Cinq sessions plénières, cinq fois la même impasse. À Bangkok, du 24 au 27 mars 2026, les États membres du GIEC ont de nouveau quitté la salle sans avoir tranché la seule question qui les divise depuis deux ans : à quelle date le septième rapport d'évaluation, l'AR7, sera-t-il publié ? La décision est renvoyée, encore, à la 65e session plénière du GIEC. L'IPCC-65 se tiendra à Addis-Abeba, en Éthiopie, dans la deuxième semaine d'octobre 2026. Les dates exactes ne sont pas encore fixées.
Officiellement, le GIEC parle d'un simple point de calendrier à finaliser. En réalité, c'est un bras de fer entre gouvernements qui dure depuis l'IPCC-60 et que quatre présidences de séance n'ont pas réussi à dénouer.
Cinq réunions, aucune date#
Le calendrier de publication de l'AR7 est bloqué depuis l'IPCC-60. Sofia en juillet-août 2024, Hangzhou en février-mars 2025, Lima en octobre 2025, Bangkok en mars 2026 : à chaque session plénière, les délégations rouvrent le dossier, campent sur leurs positions, et referment sans consensus. Le compte rendu de l'IPCC-64 par l'Earth Negotiations Bulletin est net sur ce point, c'est le cinquième échec d'affilée. J'ai épluché ces comptes rendus session après session, et le même motif revient : le point calendrier est inscrit, discuté, puis reporté d'un revers de séance.
Le président du GIEC, Jim Skea, n'a pas cherché à enjoliver le bilan de Bangkok. Il a qualifié la réunion de « frustrating and disappointing », aux « résultats minimaux ». Venant de l'homme qui préside l'institution, l'aveu est rare.
Deux options s'affrontent. La première vise une publication des trois contributions des groupes de travail en 2028, calée sur le deuxième bilan mondial de l'Accord de Paris. La seconde étale le travail jusqu'en 2029, au motif que le calendrier resserré serait intenable pour les auteurs. Un an d'écart sur le papier. Sur le fond, deux visions du rôle politique de la science climatique.
Une année qui vaut un bras de fer diplomatique#
Pourquoi tant de tension sur douze mois ? Parce que la date n'est pas neutre. Publier en 2028 signifie livrer les conclusions du GIEC à temps pour le deuxième bilan mondial de l'Accord de Paris, ce moment où les États font le compte de leurs engagements. Publier en 2029, c'est arriver après. Trop tard pour peser sur cette échéance-là.
Les pays qui poussent pour 2028 veulent une science qui alimente la décision politique au bon moment. Ceux qui défendent 2029 invoquent la charge de travail des auteurs et la qualité scientifique. Difficile de trancher qui a raison sans connaître le détail des arbitrages. Ce que les comptes rendus laissent voir, c'est que la ligne de fracture recoupe des intérêts diplomatiques, pas seulement des contraintes de production.
L'enjeu dépasse le GIEC. Le rythme des négociations climatiques, du rapport annuel sur l'écart d'émissions du PNUE jusqu'aux sommets comme la COP31 d'Antalya, se cale en partie sur les livraisons scientifiques. Décaler l'AR7 d'un an, c'est décaler la matière première des débats.
Ce qui, lui, avance sans blocage#
Il faut lever une confusion fréquente. Le blocage porte sur le calendrier, pas sur le contenu des rapports. Les plans détaillés, eux, sont adoptés depuis longtemps.
À Sofia, en 2024, la plénière a validé les contours de deux rapports : le rapport spécial sur les villes et le changement climatique, cinq chapitres, publication visée en mars 2027, et un rapport méthodologique sur les forceurs climatiques de courte durée. À Hangzhou, en 2025, ce sont les plans des trois contributions des groupes de travail à l'AR7 qui ont été adoptés, le volet physique le 28 février, les volets impacts et atténuation le 1er mars. L'IPCC-65 ne va donc pas « adopter les plans » : c'est fait.
Sur le terrain, la machine tourne. Le brouillon du volet physique du rapport est déjà en rédaction, sa revue experte mondiale s'ouvre à l'été 2026. Le rapport sur les villes en est à son deuxième brouillon, en revue depuis mai 2026, toujours calé sur mars 2027. Le rapport de synthèse, lui, est attendu fin 2029. Autrement dit, des équipes produisent des milliers de pages sur un calendrier que les gouvernements n'ont toujours pas ratifié.
Un secrétariat en transition, une caisse sous tension#
Le décor de l'IPCC-65 n'aide pas. L'IPCC-64 a été la dernière session plénière du secrétaire du GIEC, Abdalah Mokssit, qui part à la retraite après une décennie en poste. La gouvernance change de main au moment le plus tendu.
Et l'argent manque. Selon l'Earth Negotiations Bulletin, le Fonds fiduciaire du GIEC dépense plus qu'il ne reçoit depuis plusieurs années. Le PNUE alerte sur un risque d'épuisement de la trésorerie avant la fin du septième cycle si la tendance se maintient. Un rapport bloqué coûte cher, et la caisse se vide.
Alors une question, à quelques semaines d'Addis-Abeba. Une institution qui n'arrive pas à fixer sa propre date de publication garde-t-elle l'autorité de dire aux États quand agir ?
Sources#
- IPCC : « frustrating and disappointing meeting » sur le calendrier AR7 (Carbon Brief)
- Compte rendu de l'IPCC-64 (Earth Negotiations Bulletin, IISD)
- 61e session plénière du GIEC : toujours pas d'accord sur le calendrier de l'AR7 (Citepa)
- Le GIEC adopte les plans de trois contributions clés à l'AR7 (IPCC)
- Le GIEC approuve les plans des deux premiers rapports du 7e cycle (IPCC)
- Le GIEC à la SB64 de la CCNUCC (IPCC)
- 64e session plénière du GIEC (IPCC)





