57,7 milliards de tonnes équivalent CO2. C'est le volume de gaz à effet de serre relâché dans l'atmosphère en 2024, un record, en hausse de 2,3 % sur un an. Le chiffre vient du dernier Emissions Gap Report du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), publié le 4 novembre 2025. Sa conclusion tient dans une seule trajectoire : avec les politiques climatiques actuelles, le monde se dirige vers 2,8 °C de réchauffement d'ici 2100. L'édition 2026 du rapport, attendue avant la COP31 d'Antalya (du 9 au 20 novembre 2026), n'est pas encore parue. Mais les données 2025 disent déjà où se situe le mur.
Un record d'émissions, une trajectoire qui refuse de bouger#
L'intérêt de ce rapport annuel, c'est qu'il mesure l'écart entre ce que les États promettent et ce que la physique exige. Version 2025, le verdict est sec. Avec la mise en œuvre complète des contributions déterminées au niveau national (les CDN, ces engagements que chaque pays dépose auprès de l'ONU), la trajectoire descend à 2,3 à 2,5 °C. Sans elles, on reste sur 2,8 °C.
Le plus parlant tient dans la comparaison d'une édition à l'autre. L'Emissions Gap Report 2024 projetait 3,1 °C sous les politiques actuelles et 2,6 à 2,8 °C avec les CDN complètes. En un an, l'aiguille a donc bougé de 0,3 °C. Un progrès, sur le papier. Dans les faits, c'est le rythme d'une planète qui négocie sa survie au ralenti.
Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE, ne dit pas autre chose : « While national climate plans have delivered some progress, it is nowhere near fast enough, which is why we still need unprecedented emissions cuts in an increasingly tight window, with an increasingly challenging geopolitical backdrop. » Traduction de terrain : des progrès réels, mais nulle part assez rapides.
Ce que le PNUE chiffre avec précision, ce sont les coupes nécessaires. Pour rester sous 2 °C, il faudrait réduire les émissions mondiales de 25 % d'ici 2030 par rapport à 2019. Pour viser 1,5 °C, de 40 %. À l'horizon 2035, les objectifs grimpent à 35 % et 55 %. Ces pourcentages sont la vraie mesure de l'inaction : en 2024, les émissions montaient encore. La France elle-même n'échappe pas à ce décalage entre annonce et réalité, comme le montre le bilan 2025 de ses émissions jugé insuffisant.
Un « écart » que personne ne chiffre de la même façon#
Ici, un piège tendu à quiconque veut résumer le rapport en un seul nombre. On parle d'« écart d'émissions », le fameux emissions gap, mais le PNUE l'exprime surtout en pourcentages de réduction, pas en un chiffre unique de gigatonnes. Où placer exactement cet écart en tonnes absolues ? Les analystes eux-mêmes ne s'accordent pas.
Le Climate Action Tracker calcule un écart 2030 de 26 à 29 GtCO2e si les CDN sont respectées, et de 29 à 32 GtCO2e sous les politiques actuelles. Le World Resources Institute, de son côté, avance environ 28 GtCO2e pour 2035 sur les CDN inconditionnelles. Trois organismes, trois méthodes, trois fourchettes. Méfiance donc face à tout titre qui brandirait « le » chiffre officiel du PNUE : il n'existe pas sous cette forme.
Autre confusion tenace, celle des rapports entre eux. L'Emissions Gap Report parle de l'écart entre trajectoires. Le Global Carbon Budget, publié par le Global Carbon Project, mesure les émissions de CO2 fossile : 38,1 milliards de tonnes en 2025, en hausse de 1,1 %, avec un budget carbone restant estimé à 170 milliards de tonnes pour tenir 1,5 °C, soit environ quatre ans d'émissions au rythme actuel. Le Bulletin de l'Organisation météorologique mondiale, lui, mesure les concentrations : 423,9 ppm de CO2 dans l'air en 2024, 52 % au-dessus du niveau préindustriel. Écart, émissions, concentrations : trois métriques distinctes, trop souvent empilées dans le même paragraphe. Elles se complètent, elles ne se remplacent pas. Les relevés de température racontent la même chose côté thermomètre, avec des mois classés parmi les plus chauds jamais mesurés au printemps 2026.
Avant Antalya, un rapport qui n'existe pas encore#
Le PNUE publie cet exercice chaque année depuis 2010, systématiquement avant la COP de l'automne. L'édition 2026 tombera donc juste avant Antalya. À force de comparer ces rapports d'année en année, un constat s'impose : la formulation change, les décimales bougent, l'alerte reste la même. C'est peut-être là le plus troublant, cette capacité à republier chaque novembre un avertissement dont l'urgence ne se traduit jamais dans les courbes.
Le contexte diplomatique, lui, ne s'arrange pas. Au 30 septembre 2025, seules 60 Parties avaient soumis ou annoncé une CDN actualisée, représentant environ 63 % des émissions mondiales, selon l'analyse relayée par Euronews. L'édition 2025 est sortie dans la foulée de la COP30 de Belém (10 au 21 novembre 2025). La 2026 nourrira les négociations d'Antalya, où la question du financement climat et du relèvement des ambitions revient sur la table, dès l'ouverture de la conférence le 9 novembre. Le terrain de ces négociations se prépare depuis les sessions techniques de mi-année, comme celles de Bonn en juin.
António Guterres, secrétaire général de l'ONU, résumait la situation lors de la sortie du rapport 2025, selon UN News : « The path to 1.5 degrees is narrow, but open. » Étroit mais ouvert. La formule tiendra-t-elle encore quand le PNUE publiera ses chiffres 2026, à quelques jours d'une COP dont personne n'attend de miracle ?
Sources#
- PNUE, Emissions Gap Report 2025
- PBL, analyse de l'Emissions Gap Report 2025
- UN News, couverture du rapport 2025
- CCNUCC, page officielle COP31
- Climate Action Tracker, emissions gaps
- Global Carbon Project, Global Carbon Budget 2025
- OMM, Bulletin sur les gaz à effet de serre n°21
- Euronews, réactions au rapport 2025





