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Pré-COP31 : Fidji et Tuvalu font entendre le Pacifique

Pré-COP31 : Fidji et Tuvalu font entendre le Pacifique

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Trente centimètres de plus d'ici 2050, soixante-dix-sept d'ici 2100 : voilà ce que le GIEC, dans son sixième rapport, projette pour le niveau de la mer autour de Tuvalu, un archipel dont la moitié du territoire pourrait passer sous l'eau au milieu du siècle. C'est ce pays, l'un des plus exposés de la planète, qui accueillera en octobre une partie de la Pré-COP31, la réunion préparatoire au grand rendez-vous climatique de l'année. Fidji recevra les ministres et les négociateurs du 5 au 8 octobre 2026, avec une composante « Leaders » organisée à Tuvalu. Pour la première fois, cette étape se joue dans le Pacifique.

Officiellement, c'est la consécration de la voix des petits États insulaires dans la diplomatie climatique. En réalité, la géographie de cette COP raconte un partage du pouvoir plus retors : le Pacifique reçoit, mais il ne préside pas.

Février 2026 : une décision arrachée au forum#

Tout commence les 26 et 27 février 2026, quand le Forum des îles du Pacifique annonce que Fidji et Tuvalu accueilleront les réunions préparatoires. « Accueillir la Pré-COP31 n'a rien de symbolique, c'est stratégique », déclare alors le Premier ministre fidjien Sitiveni Rabuka, selon l'agence PINA. Et d'ajouter que le Pacifique se présentera à cette Pré-COP « uni et concentré sur les résultats ».

La formule mérite d'être prise au sérieux, parce qu'elle vise à corriger un malentendu. Accueillir n'est pas décider. Le sujet est d'autant plus sensible qu'il ne faut pas le confondre avec l'accord entre Tuvalu et l'Australie sur la nationalité climatique, un dispositif bilatéral distinct qui organise, lui, l'accueil de Tuvaluans menacés par la montée des eaux. Ici, il est question de négociations multilatérales, pas de visas.

Mars 2026 : les dates tombent, Tuvalu entre en scène#

Le 20 mars 2026, à Brisbane, la ministre fidjienne de l'Environnement et du Climat Lynda Tabuya confirme le calendrier. Selon PINA, elle attend de la Pré-COP « des résultats concrets et tournés vers l'avenir, à la hauteur de l'urgence de la crise climatique ». Le programme s'étend sur trois jours et demi à Fidji, dont une composante « Leaders » d'un jour et demi qui inclut un segment organisé à Tuvalu.

Ce déplacement vers Tuvalu n'a rien d'anodin. Y amener des chefs d'État et de gouvernement, c'est les placer les pieds dans un pays qui mesure sa disparition en millimètres par an. La NASA estime la hausse locale du niveau marin à environ 5 mm par an sur ses relevés récents, quand le marégraphe de Funafuti pointe 3,92 mm par an sur la période 1977-2022. Fidji, de son côté, encaisse entre 3,6 et 4 mm par an. Des chiffres qui, mis bout à bout, dessinent une frontière mouvante.

Qui préside vraiment la COP31#

C'est ici que le récit officiel se fissure. La COP31 se tiendra du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie, et c'est bien la Turquie qui en assure la présidence pleine, avec Murat Kurum comme président de la COP. Je l'écris nettement, parce que le raccourci d'une « coprésidence » turco-australienne circule un peu partout : il est faux. En lisant les modalités officielles du partenariat, signées le 21 novembre 2025, on trouve une répartition inédite dans l'histoire de la convention climat. L'Australie n'obtient pas la présidence. Elle reçoit un rôle taillé sur mesure, celui de « President of Negotiations », avec une autorité exclusive sur les négociations, confiée à son ministre Chris Bowen.

Ce montage est le fruit d'un compromis. Après plus de trois ans de rivalité entre les deux pays pour l'accueil du sommet, l'affaire s'est réglée autour de la COP30 de Belém, fin 2025. La Turquie garde la vitrine et la logistique, l'Australie tient la salle des négociations. Le Pacifique, lui, hérite de la Pré-COP.

Faut-il y voir un lot de consolation ou un levier réel ? La ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong défend la seconde lecture : accueillir ces réunions serait, selon elle, « l'occasion pour la communauté internationale d'entendre directement les populations du Pacifique ». La citation provient d'un communiqué relayé par l'AFP, que je n'ai pas pu vérifier à la source directe. Reste que la scène est là, et qu'une scène, en diplomatie, ce n'est jamais rien. C'est même parfois tout ce qu'on accorde à ceux qu'on ne veut pas laisser décider.

La route du Pacifique vers Antalya#

Le calendrier 2026 s'enchaîne comme une remontée vers le nord. Fin août, du 30 août au 4 septembre, Palau accueille à Koror la 55e réunion des dirigeants du Forum des îles du Pacifique, avec un événement climatique dédié. Vient ensuite la Pré-COP d'octobre à Fidji et Tuvalu. Puis Antalya, en novembre.

Cette route a déjà été pavée par les techniciens. Les négociations préparatoires de Bonn en juin ont posé les dossiers lourds sur la table, et l'ouverture de la COP31 à Antalya devra trancher ce que la Pré-COP aura seulement préparé. Les insulaires le savent : le vrai arbitrage se fera en Turquie, pas chez eux.

Ce que le Pacifique pose sur la table#

Alors sur quoi comptent-ils peser ? Trois lignes reviennent dans les communiqués de Suva. Maintenir le seuil de 1,5 °C. Débloquer un financement climatique « accessible et prévisible ». Renforcer la résilience des petits États insulaires en développement.

Derrière ces mots, des dossiers financiers précis. Le nouvel objectif chiffré adopté à Bakou fin 2024 promet au moins 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 aux pays en développement, avec un appel à mobiliser 1 300 milliards toutes sources confondues. Le fonds pour les pertes et préjudices a lancé une phase de démarrage dotée de 250 millions de dollars, avec des subventions de 5 à 20 millions par pays et un appel à candidatures ouvert du 15 décembre 2025 au 15 juin 2026. Et le Pacifique pousse son propre véhicule, le Pacific Resilience Facility, dont le traité fondateur est entré en vigueur le 7 mai 2026 après la ratification de l'Australie et de Fidji.

Sur son financement, j'avoue rester prudente : deux montants de promesses de dons circulent, autour de 170 millions de dollars, sans recoupement solide au-delà de deux sources. L'objectif affiché, lui, est clair, 500 millions d'ici fin 2026, avec une ambition de long terme à 1,5 milliard « pour un monde à 1,5 degré ».

La société civile, elle, refuse de se contenter de la symbolique géographique. Le réseau PICAN a prévenu dès l'annonce : « l'accueil doit aller au-delà de la géographie et refléter un leadership réel sur le fond, les priorités et la décision. » Traduction : recevoir les délégations à Suva ne suffira pas si les décisions se prennent ailleurs.

Le test d'octobre#

La Pré-COP31 sera donc un test grandeur nature. Un pays qui se noie peut-il transformer l'hospitalité en influence ? Les États insulaires ont la scène, les caméras et un calendrier taillé pour eux. Ils n'ont ni la présidence, ni la main sur les négociations d'Antalya. L'écart entre les deux se mesurera en novembre, quand il faudra convertir les discours de Fidji et de Tuvalu en lignes de texte à Antalya. D'ici là, une question reste ouverte : à quoi sert d'accueillir le monde chez soi, quand on n'est pas celui qui tient le stylo ?

Sources#

  • PINA, dates de la Pré-COP31 à Fidji, pina.com.fj
  • PINA, décision d'accueil et citations du PM Rabuka, pina.com.fj
  • Outremers360 (relais AFP), Fidji et Tuvalu avant la COP31, outremers360.com
  • UNFCCC, modalités du partenariat Turquie-Australie, unfccc.int
  • UNFCCC, The Road to Antalya, unfccc.int/cop31
  • PICAN, position sur la Pré-COP31, pican.org
  • Pacific Islands Forum Secretariat, Pacific Resilience Facility, forumsec.org
  • Matangi Tonga, entrée en vigueur du traité PRF, matangitonga.to
  • NASA Sea Level Change Portal, menace sur Tuvalu, sealevel.nasa.gov
  • Climate Change News, phase de démarrage du fonds pertes et préjudices, climatechangenews.com
  • UNFCCC, nouvel objectif chiffré collectif (COP29), unfccc.int
  • SDG Knowledge Hub (IISD), 55e réunion du Forum des îles du Pacifique, sdg.iisd.org
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