Le 4 décembre 2025, Nestlé Waters Supply Sud signale elle-même à l'inspection des installations classées des dépassements des valeurs limites en sortie de la station d'épuration de son site de Vergèze, dans le Gard, sur plusieurs paramètres réglementés et pendant plusieurs jours. Cinq jours plus tard, la DREAL Occitanie est sur place. Neuf mois plus tard, le volet épuration de l'affaire Perrier n'est toujours pas refermé : un arrêté préfectoral complémentaire du 22 juin 2026 impose désormais à l'exploitant une revue complète de la conception et du fonctionnement de sa station.
Ce dossier a circulé par dépêches, en quelques centaines de mots à chaque épisode. Les trois rapports d'inspection publiés sur Géorisques, la base de l'État, contiennent autre chose : les valeurs limites article par article, les séries de mesures datées au jour, le fondement réglementaire de chaque non-conformité, les délais proposés par l'inspection et la cause déclarée par l'exploitant. Je les ai lus ligne par ligne pour reconstituer ce calendrier. Le plus intéressant, dans ce genre de document, se trouve rarement dans le résumé d'ouverture : il est dans le tableau des suites, en fin de rapport.
Décembre 2025 : trois constats, huit à quinze jours pour rentrer dans le rang#
Le site est réglementé par l'arrêté préfectoral d'autorisation environnementale n°2019-008 du 16 janvier 2019, complété par l'arrêté n°2021-048-DREAL sur la surveillance des rejets en eaux et par l'arrêté du 3 juin 2025 relatif aux prélèvements et à la consommation en eau. L'article 4 de l'arrêté complémentaire du 13 juillet 2021 fixe les valeurs limites en sortie de station des eaux industrielles : pH entre 5,5 et 8,5, débit de 1900 m3/j, matières en suspension à 35 mg/L et 66 kg/j, demande chimique en oxygène à 50 mg/L et 95 kg/j, azote total à 15 mg/L et 28,5 kg/j.
Deux séries sortent de ces bornes début décembre. Le 3 décembre 2025, la concentration en matières en suspension atteint 113,6 mg/L, soit, selon les termes du rapport d'inspection du 9 décembre, plus de trois fois la valeur autorisée. Le 5 décembre, une nouvelle mesure donne 38,8 mg/L, toujours au-dessus du seuil, et le retour à la normale intervient à partir du 6 décembre. Sur la demande chimique en oxygène, le dépassement démarre le 4 décembre : l'analyse du 8 décembre montre 56 mg/L pour un seuil de 50, ce qui confirme une persistance de six jours, correspondant à plus de 10 % des mesures sur une base mensuelle, avant un retour à 45 mg/L le 9 décembre, que le rapport donne à confirmer.
| Date | Paramètre | Valeur mesurée | Valeur limite |
|---|---|---|---|
| 3 décembre 2025 | Matières en suspension | 113,6 mg/L | 35 mg/L |
| 5 décembre 2025 | Matières en suspension | 38,8 mg/L | 35 mg/L |
| 8 décembre 2025 | Demande chimique en oxygène | 56 mg/L | 50 mg/L |
| 29 janvier 2026 | Demande chimique en oxygène | 61,2 mg/L | 50 mg/L |
| 30 janvier 2026 | Demande chimique en oxygène | 140 mg/L | 50 mg/L |
| 3 février 2026 | Demande chimique en oxygène | 112 mg/L | 50 mg/L |
L'inspection relève un second point, moins repris et pourtant net : environ 60 m3/h arrivaient au point de rejet des eaux industrielles alors que toutes les lignes de production étaient à l'arrêt, ces eaux provenant de deux forages d'eaux minérales suspendus. L'article 4.3.2 de l'arrêté du 16 janvier 2019 interdit la dilution, et le rapport conclut que « la redirection de ces eaux vers la station d'épuration industrielle constitue un usage non conforme de cette installation ». Trois mises en demeure sont proposées au préfet le 10 décembre 2025, avec des délais distincts : huit jours sur les valeurs limites d'émission, huit jours sur les dispositions générales de l'article 4.4.1, quinze jours sur la collecte des effluents et l'interdiction de dilution. La presse a donné à l'époque des délais uniques et divergents, de huit à seize jours ; le document, lui, en porte trois, selon la non-conformité visée. Un rapport d'accident circonstancié est par ailleurs attendu au plus tard le 19 décembre 2025.
L'exploitant a confirmé l'arrêt de toutes ses lignes, le redémarrage étant conditionné au retour à la conformité des concentrations mesurées en sortie de station. Selon franceinfo, cellule investigation de Radio France, un projet d'arrêté de mise en demeure a été adressé par courrier recommandé daté du 10 décembre 2025, avec un délai total de seize jours, huit jours de phase contradictoire puis huit jours pour revenir sous les seuils. Nestlé Waters France déclare au même média avoir identifié le dépassement et avoir immédiatement prévenu les autorités. Quant à la cause avancée à l'époque, une désinfection massive à l'acide nitrique qui aurait détruit les bactéries épuratrices, elle est rapportée par Radio France : le rapport d'inspection du 9 décembre 2025 ne mentionne pas l'acide nitrique. Ce n'est donc pas un constat de l'inspection, c'est une information de presse.
Janvier 2026 : 140 mg/L de DCO, et la charge journalière qui ne bouge pas#
Le samedi 31 janvier 2026, l'exploitant informe l'inspection, par message vocal puis par courriel, d'un dépassement en sortie de station sur le paramètre DCO. Visite réactive le 3 février. Les concentrations mesurées les 29 et 30 janvier étaient respectivement de 61,2 mg/L et 140 mg/L, pour une valeur limite fixée à 50 mg/L, soit plus du double du seuil le 30 janvier. Contrairement au retour à la normale attendu, les jours suivants montent encore : 98, 92, 118 et 112 mg/L du 31 janvier au 3 février.
C'est ici que le dossier se lit de travers si l'on s'arrête au chiffre de 140. La réglementation fixe deux valeurs limites pour la DCO, une en concentration, 50 mg/L, et une en flux journalier, 95 kg/j. Sur cette période, le flux passe de 29,9 kg/j le 1er février à 84,3 kg/j le 3 février, sans jamais dépasser le plafond de 95 kg/j. La non-conformité porte donc sur la concentration, pas sur la charge journalière effectivement rejetée. Les deux notions ne se confondent pas, et l'écart entre elles borne assez précisément ce qui est parti vers le milieu.
L'exploitant attribue l'épisode à la production d'une nouvelle gamme de boissons à base de fruits, avec arrêt de la production sur la ligne concernée dans l'après-midi du 29 janvier 2026. L'inspection relève au passage un décalage interne : des concentrations très élevées en DCO apparaissaient dès le 27 janvier sur l'un des points de relevage relié à cette ligne, alors que l'alerte n'a été donnée que le 29 en milieu de journée. Un suivi renforcé était pourtant en place depuis l'incident du 3 décembre 2025, avec deux analyses quotidiennes en sortie de station et deux points d'échange par jour, à 8h00 et 14h00, entre Nestlé Waters Supply Sud et l'exploitant de la station.
Une seconde non-conformité est relevée en février : l'absence de consignes d'exploitation formalisées pour la station, contraire à l'article 2.1.2 de l'arrêté du 16 janvier 2019, avec une mise en demeure proposée assortie d'un délai de trois mois. Et le rapport pose un diagnostic qui vaut plus que l'épisode lui-même : « la station d'épuration a des difficultés à traiter des effluents dont les caractéristiques changent avec l'évolution de l'activité du site ». Le 26 février 2026, selon franceinfo, le préfet du Gard met l'entreprise en demeure pour la seconde fois depuis décembre.
Juin 2026 : l'acte qui change de logique#
C'est la pièce que les dépêches n'ont pas suivie. L'arrêté préfectoral complémentaire n°2026-027-DREAL du 22 juin 2026 comporte un article 9ter qui impose à Nestlé Waters une revue complète de la conception et du fonctionnement de la station d'épuration, intégrant les nouvelles conditions opératoires et les productions actuelles, avec transmission du planning du programme de travail détaillé sous un mois à compter de la notification. L'exploitant a répondu dans les temps : le programme de travail détaillé a été réceptionné par l'inspection le 23 juillet 2026, dans le délai imparti.
Le rapport d'inspection du 24 juillet 2026 y ajoute une exigence qui déplace le curseur d'un cran : l'exploitant doit intégrer à cette revue la régularisation du statut IED de l'établissement et les valeurs seuils prévues par les conclusions sur les meilleures techniques disponibles, les BREF, applicables à son activité. La fiche officielle de l'installation, code AIOT 0006601737, classe aujourd'hui NESTLE WATERS SUPPLY SUD en régime Autorisation, non Seveso, non IED. Mon interprétation, et c'est une lecture, pas une position de l'administration : on sort de la police curative, épisode par épisode, pour entrer dans une remise à plat de l'installation et de son statut réglementaire.
Le même arrêté, à son article 10, fixe un objectif de sobriété : ramener à 3,06 au maximum en 2026 le ratio entre volume prélevé et volume embouteillé. Le ratio constaté à fin juin 2026 est de 2,7, sous l'objectif. Sur les PFAS, la dernière campagne n'a quantifié ni PFAS ni fluor organique adsorbable aux deux points de rejet, et l'inspection estime qu'il n'est pas justifié de poursuivre davantage les investigations, à rebours de ce que l'on observe dans le dossier des polluants éternels de Tavaux, où la donnée déclarée alimente au contraire une procédure pénale.
Les actes de décembre 2025 et de février 2026 relèvent de Jérôme Bonet, alors préfet du Gard. Fabienne Decottignies, jusque-là préfète de la Nièvre, a été nommée préfète du Gard à compter du 17 août 2026, par décret du 22 juillet 2026 publié au Journal officiel du 23 juillet. La revue de la station se poursuivra donc sous une autre signature.
Entre un vrai changement de logique de l'État et la simple formalisation de ce que l'inspection demandait déjà épisode par épisode, je penche pour le premier, et cet arbitrage reste discutable : un arrêté qui impose une revue de conception n'a pas le même horizon qu'un arrêté qui impose de revenir sous un seuil en huit jours.
Ce qu'une mise en demeure est, et ce qu'elle n'est pas#
Une mise en demeure n'est pas une sanction. C'est un acte du préfet qui ordonne à un exploitant de se remettre en conformité dans un délai donné ; les sanctions administratives, elles, interviennent si le délai passe sans que la conformité soit rétablie. Un arrêté préfectoral complémentaire n'est pas davantage une condamnation : il ajoute des prescriptions à une autorisation existante. Et une proposition de l'inspection n'est pas encore un acte signé. Sur ce dossier, l'inspection a proposé trois mises en demeure en décembre 2025 et deux en février 2026, sur des prescriptions distinctes : deux épisodes ont donné lieu à mise en demeure, ce qui n'équivaut pas mécaniquement à cinq actes.
La distinction vaut aussi pour le milieu. Le dépassement de valeurs limites réglementaires est établi, mesure par mesure, dans les rapports. L'atteinte au cours d'eau ne l'est pas : le rapport du 9 décembre note que l'exploitant a transmis les résultats d'analyses réalisées sur le Vistre en amont et en aval du rejet, et que « les paramètres mesurés sont stables ». Deux choses différentes, souvent fondues dans la même phrase.
Le Vistre, et ceux qui le réparent#
Sur un sujet proche, découvrez notre article : Nestlé Waters à Vittel : deux échéances avant le verdict.
Le Vistre est le cours d'eau qui borde l'usine. Son bassin est géré par l'EPTB Vistre Vistrenque, un établissement public territorial de bassin, dont le président Thierry Agnel résumait en décembre 2025 : « On fait des efforts qui nous coûtent de l'investissement, des efforts des agents, des efforts financiers et tout cela peut être réduit à néant par une pollution accidentelle ». Pascal Dance, directeur de la fédération de pêche du Gard, réagissait de son côté : « Une fois de plus, c'est le Vistre qui prend, par la faute d'une entreprise », ajoutant : « Une entreprise de la taille de Perrier devrait traiter ces eaux correctement, je ne comprends pas pourquoi cette pollution a eu lieu. »
Il y a là une asymétrie de calendriers que peu de dossiers rendent aussi visible. La renaturation d'une rivière se compte en décennies de travaux, de budgets votés et de mètres de berges repris. Un effluent hors norme se compte en heures. Ce n'est pas un argument juridique, c'est juste ce qui rend ces déclarations plus compréhensibles que la lecture du seul tableau de mesures. La même mécanique se retrouve ailleurs, quand un texte adopté ne suffit pas à réparer ce qu'il vise, ou quand des mesures annoncées sur l'eau butent sur leur mise en œuvre.
Le site n'en est d'ailleurs pas à son premier passage sous ce chapitre : une inspection avait déjà eu lieu le 1er octobre 2024, déclenchée par une fuite d'acide nitrique signalée par la société le dimanche 29 septembre 2024, sous contexte d'inspection « Pollution » et thème « Eau de surface ». Événement distinct de 2025, même famille de sujet.
Deux procédures qu'il ne faut pas confondre#
Le dossier le plus connu de Nestlé Waters à Vergèze n'est pas celui-ci. Il porte sur l'eau minérale naturelle, les traitements de microfiltration et les autorisations d'exploiter les forages. Ce sont deux procédures différentes : d'un côté la police des installations classées, instruite par la DREAL Occitanie sous l'autorité du préfet du Gard, qui concerne la station d'épuration et ses rejets ; de l'autre l'instruction sanitaire, portée par l'ARS et le CoDERST sur le fondement du code de la santé publique. Deux bases juridiques, deux calendriers.
Sur ce second volet, la préfecture du Gard a publié le 23 décembre 2025 un communiqué détaillant l'arrêté préfectoral d'autorisation d'exploiter n°30-2025-12-18-00009 du 18 décembre 2025, paru au recueil des actes administratifs 30-2025-222 spécial du 19 décembre. L'autorisation donne une suite favorable assortie de restrictions : disconnexion hydraulique et démantèlement des canalisations des forages Romaine IV, Romaine IVbis et Romaine VIII, contrôle sanitaire renforcé pendant 24 mois sur les captages RVI et RVII, surveillance quotidienne avec transmission mensuelle à l'ARS, et dépôt sous un an d'une étude complémentaire sur l'impact de la microfiltration à 0,45 micron. L'instruction avait suivi son cours depuis la demande de révision déposée le 12 août 2025, complétée les 12 septembre et 10 octobre, avec un avis favorable sous réserves d'un hydrogéologue agréé le 24 novembre et un passage en CoDERST le 17 décembre 2025. Selon ICI, le groupe Bonneval, producteur d'eau minérale basé en Savoie, a déposé le 6 mai 2026 des recours en annulation devant les tribunaux administratifs des Vosges et du Gard contre les arrêtés autorisant la microfiltration à 0,45 micron.
Rien de tout cela ne concerne la station d'épuration. Les mélanger revient à attribuer à une procédure les suites de l'autre.
Foire aux questions#
Perrier a-t-il pollué le Vistre ? Les rapports d'inspection établissent des dépassements de valeurs limites réglementaires en sortie de station, datés et chiffrés. Sur le cours d'eau lui-même, le rapport du 9 décembre 2025 indique que les analyses transmises par l'exploitant en amont et en aval du rejet montrent des paramètres stables. Le dépassement de seuil est établi, l'atteinte mesurée au milieu ne l'est pas dans ces documents.
Combien de mises en demeure ont visé la station de Vergèze ? Deux épisodes ont donné lieu à mise en demeure, décembre 2025 et le 26 février 2026 selon franceinfo. Dans le détail, l'inspection avait proposé trois mises en demeure en décembre, sur des prescriptions distinctes et avec des délais de huit à quinze jours, puis deux en février 2026. Proposer une mise en demeure et signer un arrêté sont deux étapes différentes.
La quantité de pollution rejetée a-t-elle dépassé le maximum autorisé ? Non, pas sur le flux. La valeur limite en charge journalière pour la DCO est de 95 kg/j, et le flux mesuré début février 2026 est passé de 29,9 à 84,3 kg/j sans l'atteindre. Le dépassement portait sur la concentration, fixée à 50 mg/L, avec un pic à 140 mg/L le 30 janvier 2026.
Qu'impose l'arrêté de juin 2026 ? L'arrêté préfectoral complémentaire n°2026-027-DREAL du 22 juin 2026 impose, à son article 9ter, une revue complète de la conception et du fonctionnement de la station, intégrant les nouvelles conditions opératoires et les productions actuelles. Le rapport d'inspection du 24 juillet 2026 y ajoute la régularisation du statut IED de l'établissement et les valeurs seuils des BREF applicables.
Sources#
- Rapport d'inspection des installations classées, DREAL Occitanie, visite du 9 décembre 2025, NESTLE WATERS SUPPLY SUD, consulté le 16 septembre 2026
- Rapport d'inspection des installations classées, DREAL Occitanie, visite du 3 février 2026, NESTLE WATERS SUPPLY SUD, consulté le 16 septembre 2026
- Rapport d'inspection des installations classées, DREAL Occitanie, visite du 24 juillet 2026, NESTLE WATERS SUPPLY SUD, consulté le 16 septembre 2026
- Rapport d'inspection des installations classées, DREAL Occitanie, visite du 1er octobre 2024, NESTLE WATERS SUPPLY SUD, consulté le 16 septembre 2026
- Fiche de l'installation classée NESTLE WATERS SUPPLY SUD, base des installations classées, Géorisques, consulté le 16 septembre 2026
- Enquête de la cellule investigation de Radio France sur la mise en demeure de décembre 2025, franceinfo, consulté le 16 septembre 2026
- Enquête de la cellule investigation de Radio France du 27 mai 2026, mise en demeure du 26 février 2026, franceinfo, consulté le 16 septembre 2026
- Réactions de la fédération de pêche du Gard et de l'EPTB Vistre Vistrenque, ICI Gard Lozère, consulté le 16 septembre 2026
- Recours du groupe Bonneval contre les autorisations accordées à Nestlé, ICI, consulté le 16 septembre 2026
- Exploitation des forages destinés à la fabrication d'eau minérale naturelle, préfecture du Gard, consulté le 16 septembre 2026
- Décret du 22 juillet 2026 portant nomination de la préfète du Gard, Légifrance, consulté le 16 septembre 2026





