenue depuis février 2025.
Ces deux phrases ne se contredisent pas, mais elles répondent à deux questions différentes. La première dit : conforme à la réglementation en vigueur sur les vingt PFAS suivis. La seconde dit : au-dessus de l'objectif de réduction fixé pour le TFA seul, qui n'a pas de valeur contraignante propre en France. La cartographie nationale des analyses PFAS permet de replacer ces treize captages dans l'ensemble du territoire, et le suivi dans la durée du TFA dans l'eau potable montre pourquoi cette substance échappe encore à la réglementation dédiée.
Une pollution qui ne vient plus de la production#
L'usine a cessé de produire. Solvay France a annoncé cette décision fin septembre 2024, et l'arrêté du 28 juillet 2026 retient une date de cessation de production plus tardive, le 11 mars 2025. Depuis, le rejet de PFAS ne provient plus des ateliers mais des résurgences d'un dépôt de déchets historique : environ neuf millions de tonnes contenues par des digues de 35 mètres sur près de 35 hectares, selon la présentation de la DREAL du 29 mai 2024. Sept rejets d'effluents issus de ces résurgences font l'objet de l'autosurveillance mensuelle imposée par la mise en demeure du 30 juillet.
Ce déplacement de la source change la nature du problème sans le clore : une production arrêtée ne suffit pas à faire cesser un rejet quand la pollution est logée dans un dépôt de déchets qui continue de lixivier. D'autres sites industriels du réseau connaissent la même mécanique judiciaire ou administrative, à des vitesses très différentes, et la loi PFAS de 2025 a justement introduit la redevance qui sert désormais de base au calcul de la préfecture.
Ce que le dossier n'établit pas#
Générations Futures écrivait, dans son alerte de février 2024, que « des recours juridiques sont envisagés, avec une plainte pénale pour atteinte aux poissons et pollution aggravée des eaux ». Aucune source consultée ne confirme qu'une telle plainte a été effectivement déposée à Salindres. Aucune décision de justice, administrative ou judiciaire, ne figure dans les documents disponibles sur ce dossier. Les deux arrêtés de 2026 ouvrent un recours de deux mois devant le tribunal administratif de Nîmes ; rien n'indique que Rhodia Opérations l'ait exercé à ce jour.
L'association contestait par ailleurs, dans un communiqué de mars 2025, le seuil sanitaire indicatif retenu pour le TFA. Son porte-parole, François Veillerette, écrivait alors : « cette norme de 60 μg/L est en effet beaucoup trop élevée et doit donc être revue pour réellement protéger les populations ». C'est une position, portée par une association, pas une conclusion administrative : l'instruction DGS qui fixe ce seuil de 60 µg/L reste, à ce jour, le texte en vigueur.
Sur ce qu'il adviendra du site, le dossier reste aussi silencieux que sur son passé judiciaire. Ni calendrier ni coût total de dépollution ne figurent dans les documents publics consultés. PFAS, TFA, RPF, VLE : le glossaire de ces sigles aide à s'y retrouver avant de suivre la suite de ce dossier, qui se jouera devant le tribunal administratif de Nîmes ou nulle part, selon que Rhodia Opérations choisit ou non de contester l'amende.
Sources#
- Préfecture du Gard, arrêté n° 2026-033-DREAL du 28 juillet 2026 : https://www.gard.gouv.fr/contenu/telechargement/68696/506646/file/20260729_SOLVAY%20RHODIA%20Op%C3%A9rations_SALINDRES_AP%20amende%20administrative.pdf
- Préfecture du Gard, arrêté n° 2026-035-DREAL du 30 juillet 2026 : https://www.gard.gouv.fr/contenu/telechargement/68837/507731/file/AP%20MED%20Rhodia%20Op%C3%A9ration%20traitement%20effluents%2030%2007%2026.pdf
- Préfecture du Gard, arrêté n° 2024-07 du 21 juin 2024 : https://www.gard.gouv.fr/contenu/telechargement/58231/435709/file/AP%20compl.%20PFAS%20%20Rhodia%20.pdf
- DREAL Occitanie, rapport d'inspection du 9 décembre 2024 : https://www.georisques.gouv.fr/webappReport/ws/installations/inspection/vIDEzHDBhgDssSoTYbakX1RApLkSa4ax
- DREAL Occitanie, présentation à la commission de suivi de site du 29 mai 2024 : https://www.occitanie.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/presentation_dreal_css_salindres_.pdf
- ARS Occitanie, communiqué de presse du 6 mars 2025 : https://www.occitanie.ars.sante.fr/system/files/2025-03/2025_03_06_CP_R%C3%A9sultats_PFAS_TFA_Gard.pdf
- Instruction n° DGS/EA4/2025/22 du 19 février 2025 : https://sitesv2.anses.fr/fr/system/files/INSTRUCTION%20N%C2%B0%20DGS-EA4-2025-22%20du%2019%20f%C3%A9vrier%202025.pdf
- Directive (UE) 2026/805 du 30 mars 2026 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=OJ%3AL_202600805
- Générations Futures, alerte du 6 février 2024 et communiqué du 7 mars 2025 : https://www.generations-futures.fr/actualites/pfas-salindres/
- Solvay, position du groupe sur Salindres : https://www.solvay.com/en/tfa/update-situation-solvay-salindres





