En 2025, la France a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 1,5 % seulement, selon le dernier baromètre du Citepa publié en avril 2026. Soit 363,7 millions de tonnes équivalent CO2, hors puits de carbone. C'est le plus bas niveau enregistré depuis 1990. Et c'est la quasi-seule bonne nouvelle du rapport.
Car derrière ce plancher historique, les données publiques racontent autre chose. La baisse ralentit pour la deuxième année consécutive : 6,8 % en 2022-2023, 1,8 % en 2023-2024, 1,5 % en 2024-2025. La courbe s'aplatit au moment précis où elle devrait plonger.
Un budget carbone tenu, une trajectoire ratée#
Officiellement, Paris respecte ses engagements. Le budget carbone de la SNBC-2 fixé à 374 Mt pour 2025 est tenu, avec environ 10 Mt de marge. En réalité, ce cadre appartient déjà au passé. La SNBC-3, dont le décret est attendu au printemps 2026, impose un rythme de 5 % de réduction par an jusqu'en 2030. Cible : 279 Mt CO2eq, soit -50 % par rapport à 1990.
Au rythme actuel, la France avance deux à quatre fois trop lentement. Le record de 2022-2023, à -6,8 %, reste l'exception. Depuis, chaque année efface une partie de l'élan. Anne Bringault, du Réseau Action Climat, résume : « Les reculs sur les politiques de transition écologique se paient cash. » Selon elle, les émissions baissent « trois fois moins vite que les objectifs climatiques nationaux en 2024 et 2025 ».
L'industrie tire la baisse, mais pour de mauvaises raisons#
Secteur par secteur, le bilan 2025 est inégal. L'industrie manufacturière affiche la plus forte réduction : -3,5 %, soit -2,2 Mt, ce qui représente 40 % de la baisse totale nationale. Un chiffre flatteur. Le Citepa prend toutefois soin de préciser que cette performance reflète en partie un recul d'activité plus qu'une décarbonation structurelle. Autrement dit : moins d'usines qui tournent, pas forcément des usines plus propres.
Le transport, premier émetteur national avec 34 % du total, recule de 1,4 % (-1,7 Mt). Une inflexion réelle, mais très en-deçà de ce qu'exige la SNBC-3 pour un secteur dominé par le routier et pratiquement stagnant depuis une décennie.
Le bâtiment perd 1,5 % (-0,9 Mt). Le Citepa attribue ce ralentissement à la suspension partielle de MaPrimeRénov, qui a fait reculer les rénovations d'environ 10 %. Un arbitrage budgétaire qui se lit directement dans les courbes d'émissions. L'agriculture recule de 1,2 % (-0,9 Mt), rythme habituel, sans bascule.
L'énergie repart à la hausse#
Le secteur énergie augmente ses émissions de 0,5 % en 2025 (+0,2 Mt). La production d'électricité, portée par le nucléaire et le renouvelable, baisse de 5 %. Mais le raffinage pétrolier grimpe de 10 % sur l'année, effaçant le reste des gains du secteur. Cette hausse isolée mérite attention : elle signale une dépendance aux produits fossiles qui ne se dément pas, malgré les objectifs de sortie.
Si l'on regarde l'empreinte carbone (c'est-à-dire les émissions liées à la consommation française, importations incluses) la photo est plus sombre encore. Selon les dernières données disponibles (2024), elle s'établit à 563 Mt, soit 8,2 tonnes par habitant, en baisse de 3,4 %. Un écart structurel avec les émissions territoriales qui rappelle que la France continue d'externaliser une partie significative de son impact climatique.
Un retard qui devient difficile à rattraper#
Le message chiffré est brutal. Pour atteindre les 279 Mt en 2030, il faut désormais retrancher environ 85 Mt en cinq ans. À -1,5 % par an, la France gagnerait moins de 30 Mt sur la période. L'écart mécanique dépasse 55 Mt. Chaque année perdue déplace l'effort vers la suivante et rend la pente plus raide.
Le Citepa n'est pas le seul à tirer la sonnette. Le Réseau Action Climat lie explicitement les reculs réglementaires (moratoire sur MaPrimeRénov, ajustements sur la planification écologique, arbitrages budgétaires) au ralentissement observé. Les politiques publiques ne sont plus alignées avec la trajectoire qu'elles fixent.
D'autres dossiers environnementaux affichent la même dissonance entre affichage et exécution : voir par exemple la gestion du loup en France en 2026, le pic d'ozone d'avril 2026 sur 96 départements, ou encore les 27 millions de tonnes de nanoplastiques recensés dans l'Atlantique Nord. Sans oublier le programme de réintroduction du lynx dans les Vosges, autre marqueur des arbitrages écologiques français.
La question centrale reste posée, à moins de quatre ans de l'échéance 2030 : avec quels leviers concrets la France compte-t-elle passer de -1,5 % à -5 % par an, sans compter sur une nouvelle contraction industrielle subie ?
Sources#
- Citepa, baromètre mensuel des émissions de GES, avril 2026, citepa.org
- Ministère de la Transition écologique, ecologie.gouv.fr
- Réseau Action Climat, déclarations d'Anne Bringault, reseauactionclimat.org





