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HLPF 2026 : eau et énergie décrochent à mi-parcours

HLPF 2026 : eau et énergie décrochent à mi-parcours

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

35 %. C'est la part des cibles de l'Agenda 2030 qui affichaient un progrès jugé suffisant dans le dernier rapport des Nations unies sur les Objectifs de développement durable, publié le 14 juillet 2025. Dit autrement : près des deux tiers des cibles avancent trop lentement, stagnent ou reculent. Et 18 % d'entre elles ont régressé sous le niveau de 2015, l'année de départ.

C'est dans ce décor que se tiendra le Forum politique de haut niveau de l'ONU, le HLPF 2026, du 7 au 15 juillet à New York, au siège des Nations unies. Cette édition tombe pile à mi-chemin entre l'adoption des ODD en 2015 et leur échéance de 2030. Le moment de vérité, en somme. Les délégations y examineront cinq objectifs en revue approfondie : l'eau et l'assainissement (ODD6), l'énergie propre (ODD7), l'industrie et l'innovation (ODD9), les villes durables (ODD11) et les partenariats (ODD17). Le segment ministériel, lui, se déroulera du 13 au 15 juillet, et devrait s'achever sur l'adoption d'une déclaration politique le dernier jour.

Je me concentre ici sur les deux objectifs qui parlent le plus directement à nos lecteurs : l'eau et l'énergie. Parce que derrière les acronymes onusiens, ce sont les deux baromètres les plus crus de l'écart entre les promesses signées et la réalité du terrain.

L'eau : un retard qui exigerait de multiplier le rythme par six#

Commençons par le chiffre qui fâche. Selon les dernières données disponibles compilées par l'UNDESA et ONU-Eau, 2,1 milliards de personnes vivaient encore sans eau potable gérée de façon sûre en 2024. Pour l'assainissement, c'est 3,4 milliards. Pour l'hygiène de base, 1,7 milliard. Et 646 millions d'enfants n'ont accès à aucun service d'hygiène de base dans leur école.

Il y a eu des progrès, soyons justes. L'accès à l'eau potable sûre est passé de 68 % de la population mondiale en 2015 à 74 % en 2024. L'assainissement sûr a grimpé de 48 % à 58 %. Sur le papier, la courbe monte. Le problème, c'est la pente.

Pour atteindre la couverture universelle d'ici 2030, ONU-Eau estime qu'il faudrait multiplier le rythme actuel de progrès par six pour l'eau potable, par cinq pour l'assainissement et par huit pour l'hygiène. Six fois plus vite. À cinq ans de l'échéance. Ce ne sont pas des objectifs ambitieux qu'on rate de peu, ce sont des trajectoires qui divergent franchement de la cible.

Et l'argent ? C'est là que l'enquête devient intéressante. La Banque mondiale, dans son rapport « Funding a Water-Secure Future » de mai 2024, chiffre le déficit de financement annuel de l'ODD6 entre 131,4 et 140,8 milliards de dollars par an. Pas un trou abstrait : un manque structurel, alors même que le secteur public assure déjà l'essentiel de l'effort. Moins de 13 % des pays déclarent disposer des ressources financières et humaines suffisantes pour appliquer pleinement leurs plans nationaux d'eau, d'assainissement et d'hygiène. Autrement dit, neuf pays sur dix avancent sans les moyens de tenir leurs propres engagements.

J'ai gardé en tête une donnée qui résume tout le malaise institutionnel du dossier : près des deux tiers des pays signalent des chevauchements ou un flou dans les responsabilités administratives liées à l'eau. Quand personne ne sait clairement qui tient le robinet réglementaire, l'argent et les plans se diluent avant d'atteindre le terrain. C'est un constat que je retrouve à chaque dossier eau, et qui dépasse largement la question du financement.

Le HLPF 2026 ne partira pas de zéro sur ce front. Une réunion d'experts préparatoire s'est tenue le 27 janvier 2026 à Dakar, organisée avec la FAO, en marge de la réunion de haut niveau préparant la Conférence de l'ONU sur l'eau de 2026. Et un Rapport de synthèse sur l'eau et l'assainissement, dont la parution est prévue le 7 juillet 2026 en ouverture du forum, viendra cadrer les débats. Ses chiffres détaillés ne seront pas connus avant la session elle-même. Ce qui veut dire qu'au moment où j'écris ces lignes, le bilan le plus à jour reste celui de 2025.

Un mot pour éviter une confusion fréquente. Le déficit WASH de 131 à 140 milliards par an concerne l'accès à l'eau potable, à l'assainissement et à l'hygiène. C'est un sous-ensemble. Le coût global de la gestion de l'eau, ressource comprise, dépasse les 1 000 milliards de dollars annuels. Mélanger les deux brouille le débat, et ce n'est pas anodin quand on discute d'allocation budgétaire.

L'énergie : 655 millions de personnes encore dans le noir#

L'ODD7 raconte une histoire moins sombre en apparence, plus inquiétante dans le détail. Côté chiffres, je m'appuie sur le rapport Tracking SDG7 2025, produit conjointement par cinq agences gardiennes (l'IEA, l'IRENA, la Division statistique de l'ONU, la Banque mondiale et l'OMS) et publié le 25 juin 2025.

L'accès à l'électricité a atteint près de 92 % de la population mondiale en 2024, contre 87 % en 2015. La cuisson propre est passée de 64 % à 75 % sur la même période. Des progrès réels. Sauf qu'en valeur absolue, 655 millions de personnes vivaient encore sans électricité en 2024, et environ 2,1 milliards dépendaient toujours de combustibles polluants pour cuisiner. Le rapport Tracking SDG7, qui travaille sur des données 2023, parle même de plus de 666 millions de personnes sans accès à l'électricité.

La géographie de ce déficit est brutale : 85 % des personnes privées d'électricité dans le monde vivent en Afrique subsaharienne. Et les projections font mal. Sans accélération des investissements, le rapport estime que 645 millions de personnes seront encore sans électricité en 2030, et 1,8 milliard sans accès à une cuisson propre. À l'échéance même de l'Agenda 2030, le compteur sera loin du zéro promis.

Le nœud, encore une fois, c'est le financement. Les agences chiffrent les investissements annuels nécessaires à la transition énergétique entre 4 200 et 4 500 milliards de dollars par an d'ici 2030. En face, les flux financiers internationaux vers l'énergie propre dans les pays en développement ont atteint 24,6 milliards de dollars en 2024. Une progression par rapport aux 21,6 milliards de 2023, mais toujours sous le pic historique de 28,4 milliards atteint en 2016. Dix ans après son sommet, le robinet de l'aide à l'énergie propre n'a pas retrouvé son débit.

L'écart entre le besoin estimé et les flux réels se compte donc en milliers de milliards. On change d'ordre de grandeur, pas d'échelle d'ajustement. Ce déficit énergétique fait partie d'un trou plus large : selon le Sustainable Development Report 2025 du SDSN, les pays en développement font face à un manque de financement de 4 000 milliards de dollars par an, tous ODD confondus.

Là aussi, une réunion préparatoire a balisé le terrain : l'IEA, l'IRENA et l'UN-Energy se sont réunis les 25 et 26 mars 2026 à Genève, avec la Commission économique pour l'Europe, pour préparer la revue de l'ODD7. Pour qui suit la trajectoire française des renouvelables, ces chiffres mondiaux donnent une utile mise en perspective. J'avais détaillé où en sont les énergies renouvelables en France : le contraste entre un pays riche qui débat de son mix et 655 millions de personnes sans la moindre prise électrique remet les priorités en place.

Une déclaration ministérielle attendue, des résultats qui n'existent pas encore#

Soyons clairs sur un point. Le HLPF 2026 n'a pas encore eu lieu. Tout ce que les délégations adopteront, négocieront ou annonceront entre le 7 et le 15 juillet appartient au futur. Le projet de déclaration ministérielle, ce qu'on appelle le zéro draft, a été transmis le 31 mars 2026 par les deux co-facilitateurs, Suela Janina pour l'Albanie et Michael Imran Kanu pour la Sierra Leone. Le texte définitif devrait être adopté le 15 juillet.

Cette édition se distingue par un détail rare. Trente-six pays présenteront leur Examen national volontaire, ces VNR par lesquels un État vient rendre des comptes sur ses ODD. Et pour la première fois, aucun primo-présentateur : douze pays viennent pour la deuxième fois, vingt pour la troisième, l'Égypte et la Suisse pour la quatrième. Le rituel de la première fois est passé. Reste l'épreuve plus difficile, celle de revenir à la tribune onusienne en devant montrer une progression réelle, pas juste une intention.

Ce qui se joue à New York en juillet, ce n'est pas un sommet à grandes annonces comme l'UNOC de Nice ou les conférences océans à promesses volontaires. Le HLPF est une mécanique de revue, plus aride, sans chèque agité devant les caméras. C'est précisément ce qui le rend instructif : on n'y vend pas du rêve, on y aligne des trajectoires contre une échéance. Et les trajectoires, sur l'eau comme sur l'énergie, pointent dans la mauvaise direction.

Il y a un cadre pour redresser la barre, au moins sur l'eau. Le Cadre mondial d'accélération de l'ODD6 d'ONU-Eau repose sur cinq leviers : le financement, les données et l'information, le renforcement des capacités, l'innovation et la gouvernance. Sur le papier, la méthode existe. Le problème n'a jamais été d'inventer un plan. Il a toujours été de le financer et de désigner qui en répond. Quand la France débat de son bilan du Plan Eau ou de son budget écologie raboté, elle vit une version réduite de la même tension : des mesures annoncées, des moyens qui suivent mal.

À mi-parcours, le verdict comptable est sans appel. Plus de deux milliards de personnes sans eau sûre, 655 millions sans électricité, des déficits de financement qui se comptent en centaines de milliards pour l'eau et en milliers de milliards pour l'énergie. Le HLPF 2026 ne corrigera pas ces chiffres en huit jours. Sa fonction est ailleurs : forcer les États à les regarder en face, à la moitié exacte du chemin. Reste à savoir ce qu'ils en feront une fois les caméras éteintes.

Sources#

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