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IPCC AR7 WG1 : le cycle entre en phase de rédaction

IPCC AR7 WG1 : le cycle entre en phase de rédaction

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

193 auteurs principaux et review editors viennent de boucler quatre jours de travail à Santiago du Chili du 21 au 24 avril 2026. La deuxième réunion plénière des Lead Authors du Groupe de travail I (WGI) du septième rapport d'évaluation du GIEC s'est tenue à l'Universidad Católica, autour d'une seule échéance dans toutes les têtes : le Premier brouillon, le First Order Draft (FOD), doit être livré au secrétariat de Genève entre fin juin et début juillet 2026. Ouverture officielle de la revue experte mondiale : 10 août.

Pour la communauté climatique, juin 2026 marque donc une bascule discrète mais structurante. Le 7e cycle d'évaluation, lancé en juillet 2023, sort de la phase de cadrage et entre dans la phase de production. Et il le fait sous une pression politique inhabituelle, sur fond de retrait américain et de calendrier toujours contesté entre gouvernements membres.

Un cycle qui démarre dans un climat institutionnel tendu#

Le 7e cycle a été officiellement lancé en juillet 2023 par l'élection du nouveau Bureau du GIEC. Trois mois plus tard, le Royaume-Uni accueille la Présidence de Jim Skea, et la Co-Présidence du WGI revient à Robert Vautard, climatologue français rattaché au CNRS et à l'Institut Pierre-Simon Laplace, et à Xiaoye Zhang, Académicien chinois et chercheur à l'Académie chinoise des sciences météorologiques. Tandem franco-chinois. Choix institutionnel calibré pour éviter une fracture Nord-Sud sur la science physique.

La réunion de cadrage (scoping meeting) s'est tenue à Kuala Lumpur du 9 au 13 décembre 2024. Plus de 230 experts de 70 pays ont rédigé les contours du futur rapport. Le résultat a été soumis à la 62e session plénière de l'IPCC, à Hangzhou (Chine), du 24 février au 1er mars 2025. Le 1er mars, le plan détaillé des trois contributions WG1, WG2 et WG3 a été adopté par consensus.

Le 1er Lead Author Meeting (LAM1) s'est tenu à Paris du 1er au 5 décembre 2025, accueilli par la France à la demande conjointe des ministères de la Transition écologique, de l'Éducation et des Affaires étrangères. Pour la première fois dans l'histoire du GIEC, les trois Groupes de travail ont siégé ensemble. Plus de 600 experts de 100 pays. Symboliquement, c'est le rapport scientifique le mieux représenté géographiquement jamais produit. 46 % des auteurs WGI proviennent de pays en développement, 43 % sont des femmes, 40 % participent pour la première fois à un cycle GIEC.

La 2e réunion (LAM2), à Santiago en avril 2026, a marqué le démarrage du travail spécifique au WGI. Quatre jours pour fusionner les contributions individuelles en un brouillon unique de plus de 2 000 pages.

La structure du rapport : 10 chapitres pour la base physique du climat#

Le plan adopté à Hangzhou consolide la structure héritée du sixième rapport en la resserrant. Le WGI AR7 comptera 10 chapitres, contre douze pour l'AR6 de 2021. C'est l'un des changements éditoriaux les plus marqués depuis le rapport de 2013.

Le chapitre 1 pose le cadre, la méthode et les sources de connaissance. Les chapitres 2 à 4 dressent l'état des lieux : changements de grande échelle dans le système climatique et leurs causes (chapitre 2), climat régional et extrêmes (chapitre 3), avancées dans la compréhension des processus du système Terre (chapitre 4). Ce chapitre 4 absorbe à lui seul les cinq chapitres « processus » de l'AR6, un choix éditorial assumé pour gagner en compacité.

Les chapitres 5 à 8 traitent du futur. Scénarios d'émissions et projections globales (chapitre 5), réponses globales du système Terre selon les horizons temporels (chapitre 6), projections régionales et extrêmes (chapitre 7), et un chapitre 8 entièrement dédié aux changements abrupts, événements à faible probabilité et fort impact, seuils critiques et points de bascule (« tipping points »). Première fois qu'un chapitre WGI complet leur est consacré. Réponse explicite aux travaux d'Armstrong McKay et coll. publiés dans Science en 2022.

Les chapitres 9 et 10 ferment la séquence sur les enjeux d'adaptation. Réponses du système Terre dans les trajectoires de stabilisation, y compris l'overshoot (chapitre 9), services climatiques articulés aux savoirs autochtones (chapitre 10). Ce chapitre 10 est une nouveauté, fruit du débat scientifique sur l'intégration des « knowledge systems » non académiques.

Robert Vautard, dans une présentation au WCRP en mai 2025, a résumé la philosophie du plan : un rapport plus court, plus politique, plus articulé aux décisions d'adaptation. Le pari est risqué. Compresser cinq chapitres en un peut concentrer la science. Cela peut aussi l'aplatir.

Le calendrier WGI, brouillon par brouillon#

Le calendrier de production technique tient en quatre dates clés. LAM2 vient de se conclure à Santiago. Le FOD est en cours de finalisation par les Coordinating Lead Authors et sera transmis au secrétariat fin juin 2026. La revue experte mondiale s'ouvre le 10 août 2026 et se referme le 2 octobre 2026. Environ 8 000 experts sont attendus pour cette première vague de commentaires, plus large que pour tout cycle antérieur.

Suivront le Second Order Draft (SOD), prévu à l'été 2027 pour une revue conjointe experts-gouvernements, et le Final Government Distribution (FGD), distribué aux États membres au premier trimestre 2028. L'approbation finale ligne à ligne du Résumé pour décideurs (SPM) est visée pour le second semestre 2028, lors d'une plénière dont la date n'est pas encore arrêtée.

C'est sur ce dernier point que se concentre la bataille politique. La COP29 a accouché du deuxième Bilan mondial (Global Stocktake) prévu pour 2028. La diplomatie climatique a besoin du rapport physique avant le bilan. Mais l'Arabie saoudite, la Chine, la Russie, l'Inde et l'Afrique du Sud poussent pour un calendrier étalé jusqu'en 2029, arguant de la charge de travail pour les pays en développement. Le sujet bloque depuis cinq sessions consécutives, ce qui n'est jamais arrivé en trente-cinq ans d'IPCC. La prochaine tentative de résolution aura lieu à la 65e session plénière, en octobre 2026 à Addis-Abeba.

Tant que les gouvernements ne tranchent pas, les auteurs travaillent à la date la plus tendue, celle de 2028. Mais ils savent qu'un glissement reste possible. Pour Vautard, cité par Carbon Brief, la priorité reste « la qualité scientifique, pas le calendrier diplomatique ». Phrase polie. La traduction opérationnelle est moins diplomatique : les auteurs en ont assez d'écrire en aveugle.

Le trou budgétaire qui menace toute la mécanique#

Le mémorandum Trump du 7 janvier 2026, qui sort les États-Unis de 66 organisations internationales dont le GIEC, n'a pas eu d'effet immédiat sur la rédaction du rapport. Les auteurs américains présents à Santiago étaient là. Mais le déficit budgétaire est concret : Washington fournissait historiquement 30 % des contributions volontaires au secrétariat de Genève. Le Bureau du GIEC a alerté en avril 2026 sur un déficit qui menace les unités de support technique des trois Groupes de travail, la production des graphiques, la traduction des résumés et la logistique des réunions.

Cinquante-cinq auteurs américains étaient initialement nommés sur le cycle AR7. Une partie continue à contribuer via leurs universités et des fondations philanthropiques (Bloomberg, Bezos Earth Fund). L'autre s'est retirée. La Co-Présidence WGIII est restée vacante depuis le licenciement de Katherine Calvin de la NASA en avril 2025. Le secrétariat onusien fait avec. Pour les détails du retrait américain, voir Trump retire les USA de 66 organisations dont le GIEC.

L'Allemagne, la Norvège, la France et le Royaume-Uni ont annoncé des contributions supplémentaires. Mais l'addition ne couvre pas encore le trou. À l'horizon décembre 2026, le secrétariat devra annoncer si le calendrier de publication reste tenable sans recapitalisation européenne durable. Marche d'équilibre, pour un rapport dont la matière première est le temps des scientifiques bénévoles.

Ce qu'on attend scientifiquement du WGI AR7#

Les attentes scientifiques sont nettes. D'abord, une révision à la hausse probable de la sensibilité climatique. L'AR6 avait fourchetté entre 2,5 et 4 °C la sensibilité climatique d'équilibre (ECS), avec une valeur centrale autour de 3 °C. Les modèles CMIP7, attendus en 2027, tirent la fourchette vers le haut. Les premiers retours suggèrent que la nouvelle valeur centrale pourrait atteindre 3,2 à 3,5 °C. Pas un détail. Cela conditionne tous les budgets carbone, donc toutes les politiques climatiques nationales.

Ensuite, la consolidation du diagnostic sur les points de bascule. L'AR6 les mentionnait à doses homéopathiques. Le chapitre 8 du WGI AR7 leur consacre une évaluation complète. La déstabilisation de l'AMOC, la mortalité massive de la forêt amazonienne, la perte d'inertie de l'inlandsis ouest-antarctique : autant de sujets que le GIEC traitait jusqu'ici en notes de bas de page et qu'il assumera désormais en chapitre principal. Pour aller plus loin, voir notre analyse de l'AMOC et notre dossier tipping points amazoniens.

Troisième attente : l'overshoot. Le franchissement de 1,5 °C en moyenne pluriannuelle est désormais un quasi-certitude pour la décennie 2030. La question scientifique a basculé : que se passe-t-il si on dépasse, puis qu'on redescend sous le seuil par capture nette ? Le chapitre 9 répondra. Les premiers retours du LAM2 indiquent que le concept de « réversibilité » va être largement nuancé. Certains processus, une fois enclenchés, ne se réversent pas à échelle humaine.

Enfin, une attention accrue aux extrêmes composés et aux compound events. L'AR6 avait initié le mouvement. L'AR7 le systématise. Vagues de chaleur conjuguées à des sécheresses, inondations conjuguées à des élévations de niveau de mer, événements en cascade : c'est ce qui change réellement la donne pour l'adaptation locale.

Pourquoi ce rapport pèse plus lourd que les précédents#

Le précédent rapport WGI date d'août 2021. Quatre ans plus tard, plusieurs records ont été battus. 2024 a été la première année calendaire à dépasser 1,5 °C en moyenne globale. 2025 a confirmé la tendance. Les vagues de chaleur marines de 2023-2025 ont surpris les modélisateurs. La banquise antarctique d'hiver est tombée à un niveau historiquement bas en 2026. Pour les chiffres détaillés, voir notre bilan de la banquise arctique maximum 2026.

Sur la même période, les modèles CMIP6 utilisés dans l'AR6 ont sous-estimé le réchauffement réel sur plusieurs régions, notamment l'Atlantique Nord et le bassin méditerranéen. Foster et Rahmstorf ont publié en 2025 une étude estimant la décennie 2014-2024 à 0,35 °C de hausse, contre 0,25 attendus. Le GIEC va devoir expliquer pourquoi. Et l'expliquer sans alimenter la défiance climatosceptique. Exercice d'équilibre.

Le rapport sera aussi le premier à pleinement intégrer les données satellitaires de la nouvelle génération européenne et chinoise. Sentinel-6B, FengYun-3H, MetOp-SG : un saut qualitatif sur les observations atmosphériques et océaniques. La cohérence des séries temporelles sera nettement améliorée par rapport à 2021.

Ce qui se joue à Bonn en juin#

La conférence SB64 de Bonn, du 16 au 26 juin 2026, sera la première occasion pour le secrétariat IPCC de présenter publiquement l'état d'avancement du WGI AR7 devant les délégations gouvernementales. Vautard et Zhang doivent y intervenir lors d'un événement parallèle. Les négociateurs profiteront du créneau pour pousser leur lecture du calendrier. Voir SB64 Bonn juin 2026 et la route vers la COP31.

Le rendez-vous comptera double : c'est aussi la première session post-retrait formel américain. La délégation US ne sera pas physiquement présente comme partie négociante, même si quelques scientifiques américains assisteront en observateurs. Ce vide procédural créera des frictions sur la gouvernance budgétaire du secrétariat. Les pays africains et insulaires défendront leur calendrier serré. Les majors pétroliers défendront un calendrier étendu. Le secrétariat naviguera au milieu.

Quatre échéances structureront les douze prochains mois pour la communauté climatique : finalisation FOD fin juin, ouverture revue experte 10 août, fermeture revue 2 octobre, plénière IPCC-65 à Addis-Abeba en octobre pour trancher (ou pas) le calendrier. Quatre dates qui décideront si le 7e cycle restera aligné avec le calendrier diplomatique global, ou s'il glissera à 2029. Dans les deux cas, la science continue. Mais le temps politique, lui, n'attend pas.

Le 28 mai 2026, à six semaines du dépôt du FOD, le rapport entre dans sa phase la plus intense. 193 auteurs principaux du WGI, des centaines de contributing authors, et derrière eux la totalité de la littérature climatique publiée depuis 2021. Une machine intellectuelle d'une rare densité, lancée pour produire le document scientifique de référence sur lequel s'appuieront toutes les négociations climatiques jusqu'au prochain cycle, en 2034. À l'heure où les États-Unis quittent la table, où le calendrier reste bloqué et où le budget vacille, le travail des auteurs reste la part la plus stable du dispositif. C'est rassurant. C'est aussi le seul filet de sécurité.

Sources#

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