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PFAS dans l'eau : ce que charbon actif et osmose retirent

PFAS dans l'eau : ce que charbon actif et osmose retirent

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Le 1er octobre 2026, la préfecture de l'Indre a interdit au fabricant de moquettes Balsan, installé à Arthon, de rejeter ses eaux traitées dans le milieu naturel, et notamment dans le cours d'eau de la Bouzanne, rapporte La Nouvelle République du 6 octobre. Le fabricant a reçu le 8 octobre un filtre à charbon actif, posé à titre expérimental pour deux mois, et l'objectif fixé est de passer sous les 4,4 nanogrammes en équivalent PFOA par litre, selon ICI Centre-Val de Loire. Ce dossier local dit exactement où en est notre savoir technique : on sait capturer une partie des « polluants éternels », on ne sait toujours pas quoi faire de ce qu'ils laissent derrière.

Le charbon actif retient les PFAS que la préfecture veut voir disparaître de la Bouzanne, mais la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR) écrit noir sur blanc qu'il ne retire « pas rentablement » le TFA. Seule l'osmose inverse y parvient probablement, à un coût élevé et avec un concentré dont personne ne dit encore quoi faire. L'incinération ne les minéralise que sous des conditions précises de température et de fonctionnement, et souvent elles ressortent en morceaux plus petits.

Ce que l'arrêté de l'Indre dit vraiment#

Le texte n'est pas public en ligne, mais la presse locale en cite les termes. « Les rejets d'effluents aqueux au milieu naturel sont suspendus tant que l'exploitant n'a pas démontré la compatibilité de ses rejets avec les enjeux du milieu », écrit La Nouvelle République, qui publie aussi le motif : « En l'état actuel, l'exploitant n'a pu démontrer sa capacité à maîtriser ses rejets de Pfas, ces derniers sont conséquents et leur origine incertaine. »

Ce que le dossier rapporté par ICI donne comme établi : l'usine a utilisé jusqu'au début des années 2000 une résine fluorée vendue par 3M et contenant du PFOS, les boues de sa station d'épuration ont été épandues sur des terres agricoles dans un rayon de 600 mètres, et aucun épandage n'a eu lieu depuis juillet 2025, précise l'entreprise à la radio régionale. Ce qui ne l'est pas : le lien entre l'arrêté et l'enquête sur les œufs. « Il n'est pas possible d'affirmer que l'enquête de Radio France a incité la préfecture à prendre cet arrêté », écrit La Nouvelle République. Les œufs prélevés chez des particuliers d'Arthon portaient bien une concentration importante de PFOS et de PFNA, et ICI chiffre le PFOS à 1,56 microgramme par kilo au lieu de 1 microgramme, mais l'origine de la contamination des poules reste à établir, l'alimentation et l'eau pouvant toutes deux l'expliquer.

Une étude doit dire l'ampleur du phénomène autour du site : « les eaux superficielles, les sédiments et la faune piscicole de la rivière concernée », détaille La Nouvelle République. C'est le transfert du polluant, pas sa destruction, qui se mesure ici.

La suspension des rejets d'Arthon s'inscrit dans une trajectoire écrite dans la loi. L'article L. 523-6-1 du code de l'environnement, créé par la loi du 27 février 2025, dispose que la France se dote d'une trajectoire nationale de réduction progressive des rejets aqueux de PFAS des installations industrielles, « de manière à tendre vers la fin de ces rejets dans un délai de cinq ans à compter de la promulgation de la loi n° 2025-188 du 27 février 2025 ». Le décret d'application, n° 2025-958 du 8 septembre 2025, chiffre l'échéance : une diminution de 70 % d'ici le 27 février 2028 par rapport aux émissions estimées ou mesurées de l'année 2023, puis la fin visée pour le 27 février 2030, comme le résume le point réglementaire de Bureau Veritas. En amont, un arrêté du 3 septembre 2025 avait déjà renforcé la surveillance des PFAS dans les eaux usées, rappellent les services de l'État dans l'Indre.

Pour le volet financier du même dispositif, la redevance PFAS sur les rejets détaille qui paie. Les obligations de surveillance côté eau potable sont dans l'article dédié et la trajectoire législative d'ensemble dans la loi PFAS de 2025 et ses impacts sur l'industrie.

Charbon actif, osmose, ozone : trois voies, trois angles morts#

Le filtre posé à Arthon est la technologie la plus répandue, et la CIPR en connaît la limite. Dans son rapport n° 258 consacré à l'acide trifluoroacétique, elle écrit qu'« il n'est pas possible de retirer (rentablement) le TFA des effluents d'eaux usées par exemple à l'aide de charbon actif ou d'ozone ». Le TFA est justement le PFAS le plus présent : l'Anses, dans sa campagne nationale de mesure de l'eau potable menée de 2023 à 2025, l'a détecté dans 92 % des prélèvements d'eau distribuée comme d'eau brute.

Pire : l'ozonation peut aggraver le problème. « Dans le cas du traitement à l'ozone, du TFA peut même se former à partir de certains précurseurs », note le rapport de la CIPR, qui décrit des molécules portant une structure CF3 relarguant du TFA à la découpe. Traiter peut donc fabriquer le polluant qu'on cherche à retirer.

Face à cela, la CIPR ne voit qu'une issue crédible pour le TFA : « Seule l'osmose inverse peut probablement retirer efficacement le TFA. Les coûts liés à cette méthode sont toutefois élevés et l'élimination des concentrés reste à mettre au clair. » L'osmose ne détruit rien : elle déplace le polluant de l'eau vers un concentré, et ce concentré, la fiche technique officielle ne dit pas encore comment il sera traité. C'est le point dur du dossier, le même que signale l'article sur le TFA invisible.

VoieCe qu'elle fait des PFASCe qu'elle laisse derrièreSource
Charbon actifRetient les PFAS visés par l'arrêté de l'Indre, en essai de deux mois à ArthonNe retire « pas rentablement » le TFA ; le charbon saturé devient un déchetCIPR, ICI
Osmose inverseRetire probablement le TFA, seule voie identifiée comme efficace sur luiConcentré à éliminer, coûts élevésCIPR
OzonationOxyde certains polluantsPeut former du TFA à partir de précurseurs CF3CIPR
IncinérationMinéralise en CO2, H2O et HF à conditions réuniesSous-produits de chaînes plus courtes, plus stables thermiquementINERIS

L'incinération se joue à la liaison C-F#

L'INERIS a fait l'état des connaissances sur la destruction des PFAS par incinération dans une journée technique de novembre 2024, et le tableau est plus technique que le mot « destruction » ne le laisse croire. Les déchets y sont « brûlés à des températures allant généralement de 850°C à 1 300°C selon le type d'incinérateur », et « la majorité des PFAS sont volatilisés à des températures > 700°C ». Volatilisés : passés en phase gazeuse, pas détruits.

La destruction complète, écrit l'institut, « renvoie à la minéralisation complète des PFAS », c'est-à-dire des molécules « décomposées en CO2, H2O et HF ». Elle se heurte à la « grande stabilité de la liaison C-F », ce lien carbone-fluor qui fait la résistance de toute la famille. L'efficacité dépend des conditions de fonctionnement, que l'INERIS résume par la « règle des "4T" : Teneur en dioxygène, Temps de séjour, Température, Turbulence ». Et quand la découpe est incomplète, elle produit ce qu'on craignait : des « quantités plus ou moins importantes de PFAS de chaines plus courtes, plus stables thermiquement ».

Ce que la surveillance mesure, ce qu'elle ne dit pas#

La campagne nationale de l'Anses donne l'échelle de la contamination à surveiller : sur les 35 PFAS recherchés, 20 ont été détectés dans des échantillons d'eau brute et 19 dans les échantillons d'eau distribuée au robinet. Dans la grande majorité des prélèvements, les concentrations mesurées restent « inférieures aux limites règlementaires lorsqu'elles leur sont applicables ». Conformité n'est pas absence : c'est tout le débat que suit la rédaction sur les 3,2 millions d'analyses rendues publiques par le BRGM, et le lecteur veut savoir où se situer chez lui, la méthode pour vérifier sa commune le détaille. Les boues d'épuration, autre exutoire, ont leurs règles depuis avril 2026.

Entre la trajectoire de 2030 et les concentrés dont personne ne dit quoi faire, deux lectures se défendent : la réglementation avance plus vite que l'industrie n'installe ses unités, ou l'inverse, les unités existent mais leurs résidus n'ont pas de filière. Le dossier public ne permet pas de trancher, et je ne le ferai pas à sa place.

FAQ#

Le charbon actif enlève-t-il tous les PFAS de l'eau ?#

Non. C'est la technologie retenue en essai chez Balsan Moquette dans l'Indre, mais la Commission internationale pour la protection du Rhin écrit qu'il n'est « pas possible de retirer (rentablement) le TFA des effluents d'eaux usées par exemple à l'aide de charbon actif ou d'ozone ». Or le TFA est le plus répandu : 92 % des prélèvements de la campagne Anses en contenaient.

Quel traitement retire le TFA ?#

« Seule l'osmose inverse peut probablement retirer efficacement le TFA », répond le rapport n° 258 de la CIPR. Elle ajoute deux réserves : les coûts de cette méthode sont élevés, et l'élimination des concentrés produits reste à mettre au clair. L'osmose déplace le polluant, elle ne le détruit pas.

L'incinération détruit-elle les PFAS ?#

Sous conditions. L'INERIS rappelle que la destruction complète suppose la minéralisation en CO2, H2O et HF, que la liaison C-F résiste, et que l'efficacité dépend de la règle des 4T. À défaut, l'incinération génère des PFAS de chaînes plus courtes, plus stables thermiquement, donc un transfert plutôt qu'une fin.

Que risque une usine qui rejette des PFAS ?#

L'arrêté du 1er octobre 2026 dans l'Indre le montre : suspension de tout rejet aqueux tant que la compatibilité avec le milieu n'est pas démontrée, objectif chiffré de 4,4 nanogrammes en équivalent PFOA par litre, et étude sur les eaux superficielles, les sédiments et la faune piscicole. La loi du 27 février 2025 vise la fin de ces rejets industriels d'ici février 2030.

Sources#

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