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Avril 2026 : 3e mois d'avril le plus chaud selon Copernicus

Avril 2026 : 3e mois d'avril le plus chaud selon Copernicus

Par Julien P.

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Julien P.

Le bulletin Copernicus du 8 mai a tranché ce que j'avais essayé de pronostiquer quelques jours plus tôt : avril 2026 est le troisième mois d'avril le plus chaud jamais mesuré, à 14,89 degrés en moyenne globale, soit 1,43 degré au-dessus du niveau préindustriel. Je m'attendais à un atterrissage dans la fourchette 0,55 à 0,70 degré au-dessus de la référence 1991-2020 ; le chiffre publié est 0,52. Un cheveu en dessous, qui ne change rien à la trajectoire.

Ce que les données détaillées disent, en revanche, mérite plus qu'un commentaire de classement. Trois angles structurent le bulletin : la mer Méditerranée, la péninsule Ibérique, et la bascule ENSO confirmée pour les mois qui viennent. Aucun des trois n'est anodin.

Les chiffres bruts du bulletin#

Avant d'aller chercher les régionalisations, posons la photographie globale. Selon la réanalyse ERA5 publiée par le Copernicus Climate Change Service (C3S) le 8 mai 2026, avril 2026 affiche :

  • 14,89 degrés de moyenne globale, 0,52 degré au-dessus de la moyenne 1991-2020
  • 1,43 degré au-dessus du niveau préindustriel estimé pour 1850-1900
  • 3e rang ex aequo des mois d'avril les plus chauds, derrière avril 2024 (record) et avril 2025
  • 21,00 degrés de température de surface des mers entre 60 degrés Sud et 60 degrés Nord, deuxième valeur la plus élevée jamais enregistrée pour un mois d'avril, à 0,05 degré seulement sous le record d'avril 2024
  • 5 pour cent sous la moyenne pour l'étendue de la banquise arctique, deuxième plus bas pour le mois (au coude à coude avec la banquise antarctique à 10 pour cent sous la moyenne, 11e plus bas pour avril)

Petite nuance méthodologique : NOAA, qui utilise un jeu de données différent (NOAAGlobalTemp), classe le même mois au 4e rang. NASA GISS et Copernicus le placent au 3e. Ce n'est pas une divergence scientifique, c'est l'effet attendu de traitements différents des zones polaires et marines. Un mois isolé ne se lit pas par son rang, il se lit par son écart à la moyenne décennale.

Et cet écart, lui, ne bouge pas. La moyenne glissante sur les douze derniers mois (mai 2025 à avril 2026) reste à 1,43 degré au-dessus du préindustriel selon Copernicus. C'est la même valeur qu'au bulletin précédent. Pas de reflux, pas de bond.

La Méditerranée, deuxième record d'avril pour la SST#

La phrase la plus discrète du bulletin est aussi la plus lourde : « second-highest sea surface temperatures recorded ». Décortiquons. La température de surface des mers, mesurée sur la zone 60°S–60°N, est restée à 0,05 degré sous le record absolu d'avril 2024. Cinq centièmes de degré. Le précédent record avait été atteint en pleine fin d'El Niño 2023-2024 ; le mois d'avril 2026 reproduit cette anomalie alors que le Pacifique tropical sortait tout juste d'une période neutre, sans bouffée El Niño documentée.

Au sein de cette anomalie planétaire, la mer Méditerranée tient une place à part. Les cartes publiées par le bulletin montrent un bassin entier en surchauffe, avec des poches localisées de records absolus, principalement sur le sud-est espagnol, le détroit de Sicile et la mer Ionienne. Le contexte historique éclaire la lecture : depuis 1982, la SST méditerranéenne se réchauffe d'environ 0,4 degré par décennie selon les indicateurs du Copernicus Marine Service (CMEMS). Au printemps, ce signal est encore tempéré par les remontées d'eau froide et le brassage hivernal résiduel. Avril 2026 montre que ces tampons saisonniers reculent : la Méditerranée entre dans l'été 2026 avec un déficit de fraîcheur déjà installé.

L'enjeu opérationnel : une SST méditerranéenne anormalement élevée en avril préfigure des vagues de chaleur marines plus intenses et plus longues en juillet-août. Les vagues de chaleur marines de l'été 2024 et de l'été 2025 avaient déjà déclenché des mortalités massives de gorgones, d'éponges et de bivalves côtiers. Le décor d'avril 2026 prépare un troisième été du même registre. Les modèles probabilistes de Climate Impact Company estiment que la couverture mondiale des vagues de chaleur marines, à 27 pour cent en avril, pourrait atteindre 40 pour cent au troisième trimestre. Le bassin méditerranéen est l'un des points chauds anticipés.

L'Espagne enregistre son avril le plus chaud depuis 1950#

Sur la rive nord du bassin, la signature européenne du mois est tout aussi nette. Le bulletin Copernicus place avril 2026 au 10e rang des mois d'avril les plus chauds pour l'Europe continentale (moyenne 8,88 degrés, anomalie 0,50 degré). Le chiffre paraît modeste, jusqu'à ce qu'on l'éclate par sous-région.

L'Agence d'État météorologique espagnole (AEMET) a publié son bilan le 5 mai 2026 : avril 2026 est devenu, à 15,1 degrés de moyenne nationale, le mois d'avril le plus chaud jamais mesuré depuis le début des séries AEMET en 1950. L'écart à la moyenne 1991-2020 atteint 3,2 degrés. C'est énorme. Le précédent record, avril 2023 à 15,0 degrés, est dépassé d'un dixième de degré. Plus précisément, six journées individuelles (les 10, 18, 19, 20, 21 et 22 avril) ont chacune battu le record national de température maximale pour leur date depuis au moins 1950.

Avril 2025 et avril 2024 étaient déjà parmi les avrils les plus chauds de la décennie. Avril 2026 marque le passage à la catégorie supérieure. À noter : sur le premier quadrimestre 2026 en Espagne, l'AEMET dénombre 12 jours record en quatre mois. Dans un climat stationnaire, on en attendrait cinq sur une année complète. Le chiffre dit l'évidence : la distribution des températures journalières s'est décalée vers le haut.

Le mécanisme atmosphérique qui a produit cette anomalie est connu. Une dorsale de hautes pressions s'est installée sur l'Europe de l'Ouest, doublée d'une cellule dépressionnaire sur l'Europe de l'Est. Cette configuration a aspiré, sur la dernière décade du mois, de l'air saharien vers le Maghreb, l'Espagne, le Portugal et le sud de la France. La France a connu son troisième avril le plus chaud depuis 1900 ; des parties du nord de l'Espagne et du sud de la France ont vécu leur avril le plus chaud depuis au moins 1979 dans les séries ERA5. À l'inverse, le quart nord-est de l'Europe (Pologne, États baltes, Russie occidentale, Scandinavie) a été plus frais que la normale.

Cette dualité ouest-chaud/est-frais n'est pas anecdotique. Elle indique un blocage atmosphérique, un schéma persistant qui ne se dissipe pas en quelques jours. Quand un blocage installe une dorsale chaude sur le sud-ouest européen au printemps, la trace persiste souvent sur l'humidité des sols, et donc sur la disposition à la sécheresse estivale.

La bascule ENSO, confirmée pour le second semestre#

Le bulletin de mars évoquait une « transition de neutre vers El Niño prévue par de nombreux centres pour la seconde moitié de l'année ». Le bulletin d'avril durcit la formulation : « El Niño conditions are expected to develop in the coming months ». Les centres spécialisés convergent :

  • NOAA Climate Prediction Center : 82 pour cent de probabilité d'un El Niño actif sur la période mai-juillet 2026, 96 pour cent en décembre 2026-février 2027
  • IRI (International Research Institute) : 70 pour cent d'El Niño en avril-juin 2026, 88 à 94 pour cent sur le reste de l'année
  • GFDL (Geophysical Fluid Dynamics Laboratory) : signal cohérent avec un El Niño émergeant entre mai et juillet

Plus tendu, l'estimation de l'intensité : NOAA évoque un 50 pour cent de probabilité d'un El Niño « fort » (anomalie SST supérieure à 1,5 degré sur la zone Niño 3.4), avec un 25 pour cent de probabilité d'un « super El Niño » (au moins 2 degrés d'anomalie) à l'automne ou au début de l'hiver. À titre de comparaison, le super El Niño de 1997-1998 avait propulsé l'année 1998 au-dessus du précédent record d'environ 0,2 degré ; celui de 2015-2016 avait fait basculer 2016 en première année à dépasser durablement le pré-1,5 degré, avant que 2023 puis 2024 ne redéfinissent l'échelle.

Pour le second semestre 2026, le scénario probable se dessine ainsi : une anomalie de fond déjà installée à 1,4 à 1,5 degré, à laquelle s'ajoute progressivement la signature thermique d'un El Niño au moins modéré. Le bulletin Copernicus du 8 mai n'avance pas de chiffre annuel, c'est trop tôt. Mais la trajectoire suggère que 2026 a une probabilité non négligeable de finir en deuxième année à dépasser 1,5 degré sur la moyenne annuelle, derrière 2024 (1,60 degré ERA5). Carbon Brief estime cette probabilité autour de 30 pour cent au moment du bulletin d'avril.

Mai-juin : les signaux à surveiller#

Trois indicateurs vont peser sur les mois qui viennent.

Premier indicateur : la SST du Pacifique tropical. L'élément déclencheur d'un El Niño confirmé, c'est le franchissement durable du seuil 0,5 degré d'anomalie sur la région Niño 3.4 (zone 5°N–5°S, 170°W–120°W), avec un couplage atmosphère-océan documenté par l'indice ONI. Le bulletin d'avril 2026 indique des SST déjà élevées sur le Pacifique central et est, avec des conditions de vagues de chaleur marines de catégorie 3 (« forte ») observées du Pacifique équatorial central jusqu'aux côtes ouest des États-Unis et du Mexique. Le franchissement opérationnel pourrait intervenir entre fin mai et début juillet.

Deuxième indicateur : la couverture en glace marine. Avril 2026 montre une banquise arctique au deuxième plus bas niveau pour le mois (5 pour cent sous la moyenne), juste après mars 2026 qui avait établi un record d'avril plus bas. Le minimum estival arctique se joue en septembre. Une banquise déjà amincie en avril préfigure souvent un minimum estival lui aussi déficitaire.

Troisième indicateur : l'humidité des sols européens. La carte de précipitations Copernicus pour avril 2026 montre des conditions sèches sur l'Europe occidentale et centrale, humides sur la Scandinavie, l'Europe orientale et le pourtour méditerranéen. La sécheresse précoce en Europe centrale, si elle se prolonge en mai, augmentera la sensibilité aux vagues de chaleur estivales (effet de boucle : sol sec, évapotranspiration réduite, températures de surface plus élevées).

Lecture des chiffres : la trajectoire 1,5 degré#

Un mois ne fait pas un climat. Le seuil de l'Accord de Paris se réfère à une moyenne sur des décennies, pas à un avril isolé. Avril 2026 à 1,43 degré au-dessus du préindustriel ne signifie pas que le seuil est franchi ; il signifie que les anomalies mensuelles dans cette fourchette deviennent l'ordinaire.

Pour avoir une image plus fiable, on regarde la moyenne glissante 12 mois. Elle reste à 1,43 degré sur la période mai 2025 à avril 2026 (Copernicus), inchangée par rapport au bulletin de mars. Pour mémoire, la même moyenne calculée un an plus tôt (juin 2024 à mai 2025) atteignait 1,58 degré : le reflux post-El Niño 2023-2024 s'est stabilisé. Une étude publiée en mai 2025 dans Nature Climate Change estime qu'une année dépassant 1,5 degré place la Terre, avec très haute probabilité, dans une fenêtre de 20 ans qui verra la limite Paris franchie sur la moyenne décennale. Le bulletin d'avril 2026 ne contredit ni ne confirme cette estimation ; il reste dans la fourchette attendue.

Le rapport État du Climat Européen 2025 (ESOTC), publié par Copernicus le 28 avril, ajoute le contexte régional : vagues de chaleur records de la Méditerranée à l'Arctique, glaciers en recul, couverture neigeuse en baisse. Avril 2026 ne se lit pas tout seul ; il se lit comme une donnée de plus dans une série dont la pente ne fléchit pas.

Ce qui change pour le décideur#

Trois conséquences opérationnelles méritent d'être tirées du bulletin du 8 mai.

D'abord, la planification estivale 2026 doit intégrer un risque élevé de canicule méditerranéenne. Une SST de printemps déjà au deuxième record de mémoire signale un été en surchauffe ; la France a déjà bouclé son plan canicule 2026. L'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Grèce vont se trouver en première ligne, et les retours sur les vagues de chaleur marines 2024 et 2025 suggèrent que la mortalité benthique côtière, déjà préoccupante, va s'aggraver.

Ensuite, la trajectoire confirmée d'El Niño en seconde moitié 2026 affecte les prévisions saisonnières d'hiver 2026-2027. Pour l'Europe, un El Niño modéré à fort tend à favoriser des hivers plus secs et plus doux sur le sud, plus humides sur le nord. Ces effets sont probabilistes, pas mécaniques, mais ils pèsent sur les hypothèses de production hydroélectrique, d'enneigement alpin, de calendrier agricole.

Enfin, la fréquence des mois à anomalie supérieure à 1,4 degré devient l'ordinaire. Sur les 23 derniers mois (juin 2024 à avril 2026), 21 ont dépassé 1,4 degré au-dessus du préindustriel. La distribution n'est plus une queue de gaussienne, c'est un nouveau centre. Les politiques publiques qui se fondent sur des références climatiques 1991-2020 doivent être reconsidérées : la « normale » sur laquelle reposent les dimensionnements (cotes de crue, dimensionnement réseau électrique, calendriers agricoles, plans de gestion de la ressource en eau) ne reflète plus la météo qu'on observe.

L'attente du bulletin de juin#

Le prochain bulletin Copernicus, qui couvrira mai 2026, est attendu autour du 6 ou 9 juin. Si je devais hasarder un pronostic prudent, je miserais sur trois choses. Premièrement, un mois de mai dans le top 3 mondial, probablement 2e ou 3e, avec une anomalie entre 0,50 et 0,65 degré au-dessus de la moyenne 1991-2020. Deuxièmement, une moyenne glissante 12 mois qui restera dans la fourchette 1,42 à 1,46 degré, à la marge du seuil de 1,5 degré sans le franchir durablement. Troisièmement, une confirmation explicite de la bascule vers El Niño, probablement avec mention d'un franchissement du seuil ONI ou d'un avis officiel NOAA passant du statut « ENSO neutral » au statut « El Niño advisory ».

Je peux me tromper. La barrière de printemps des prévisions ENSO reste un obstacle reconnu (les modèles surestiment souvent l'intensité des transitions printanières), et les anomalies SST tropicales sont elles-mêmes sensibles à des forçages atmosphériques de court terme. Ce qui ne me semble pas devoir bouger, en revanche, c'est l'anomalie de fond. Le climat parle peu, lentement, et toujours avec la même voix. Avril 2026 vient de la répéter sans inflexion.

Sources#

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