La Semaine européenne de la mobilité se tiendra du 16 au 22 septembre 2026. Selon POLIS Network, réseau partenaire officiel de la campagne, l'édition reconduit le thème lancé en 2025, « Mobility for Everyone », avec cette fois un focus sur l'équité intergénérationnelle. Sur le papier, la formule est rodée. Une semaine par an, la Commission européenne demande aux villes de repenser leurs rues, et la séquence culmine le 22 septembre avec la Journée sans voiture.
Un détail m'a arrêtée dans la préparation de cet article. Partout on lit « 25e édition ». Le chiffre circule, il est repris de source en source. Sauf que je n'ai trouvé aucune page officielle de mobilityweek.eu qui l'écrive noir sur blanc. Le site est protégé par un pare-feu qui bloque toute consultation automatisée. Le « 25 » repose donc sur un calcul : la campagne a fusionné dans son format actuel en 2002, et l'académie de Besançon, côté Éducation nationale, a qualifié l'édition 2025 de « 24e ». 2002 plus vingt-quatre ans, on tombe sur 2026. L'arithmétique tient. La proclamation officielle, elle, je ne l'ai pas vue.
Ce que « 25 ans » raconte, et ce qu'il masque#
Voilà pour la façade. Regardons les données publiques. Elles racontent une histoire un peu moins lisse que le communiqué.
La Journée sans voiture, d'abord, n'est pas née avec la Semaine européenne. Elle lui est antérieure. La première journée moderne s'est tenue à La Rochelle le 9 septembre 1997. L'opération « En ville sans ma voiture » a été généralisée en France le 22 septembre 1998, dans trente-cinq villes dont Paris, Marseille, Strasbourg et Grenoble. Il a fallu attendre la fin de l'année 2000 pour que la commissaire européenne à l'environnement, la Suédoise Margot Wallström, en fasse une initiative européenne. La fusion dans la « Semaine européenne de la mobilité » n'est intervenue qu'à partir de 2002. Autrement dit, ce que Bruxelles célèbre comme sa création est en réalité la reprise d'une idée française déjà éprouvée sur le terrain.
Le premier bilan chiffré vient de ce 22 septembre 1998. D'après Universalis, ce jour-là, le bruit avait reculé de moitié et la pollution de 40 à 50 % dans les villes concernées. La même source rapporte que 84 % des Français s'étaient déclarés favorables à l'opération, et que 81 % souhaitaient la voir s'étendre. Ces chiffres datent, je les cite avec la prudence qui s'impose pour un retour d'expérience vieux de plus d'un quart de siècle. Mais ils disent une chose simple : l'adhésion était là avant l'étiquette européenne.
Le grand écart des chiffres de participation#
C'est là que ça se complique, et que je préfère poser mes réserves plutôt que trancher. Le nombre de villes participantes n'a jamais été raconté de la même manière selon les sources.
Pour l'édition inaugurale de 2002, Wikipédia recense 418 communes dans 23 pays. Eurocities, de son côté, parle de 1 300 villes dans 35 pays pour cette même année de lancement. Entre les deux, un facteur trois. Je n'ai pas les moyens de départager, alors je donne la fourchette : entre 418 et 1 300 collectivités selon la source retenue. Un écart pareil sur une donnée aussi centrale, pour une campagne qui aime les grands nombres, mérite qu'on le signale.
Sur les années récentes, les ordres de grandeur convergent davantage. Pour 2024, le portail gouvernemental Agenda 2030 France recense plus de 3 000 collectivités locales dans plus de 40 pays à l'échelle européenne. Côté français, trente événements étaient inscrits sur la plateforme européenne, complétés par soixante-trois sur l'espace national dédié au développement durable. Des chiffres honnêtes, mais qui restent modestes rapportés au nombre de communes du pays. Sur ce point, j'hésite encore à conclure : faible mobilisation, ou simple sous-déclaration des initiatives locales sur les plateformes officielles ? Les données ne le disent pas.
Un point mérite d'être rappelé, parce qu'il revient chaque année. La date du 22 septembre n'a rien d'obligatoire. En 2025, Bruxelles avait fixé sa propre Journée sans voiture au 21. La recommandation de Bruxelles n'engage pas Bruxelles-Ville, joli paradoxe.
Pourquoi la France est concernée au premier chef#
Le sujet n'est pas décoratif. D'après le CEREMA, expert public de référence sur ces questions, le secteur des transports pèse environ 30 % des émissions de gaz à effet de serre de la France, dont près de 16 % pour la seule voiture individuelle. Face à un objectif de neutralité carbone fixé à 2050, la place de l'automobile en ville n'est pas un thème d'affichage, c'est une équation qui devra bien se résoudre quelque part.
La campagne 2026 met en avant l'équité intergénérationnelle. La traduction concrète : penser des rues qui fonctionnent aussi pour un enfant de huit ans et pour une personne âgée qui ne conduit plus. C'est moins spectaculaire qu'un plan chiffré, mais ça touche un angle mort réel des politiques de mobilité, souvent calibrées sur l'actif motorisé de quarante ans. Cette question de partage de l'espace public rejoint directement les débats sur la renaturation urbaine et la place du béton dans nos villes.
Pour ceux qui veulent creuser le versant technique de la transition, l'état des lieux de la mobilité décarbonée en France en 2026, entre électrique, hydrogène et rail, complète utilement ce panorama. Et l'enjeu sanitaire, lui, se lit dans les bilans de qualité de l'air des villes françaises, où la voiture reste un contributeur de premier plan.
Les récompenses 2026, une vitrine bien remplie#
Chaque édition distingue des villes. Pour 2026, la Commission européenne a retenu trois finalistes au prix EUROPEANMOBILITYWEEK Award : Innsbruck en Autriche, Limassol à Chypre, Riga en Lettonie. Le prix MOBILITYACTION, qui récompense des actions plus ciblées, met en lice la province autonome de Bolzano en Italie, le club turc Eskişehirspor et l'organisateur d'événements SiciliaFiera.
La liste dessine une géographie intéressante. Ni Paris, ni Berlin, ni Madrid. Les récompenses vont à des villes moyennes et à des acteurs locaux, loin des grandes capitales qui trustent d'habitude les palmarès. Historiquement, la France n'a été distinguée qu'une fois, avec Nantes en 2005, avant Copenhague en 2006 et Budapest en 2009. Vingt ans plus tard, aucune ville française ne figure parmi les finalistes 2026. Le constat vaut ce qu'il vaut, mais il interroge.
Reste la question que ces campagnes annuelles laissent toujours ouverte. Une semaine par an suffit-elle à changer une habitude qui se joue les 51 autres ? Les données de 1998 montraient une adhésion forte le jour J. Sur la durée, personne, à ma connaissance, n'a encore mis les chiffres sur la table.
Sources#
- POLIS Network : Designing mobility across generations
- Commission européenne (DG Move) : European Mobility Week
- Commission européenne : European Mobility Week Awards 2026
- Académie de Besançon : 24e édition de la Semaine européenne de la mobilité
- Représentation de la Commission européenne en Belgique : Semaine de la mobilité 2025
- Wikipédia : Semaine européenne de la mobilité
- Wikipédia : Journée sans voiture
- Universalis : 22 septembre 1998, opération En ville sans ma voiture
- Agenda 2030 France : Semaine européenne de la mobilité 2024
- CEREMA : dossier de presse Semaine européenne de la mobilité





