Le 18 juin 2026, le tribunal correctionnel de Brest a condamné la société Nutri'Babig, filiale du groupe coopératif laitier Sodiaal, à 101 000 euros d'amende, dont 50 000 euros avec sursis, selon Actu-Environnement, qui cite l'association Eau et rivières de Bretagne, partie civile dans ce dossier. Le Télégramme, le jour du verdict, titrait sur 100 000 euros. Les deux chiffres ne se recoupent pas exactement, et c'est la première chose à poser sur la table : la décision n'a pas été retrouvée publiée en base de jurisprudence, tout ce que l'on sait du jugement passe par la presse et par la partie civile.
Ce que le dossier dit, lui, est documenté par une pièce publique : le rapport d'inspection des installations classées de la direction départementale de la protection des populations du Finistère, publié sur Géorisques le 27 juin 2023.
Une fuite de soude, pas un rejet volontaire#
Le mécanisme est décrit en une phrase par l'inspection : « Une fuite de soude provenant de l'établissement a transité à travers le réseau des eaux usées vers la station d'épuration communale. Cette arrivée de soude a perturbé le fonctionnement de la station et a dégradé la qualité du rejet dans l'Hyère. » La soude, ce sont 20 000 litres déversés dans le réseau d'eaux usées, selon Actu-Environnement comme selon Le Télégramme, qui ajoute la conséquence visible : le rejet « avait causé la mort de nombreux poissons ».
Le rapport parle d'une fuite, la presse de déversement : je m'en tiens aux deux mots, sans en inventer un troisième.
Le site, tel que l'administration le décrit#
L'établissement NUTRI'BABIG est implanté rue Marcel Le Goff, zone d'activités de Kergorvo, à Carhaix-Plouguer (Finistère), code AIOT 0005518519. Le rapport le qualifie : « spécialisé dans la production de poudre de lait infantile et de sérum ». Régime : autorisation. Statut : non Seveso, mais relevant de la directive IED. C'est un site industriel sous régime préfectoral, avec arrêté et prescriptions, comme tant d'autres que la chaîne de recours du riverain aide à décrypter.
Chronologie du dossier#
| Date | Fait | Source |
|---|---|---|
| Juin 2023 | Fuite de 20 000 litres de soude vers le réseau d'eaux usées, station communale perturbée, rejet dégradé dans l'Hyère | Rapport DDPP 27 juin 2023 ; Actu-Environnement ; Le Télégramme |
| 23 juin 2023 | Arrêté de mesures d'urgence : rejet des eaux usées industrielles suspendu vers le réseau public | Rapport DDPP |
| 23 juin 2023, 21 h 30 | Arrêt effectif des rejets, après un arrêt progressif entamé à 19 h 30 ce même jour | Rapport DDPP |
| 24 juin 2023 | Visite d'inspection de contrôle des mesures d'urgence | Rapport DDPP |
| 25 juin 2023 | Arrêt complet de l'usine annoncé par l'exploitant | Rapport DDPP |
| 18 juin 2026 | Jugement correctionnel de Brest : 101 000 € d'amende dont 50 000 € avec sursis (partie civile) ; 100 000 € (titre de presse) | Actu-Environnement ; Le Télégramme |
Ce que le rapport d'inspection dit de plus#
Trois détails du rapport DDPP méritent d'être lus, parce qu'ils disent l'état réel du site après l'accident. Un : l'exploitant a stocké les eaux usées produites depuis l'arrêt des rejets dans un bassin de rétention d'eaux pluviales d'environ 3 600 m³, avec surveillance visuelle toutes les trois heures et ouvrage de sortie vers le ruisseau de Kergorvo maintenu fermé. Deux : l'inspection relève que ce stockage « ne peut être qu'une solution temporaire par temps sec » et renvoie à l'exploitant le soin de trouver une solution de vidange avant les pluies. Trois : à l'issue de cette visite, le rapport consigne « Type de suites proposées : Sans suite » sur le point contrôlé, l'arrêté du 23 juin 2023 étant appliqué.
Au 7 octobre 2026, la décision n'apparaît pas dans la base de jurisprudence consultée : les montants qui circulent restent des chiffres rapportés par la presse et par la partie civile.
Deux chiffres, deux lectures#
Le montant de l'amende circule en deux versions. Actu-Environnement, s'appuyant sur la partie civile, détaille : 101 000 euros, dont 50 000 avec sursis. Le Télégramme, dans son titre du 18 juin 2026 : 100 000 euros. Les publier l'un contre l'autre est exactement le rôle de ce dossier : la version détaillée vient de l'association qui a porté la plainte, la version ronde du titre de presse. C'est la première que je retiens, en la datant et en la nommant.
Ce que ce dossier change pour les riverains#
Sur le plan juridique, la condamnation applique le droit existant des installations classées, celui des sanctions administratives et judiciaires que le pilier réglementation détaille. Sur le plan de la méthode, le parcours Carhaix se lit de bout en bout : fuite, arrêté de mesures d'urgence du 23 juin 2023, inspection publiée le 27 juin, jugement du 18 juin 2026. C'est la même mécanique documentée ailleurs dans le réseau, de la mise en demeure de l'usine Liot au dossier Timac Agro, en passant par les boues de Malvési. Un site sous autorisation ICPE ne devient pas invisible parce qu'il est coopératif : ses arrêtés, ses inspections et ses jugements se lisent, et c'est en les lisant que le chiffre de 20 000 litres cesse d'être une abstraction.
Sources#
- Préfecture / DDPP du Finistère - Rapport de l'inspection des installations classées, NUTRI'BABIG, 27 juin 2023, consulté le 2026-10-07
- Actu-Environnement - Pollution des eaux par de la soude : condamnation de l'usine Nutri'Babig à Carhaix, consulté le 2026-10-07
- Le Télégramme - Pollution de l'Hyères en 2023 : l'entreprise Nutri'Babig de Carhaix condamnée à 100 000 € d'amende à Brest, consulté le 2026-10-07





