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COP15 : 40 espèces migratrices protégées, mais de quoi ?

COP15 : 40 espèces migratrices protégées, mais de quoi ?

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Quarante. C'est le nombre d'espèces, de sous-espèces et de populations que la COP15 de la Convention sur les espèces migratrices vient d'ajouter à ses annexes. Vingt d'entre elles rejoignent l'Annexe I, celle des espèces en danger d'extinction. La réunion s'est tenue du 23 au 29 mars 2026 au Bosque Expo de Campo Grande, dans le Mato Grosso do Sul brésilien, aux portes du Pantanal. Une première pour ce pays, et pour cette convention, la CMS, aussi appelée Convention de Bonn. Slogan affiché : « Connecting Nature to Sustain Life ». Reste une question que les communiqués évitent soigneusement : protégées de quoi, au juste ?

La réponse dérange, parce qu'elle est moins spectaculaire que l'annonce. La CMS ne fonctionne pas comme la plupart des gens l'imaginent. Elle n'interdit ni la vente, ni la chasse, ni la pêche d'une espèce inscrite. Ce n'est pas son mandat.

Une inscription qui ne ferme aucun marché#

Il faut poser la distinction, parce que les deux textes sont sans cesse confondus. La Convention sur le commerce international des espèces menacées, la CITES, régule ce qui peut, ou non, être vendu à travers les frontières. Ses annexes commandent des permis, des quotas, des saisies en douane. C'est cette logique qui gouvernait la CoP20 CITES de Samarcande fin 2025, où le passage d'une espèce en Annexe I signifiait une interdiction commerciale.

La CMS, elle, ne touche pas au commerce. Selon le Groupe de spécialistes de l'IUCN sur les antilopes, les deux conventions sont complémentaires, mais ne parlent pas la même langue. L'Annexe I de la Convention de Bonn liste les espèces migratrices évaluées comme étant en danger d'extinction sur tout ou une partie significative de leur aire de répartition. L'Annexe II vise celles dont le statut de conservation est défavorable et qui nécessitent des accords internationaux pour être gérées. Ce que l'inscription déclenche, ce ne sont pas des sanctions, mais des accords de coopération entre États, une obligation de protéger les habitats et, surtout, les couloirs de migration.

C'est là que se joue la vraie mécanique. Un oiseau marin qui traverse les eaux de dix pays et la haute mer ne se protège pas avec un tampon douanier. Il se protège si ces dix pays s'accordent. La CMS fournit le cadre de cet accord. Elle ne le rend pas contraignant du jour au lendemain.

Un biologiste marin croisé lors d'un colloque me résumait la chose sans détour : une inscription à la CMS, c'est une déclaration d'intention diplomatique, pas un verrou juridique. La formule est dure. Elle n'est pas fausse. Officiellement, quarante espèces sont mieux protégées. En réalité, tout dépend de ce que les États feront ensuite de ces engagements.

Des requins océaniques aux pétrels invisibles#

Reste que la liste, elle, dit quelque chose de l'état du vivant. Le document officiel de la CMS répartit les quarante taxons en trois mammifères, trente oiseaux et sept poissons.

Côté mammifères, trois espèces entrent à la fois en Annexe I et II : la population de guépards du Zimbabwe, la hyène rayée et la loutre géante, ce grand mustélidé des rivières amazoniennes dont la présence sur la liste, à Campo Grande, ne doit rien au hasard géographique.

Les oiseaux forment le gros du contingent, et c'est le détail qui frappe. Sur les trente, vingt-cinq sont des pétrels et des puffins océaniques, ces oiseaux du grand large que personne ne voit jamais, des genres Pterodroma, Pseudobulweria et Ardenna. Le Pétrel diablotin, le Pétrel de Barau et le Pétrel de Madère figurent parmi ceux inscrits en Annexe I. S'y ajoutent trois limicoles nord-américains, le Courlis corlieu de la population hudsonienne, la Barge hudsonienne et le Petit Chevalier, tous en Annexe I, puis le Harfang des neiges et le Sporophile d'Iberá en Annexe II. Une convention qui protège d'un coup vingt-cinq oiseaux que la plupart des gens ne pourraient pas nommer, cela en dit long sur ce déclin silencieux des populations d'oiseaux que les inventaires documentent année après année.

Les sept poissons, enfin, sont presque tous des squales : trois requins-renards et deux requins-marteaux, le halicorne et le grand requin-marteau, passent en Annexe I ; l'émissole du Rio de la Plata et le surubim tacheté, un poisson-chat, rejoignent l'Annexe II. Des prédateurs qui traversent les zones économiques exclusives et la haute mer, cet espace que le traité BBNJ tente de réguler sans qu'aucun garde-côte n'y patrouille vraiment.

Un mot sur le jaguar, souvent cité de travers. Il n'a pas été inscrit à une annexe. La COP15 a adopté une résolution d'action qui lui est dédiée, selon la Wildlife Conservation Society, pour organiser la coopération entre États de son aire de répartition américaine. Une résolution, pas une inscription. La nuance n'est pas cosmétique : elle sépare un engagement de méthode d'une obligation de résultat.

Une convention de 1979 face à ses limites#

Au-delà des listes, la COP15 a produit du texte diplomatique. Une Déclaration du Pantanal a été adoptée lors du segment de haut niveau, selon l'IUCN, appelant à une coopération renforcée, à un financement accru et à une action urgente sur le climat, les habitats et la pollution. La réunion a aussi validé la feuille de route du Samarkand Strategic Plan for Migratory Species 2024-2032, ce plan issu de la précédente COP14 tenue en Ouzbékistan en février 2024. Plus de 130 Parties se sont engagées à intégrer les objectifs sur les espèces migratrices dans leurs stratégies nationales de biodiversité. S'y greffent un plan d'action régional pour les poissons-chats migrateurs amazoniens et une initiative contre le prélèvement illégal.

La Convention de Bonn a été signée en 1979 et est entrée en vigueur en 1983. Près d'un demi-siècle plus tard, elle n'a toujours ni douane, ni police, ni pouvoir de sanction. Sur la portée réelle de ces engagements, j'avoue rester partagée : le corridor migratoire d'un pétrel se moque des frontières, et c'est précisément pour ça qu'aucun État seul ne le protégera. Reste à savoir si un accord signé à Campo Grande pèsera davantage, dans dix ans, que le silence des cieux qu'il prétend défendre.

Sources#

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