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PFAS dans l'air à Rumilly : Tefal sommée d'agir avant 2027

PFAS dans l'air à Rumilly : Tefal sommée d'agir avant 2027

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

23 PFAS différents identifiés dans les rejets atmosphériques de l'usine Tefal de Rumilly. Vingt milligrammes par heure de flux cumulé sur les neuf premiers points d'émission contrôlés. C'est le constat brut qui a déclenché un arrêté préfectoral signé le 29 avril 2026 par la préfète de Haute-Savoie, et publié le 30 avril.

L'arrêté somme le groupe Seb, propriétaire de Tefal, de produire avant le 1er janvier 2027 un plan d'action pour réduire concrètement ces émissions. Mise en œuvre prévue dès mars 2027. Suivi régulier sur deux ans. Les analyses devront aussi caractériser plus précisément les sources, intégrer une étude de dispersion atmosphérique actuelle et historique, et identifier les voies de réduction techniquement et économiquement réalistes.

Ce que les analyses ont montré#

Deux campagnes de mesures ont été menées par l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes et la DREAL, l'une en novembre 2025, l'autre en février 2026. Elles portaient sur l'air ambiant autour du site industriel de Rumilly, qui fabrique des poêles antiadhésives depuis 1956 et emploie environ 1 800 personnes.

Le composé principal détecté est l'ADONA-DONA, un acide perfluoré utilisé dans les procédés de fabrication antiadhésifs. Les 22 autres PFAS identifiés relèvent pour l'essentiel de dérivés et précurseurs liés au même usage industriel. Aucune des concentrations mesurées dans l'air ne dépasse formellement de seuil sanitaire, parce que la réglementation européenne n'en fixe pas pour les PFAS atmosphériques. C'est précisément le problème.

Selon le rapport préfectoral, les flux mesurés correspondent aux émissions diffuses des installations de cuisson, de revêtement et de séchage. Le périmètre n'inclut pas les rejets aqueux, qui font l'objet d'un suivi distinct géré par la même DREAL et l'agence de l'eau. Côté ARS, l'eau potable distribuée à Rumilly reste conforme aux seuils PFAS introduits par la directive européenne 2020/2184. La ressource n'est pas menacée à court terme.

Ce que l'arrêté exige#

Le texte préfectoral prescrit cinq obligations chronologiquement contraignantes :

Première étape, avant le 1er octobre 2026 : un bilan exhaustif des sources d'émission, point par point, incluant les substances émises, les concentrations, les flux et les conditions de fonctionnement. Tefal doit aussi documenter l'historique des émissions sur dix ans.

Deuxième étape, avant le 1er janvier 2027 : un plan d'action chiffré, avec calendrier de mise en œuvre, technologies envisagées et objectifs quantitatifs de réduction. L'arrêté ne fixe pas de pourcentage de baisse imposé, ce qui est un point faible souligné par les associations.

Troisième étape, à partir de mars 2027 : déploiement effectif des mesures. Tefal devra installer des dispositifs de captation, modifier ses procédés ou substituer certains produits chimiques.

Quatrième et cinquième étapes, sur deux ans : campagnes de mesures trimestrielles pour vérifier l'effet réel des actions, plus une étude de dispersion atmosphérique modélisée auprès des habitations les plus proches.

Le contexte législatif qui pèse#

L'arrêté arrive dans un climat où la France durcit sa réglementation PFAS. Le décret du 28 février 2026 a élargi la surveillance obligatoire à 24 PFAS supplémentaires dans les rejets industriels. La loi PFAS du 22 mai 2026 interdit la mise sur le marché de certains produits contenant des PFAS, avec une période de 4 mois pour écouler les stocks et des dérogations sectorielles limitées.

Tefal n'est pas concernée directement par l'interdiction commerciale, parce que les revêtements antiadhésifs des poêles bénéficient d'une dérogation jusqu'en 2030, à condition que les fabricants démontrent l'absence d'alternative équivalente. C'est précisément cette dérogation qui motive la pression réglementaire sur les sites de production : si les produits ont le droit d'exister, leur fabrication doit a minima respecter des normes d'émission strictes.

L'ARS Auvergne-Rhône-Alpes documente la situation à Rumilly depuis plusieurs années. Une première alerte avait été émise en 2017 sur des dépassements ponctuels dans certains forages d'eau privés. Le suivi s'était ensuite renforcé à partir de 2022, avec la publication par Le Monde de l'enquête "Forever Pollution Project" qui avait cartographié les sites industriels français à risque PFAS, dont Rumilly.

La position de Tefal et du groupe Seb#

Contacté par les médias locaux, le groupe Seb indique avoir engagé "depuis plusieurs années" un programme de réduction de ses émissions PFAS. Le communiqué publié le 30 avril 2026 mentionne des investissements "à hauteur de plusieurs millions d'euros" sans donner de chiffre précis. Aucun objectif quantitatif n'est annoncé publiquement.

Selon des sources proches du dossier, le site de Rumilly étudie depuis 2024 le passage à des procédés de revêtement à base de céramique ou de silicates, qui ne nécessitent pas de PFAS. La R&D existe, l'industrialisation tarde, faute de pression réglementaire suffisante jusqu'à présent.

L'arrêté préfectoral change le calendrier. En liant les autorisations d'exploitation futures au respect d'un plan d'action, la préfecture installe un mécanisme de cliquet. Si Tefal ne produit pas le plan dans les délais, ou si les réductions effectives sont jugées insuffisantes, des sanctions administratives sont prévues, jusqu'à la suspension d'autorisation d'exploiter au titre des ICPE.

Ce que les chiffres ne disent pas#

Les 20 mg/h de flux PFAS cumulé peuvent paraître faibles. Ramené à l'année, cela représente environ 175 grammes émis depuis les 9 points contrôlés. Mais ces 9 points ne couvrent pas toutes les émissions du site : les sources diffuses (étanchéité de bâtiments, ventilation générale) n'ont pas été quantifiées, et l'historique cumulé sur 70 ans d'exploitation se compte probablement en tonnes.

L'autre donnée absente : la concentration dans le sang des riverains. Aucune campagne de biomonitoring humain n'a été lancée à Rumilly, malgré les demandes répétées de l'association Riverains Auvergne-Rhône-Alpes Industries. L'ARS répond que les données environnementales ne justifient pas, à ce stade, une étude épidémiologique. Les associations rétorquent que sans biomonitoring, il est impossible de relier les expositions et les pathologies.

Cinq cas de cancers du rein, deux thyroïdes, dans le périmètre de moins d'un kilomètre autour du site. Statistiquement non significatifs sur le plan épidémiologique stricte, selon l'ARS. Suspects pour les habitants. Le débat n'est pas tranché, et l'arrêté préfectoral ne s'y aventure pas.

La suite#

Tefal a deux mois à compter de la notification pour contester l'arrêté devant le tribunal administratif de Grenoble. Aucun recours n'a été annoncé à ce stade, ce qui suggère une acceptation tacite des obligations imposées. Le groupe Seb a confirmé qu'il se conformerait au calendrier.

Le précédent de Pierre-Bénite, dans le Rhône, où Arkema a été contrainte d'engager des mesures similaires en 2023, montre que l'industrie sait s'adapter quand la pression réglementaire est claire. Reste à savoir si le plan d'action Tefal de janvier 2027 fixera des objectifs ambitieux, ou si la dérogation 2030 servira d'excuse pour temporiser.

Pour les habitants de Rumilly, la question n'est plus de savoir s'il y a des PFAS dans l'air. La question est combien, depuis quand, et avec quels effets sanitaires. Officiellement, aucun lien démontré. En réalité, aucun mécanisme officiel ne permet de l'établir. C'est l'écart qui choque.

D'autres dossiers PFAS sont attendus dans les prochains mois, notamment autour de Pierre-Bénite (Arkema), Salindres (Solvay) et Pierrelatte (Daikin). Le décret d'application de la loi PFAS du 22 mai 2026 prévoit d'ailleurs un registre national des sites émetteurs, opérationnel d'ici fin 2026. Une cartographie publique. Enfin.

Sources#

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