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PFAS Villy : 2 729 ng/L, Lefèvre promet une circulaire

PFAS Villy : 2 729 ng/L, Lefèvre promet une circulaire

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Deux mille sept cent vingt-neuf nanogrammes de PFAS par litre d'eau du robinet. C'est le relevé effectué à Villy, petit village ardennais d'environ deux cents habitants, et rendu public par une enquête de France 3 Grand Est. Rapporté à la limite réglementaire de cent nanogrammes par litre fixée par la directive européenne 2020/2184, devenue pleinement opposable en France le douze janvier 2026, ce taux représente vingt-sept fois le seuil autorisé. Un record national. Et le point de départ d'une séquence politique qui s'est accélérée en avril 2026.

Février 2025 : le chiffre qui déclenche tout#

La mesure remonte à février 2025. À cette date, le contrôle sanitaire PFAS n'est pas encore obligatoire dans l'eau potable française. Il le deviendra le premier janvier 2026 côté droit français, le douze janvier 2026 côté droit européen, avec un seuil de zéro virgule un microgramme par litre pour la somme de vingt PFAS, selon l'Agence régionale de santé Grand Est. La mesure de Villy n'a donc pas été déclenchée par une obligation réglementaire, mais par une enquête journalistique. Les données publiques, elles, racontent autre chose que les rapports rassurants diffusés jusque-là.

Même dossier, mêmes analyses : les sols agricoles de la commune affichent quatre cent cinquante-sept microgrammes de PFAS par kilogramme. Selon un ingénieur Inrae cité par France 3, c'est un niveau inédit en France pour des terres agricoles. J'ai déjà couvert la contamination des sols ardennais et meusiens quand l'enquête a été publiée, et ce qui m'a frappée, c'est la vitesse avec laquelle un chiffre isolé à Villy a fini par obliger un ministre à se déplacer.

L'origine industrielle : Ahlstrom et Gérardmer#

La source de la contamination n'est plus un mystère. La papeterie Ahlstrom de Stenay, dans la Meuse, fabriquait du papier anti-graisse pour emballages alimentaires. La technologie exige des PFAS. Les boues issues du procédé ont été épandues sur les terres agricoles des Ardennes et de la Meuse depuis 2007, selon l'enquête France 3. L'usine a fermé ses portes en novembre 2024. Deuxième source identifiée : une teinturerie de Gérardmer, dans les Vosges, active depuis 1998, dont les boues ont nourri le même circuit d'épandage.

Résultat cumulé : deux cent vingt-cinq hectares de grandes cultures contaminés, dont cinquante dans le périmètre de captage d'eau potable, selon les mêmes analyses. Le maire de Villy affirme que vingt-trois mille tonnes de boues industrielles ont été épandues sur le finage communal. L'industriel était autorisé par le préfet à « valoriser par épandage agricole » ces boues depuis au moins l'an 2000.

Juillet 2025 : l'arrêté préfectoral#

Le quatre juillet 2025, un arrêté préfectoral interdit la consommation de l'eau du robinet dans seize communes du secteur : douze dans les Ardennes, quatre dans la Meuse. La liste ardennaise englobe Villy, Malandry, Blagny, Linay, Haraucourt, Bayonville, Beffu-et-le-Morthomme, Landres-et-Saint-Georges, Thénorgues, Imécourt, Verpel et le hameau de Sivry rattaché à Buzancy, d'après l'ARS Grand Est. Côté meusien, Juvigny-sur-Loison, Louppy-sur-Loison, Han-lès-Juvigny et Remoiville complètent le périmètre. Eau embouteillée pour la boisson et les biberons. Eau du robinet autorisée pour la cuisine et l'hygiène. Les autres usages restent intacts, selon la doctrine ARS.

Sur le réseau meusien de Louppy-sur-Loison, les analyses de décembre 2025 publiées sur la plateforme Selectra indiquent trois virgule un microgrammes par litre, soit trente et une fois le seuil. Le problème n'a pas reculé au cours de l'hiver.

3 avril 2026 : sept communes rétablies#

Premier signal positif le trois avril 2026. Selon ici.fr (France Bleu Ardennes), sept communes sortent du régime de restriction grâce à l'installation d'un système de filtration au charbon actif en grains sur le captage de Thénorgues. Les communes concernées : Thénorgues, le hameau de Sivry, Bayonville, Beffu-et-le-Morthomme, Verpel, Imécourt, Landres-et-Saint-Georges. La source indique quatre cent soixante-dix résidents dans une mention, trois cent soixante-sept dans une autre : les données officielles n'ont pas tranché.

Sur ce point, j'hésite encore à retenir un chiffre unique. Ce qui est certain, c'est que quatorze réseaux d'eau potable restaient non conformes au premier avril 2026, desservant environ trois mille neuf cents habitants, selon EconomieMatin recoupé par nos confrères d'actualites-news-environnement. Le différentiel entre seize communes initialement touchées et sept rétablies laisse six communes ardennaises encore sous restriction au neuf avril 2026, d'après ici.fr. Le chiffre exact de neuf non-rétablies souvent cité au niveau national n'est pas confirmé par les sources accessibles : il correspondrait au calcul brut seize moins sept, tous départements confondus.

7 avril 2026 : plainte contre X#

Le sept avril 2026, la communauté de communes Portes du Luxembourg et six communes ardennaises déposent une plainte contre X. Les motifs, rapportés par la Banque des Territoires : « mise en danger d'autrui », « gestion irrégulière de déchets », « non-respect des plans d'épandages de boues entre 2000 et 2026 ». Le parquet de Nancy instruit. La plainte vise explicitement la chaîne de responsabilité qui a permis à des boues industrielles chargées en PFAS d'être épandues sans contrôle pendant près d'un quart de siècle, sous autorisation préfectorale renouvelée.

Deux jours plus tard, le ministre délégué arrive sur place.

9 avril 2026 : la circulaire promise#

Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, se rend dans les Ardennes le jeudi neuf avril 2026. Le programme officiel publié par ecologie.gouv.fr prévoit une réunion en préfecture à quinze heures, une visite du captage de Thénorgues à dix-sept heures trente-cinq, un point presse à dix-huit heures quinze. C'est au captage que la phrase attendue tombe, rapportée par ici.fr : « Je suis venu présenter le projet de circulaire que nous allons prendre pour éviter que ce qui s'est passé dans les Ardennes ne se reproduise. »

Le contenu de cette circulaire sur les boues d'épuration avait déjà été esquissé quelques jours plus tôt par la Banque des Territoires. Phase 1 : mille cent stations de plus de dix mille équivalents-habitants, soit six pour cent du parc des vingt-trois mille une STEP françaises, mais quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-six pour cent des boues épandues en agriculture. Analyses trimestrielles dès 2026. Seuils provisoires envisagés selon la Revue EIN et Générations Futures, non encore confirmés dans un texte officiel publié : quarante microgrammes par kilogramme de matière sèche pour six PFAS prioritaires, quatre cents microgrammes pour vingt-deux PFAS au total. Arrêté définitif attendu à l'été 2026, applicable au premier janvier 2027.

François Veillerette, de Générations Futures, a formulé la lecture politique dans SocialMag : « Une nouvelle fois concernant la pollution par les PFAS, la France est à la traîne et ne semble réagir uniquement suite à la pression des citoyens. »

Le cadre législatif en toile de fond#

La séquence d'avril 2026 s'inscrit dans un cadre normatif déjà voté. La loi numéro 2025-188 du vingt-sept février 2025, officiellement intitulée loi visant à protéger la population des risques liés aux substances per- et polyfluoroalkylées, a interdit depuis le premier janvier 2026 la fabrication, l'importation et la vente de quatre catégories de produits : cosmétiques contenant des PFAS, produits de fart, textiles d'habillement et chaussures, agents imperméabilisants grand public. Au premier janvier 2030, l'interdiction s'étendra aux textiles d'ameublement, selon economie.gouv.fr. Le vocabulaire médiatique « loi Garot » renvoie à la proposition initiale de 2023 ; depuis la promulgation, seule la référence à la loi numéro 2025-188 fait foi.

Générations Futures a dénoncé en décembre 2025 la publication in extremis de décrets applicatifs « d'engagements a minima par rapport à l'esprit de la loi ». La législation PFAS complète reste donc suspendue à ses textes d'application, dont certains ne couvrent pas encore le dossier des boues.

La question qui reste ouverte#

À Villy, la filtration au charbon actif grain fonctionne à Thénorgues. Six communes ardennaises attendent encore un dispositif équivalent ou un raccordement à un captage indemne. L'estimation nationale du coût de dépollution des PFAS dans l'eau varie de cinq à cent milliards d'euros par an pendant vingt ans selon les scénarios retenus par Générations Futures, sans chiffrage officiel de tutelle. La circulaire Lefèvre vise les boues sortantes des STEP. Elle ne dit rien, pour le moment, du stock déjà épandu depuis l'an 2000. Qui paiera la dépollution des deux cent vingt-cinq hectares contaminés d'Ardennes et de Meuse, sachant que la papeterie Ahlstrom est fermée depuis novembre 2024 ?

Sources#

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