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OFB 2025 : 130 ours, 1082 loups, trajectoires opposées

OFB 2025 : 130 ours, 1082 loups, trajectoires opposées

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Officiellement, la France protège deux grands prédateurs sur son territoire. En réalité, elle les compte avec des méthodes scientifiques rigoureuses, puis arbitre politiquement leur trajectoire de population à l'opposé l'un de l'autre. L'Office français de la biodiversité a publié coup sur coup deux bilans en mars 2026 : Ours infos 2025 pour les Pyrénées, et la mise à jour annuelle 2025 de l'état de conservation du loup. Lecture croisée.

Selon le rapport annuel Ours infos 2025 du Réseau Ours brun OFB, édition mars 2026, la population d'ours bruns pyrénéens compte un effectif minimal retenu (EMR) de 107 individus en 2024, avec un intervalle estimé entre 109 et 143 individus, et une valeur moyenne de 130. L'aire de répartition couvre 7 000 km² sur le massif. Six portées minimum ont totalisé huit oursons en 2025. Le taux d'accroissement annuel moyen est estimé à +11,53 % entre 2006 et 2024, selon les données génétiques publiques de l'OFB. 3 287 indices indirects ont été collectés, 801 ont été soumis à analyse génétique, 108 individus différents minimum ont été identifiés.

Le loup, lui, plafonne après vingt ans de hausse#

L'autre rapport raconte une histoire différente. Selon la mise à jour 2025 de l'OFB sur la viabilité démographique du loup, publiée fin avril 2026, la population française s'établit à 1 082 individus en valeur moyenne, avec un intervalle de confiance à 95 % entre 989 et 1 187 loups. C'est 69 de plus qu'en 2024, mais la trajectoire ralentit sensiblement. Le nombre de zones de présence permanente (ZPP) atteint 97, dont 80 meutes. La poursuite du développement de l'espèce est qualifiée par l'OFB de « moins importante que celle constatée l'année dernière ».

Nos confrères de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes ont également relevé que l'année 2025 s'est soldée par 190 loups prélevés sur l'ensemble du territoire, dont 11 dans le seul département du Var, via des tirs de défense conduits par les lieutenants de louveterie et la brigade loup de l'OFB. Pour 2026, l'État a fixé un quota d'abattage à 227 individus, soit le plus élevé depuis l'instauration du Plan loup.

La règle change en 2026 : tirs de défense en régime déclaratif#

C'est là que ça se complique et que j'ai moins de certitudes sur la lecture politique. Le ministère de la Transition écologique annonce pour 2026 une « simplification significative » des conditions de tirs de défense, avec le passage d'un régime d'autorisations dérogatoires à un système purement déclaratif. Concrètement, un éleveur ayant subi des attaques pourra tirer sans attendre l'avis préalable de la préfecture, sous réserve de notification.

Cette évolution réglementaire suit le déclassement du loup d'espèce « strictement protégée » à « protégée » par la convention de Berne, validé en décembre 2024 et transcrit dans la directive Habitats à compter de 2026. Le rapport d'expertise OFB-MNHN, coordonné sur saisine interministérielle, associe une étude prospective des populations à une analyse des impacts des tirs dérogatoires pour évaluer les probabilités d'évolution des effectifs. Il sert de cadre scientifique aux arbitrages politiques.

Pour l'ours, aucun assouplissement n'est à l'agenda. La cohabitation reste tendue sur certains massifs pyrénéens, mais les indicateurs OFB confirment une dynamique d'expansion. Les attaques sur troupeaux indemnisées en 2025 (chiffres détaillés non encore publiés) restent stables selon les services de l'État. Le contraste politique entre les deux espèces tient en une ligne : on accompagne l'expansion de l'ours, on freine celle du loup.

Méthode : génétique non invasive et indices indirects#

Le suivi génétique des populations s'est imposé comme l'outil de référence depuis le milieu des années 2000. Poils, fèces, salive sur des proies tuées : autant d'indices indirects analysés en laboratoire pour identifier l'individu, son sexe, sa filiation, son origine géographique. Pour l'ours pyrénéen, le Réseau Ours brun s'appuie sur 22 ans de capitalisation depuis le programme de réintroduction de 2006. Chaque individu est connu, suivi, photographié quand c'est possible.

Pour le loup, le Réseau Loup-Lynx mobilise environ 5 000 correspondants bénévoles ou professionnels, formés à la collecte d'indices et au signalement d'attaques. La donnée brute remonte au MNHN et à l'OFB qui la consolident dans le bilan annuel. La méthode a ses limites : elle sous-estime structurellement les jeunes loups solitaires en dispersion, particulièrement difficiles à détecter, et surestime parfois la stabilité des meutes en transition. L'OFB le reconnaît dans la marge d'incertitude affichée (989-1 187).

Ce que disent les chiffres bruts#

L'écart entre les deux espèces est massif en effectif absolu. 130 ours contre 1 082 loups. Mais la trajectoire est inverse : l'ours croît à plus de +11 % par an depuis vingt ans, le loup ralentit à +6,8 % entre 2024 et 2025. Sur l'arc alpin où le loup avait massivement progressé jusqu'en 2020, on observe une stabilisation depuis trois années. La saturation du milieu, combinée à la pression de prélèvement, commence à freiner mécaniquement la dynamique démographique.

Côté ours, le scénario d'extinction du début des années 2000, où l'effectif tombait sous le seuil de viabilité, est définitivement écarté. La réintroduction slovène entre 1996 et 2006, longuement contestée à l'époque, a payé. Le débat politique se déplace désormais : non plus la survie de l'espèce, mais sa capacité à coexister avec le pastoralisme pyrénéen sur 7 000 km². L'OFB recommande dans son rapport d'étendre les mesures de protection des troupeaux et de renforcer le dialogue territorial.

Indemnisations et impact pastoral : la zone grise#

Sur les attaques de troupeaux, les bilans 2025 ne sont pas tous disponibles dans les documents OFB publiés. Le bilan Loup 2025 de cohabitation élevage avait montré une stabilisation sur 12 000 attaques annuelles, avec environ 11 000 animaux d'élevage indemnisés. Pour l'ours, le chiffre 2024 plafonne autour de 350 dommages indemnisés, principalement sur ovins. L'enveloppe budgétaire reste sans commune mesure : Plan loup à plus de 35 millions d'euros par an, Plan ours à environ 2 millions.

Sur le terrain, les éleveurs que j'ai contactés en zone Sud-Ouest et arc alpin tiennent un discours plus nuancé que la pression médiatique habituelle. La frustration porte moins sur les chiffres bruts que sur le délai d'indemnisation (souvent supérieur à six mois) et la lourdeur administrative du dispositif des chiens de protection. Les confédérations syndicales agricoles divergent dans leurs positions : FNSEA pousse pour l'assouplissement, Confédération paysanne tient une ligne plus modérée sur la coexistence.

L'écart entre science et politique#

Les rapports OFB publient ce qu'on appelle des « avis scientifiques » : ils ne tranchent pas politiquement, ils éclairent. L'avis sur le loup conclut que la viabilité démographique de l'espèce reste assurée sous le régime de tirs actuel, sans pour autant valider une accélération. L'avis sur l'ours confirme une dynamique positive sans masquer les tensions territoriales. Les arbitrages, eux, se font à la table interministérielle Transition écologique + Agriculture + Intérieur.

Les données de l'OFB disent une chose. Les votes au Parlement et les arrêtés préfectoraux en disent une autre. Le quota loup 2026 à 227 prélèvements, soit +20 % en un an, ne se déduit d'aucune équation scientifique : c'est un arbitrage politique. Les éleveurs y voient une avancée nécessaire. Les associations de protection animale y voient un déclassement progressif du statut européen. Les écologues, eux, attendent la mise à jour 2027 pour savoir si la dynamique démographique encaisse vraiment ce niveau de prélèvement.

L'OFB publie. L'État arbitre. Et 7 000 km² pyrénéens cohabitent désormais avec 130 ours, pendant que 80 meutes de loups continuent leur lente expansion sur le reste du territoire.

Sources#

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