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Raffinerie de Donges : les pics de pollution, qui dit quoi

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Le 30 septembre 2026 à 4h15, Air Pays de la Loire (Air PL) a enregistré 630 µg/m³ de dioxyde de soufre à Donges. Son bulletin met ces élévations « en lien avec les activités de la raffinerie Total de Donges » et indique que le seuil d'information et de recommandation, 300 µg/m³ en moyenne pendant une heure, a été dépassé pendant cet épisode.

Ce n'est pas le premier pic de la série. Les valeurs publiées pour la raffinerie de Donges depuis 2003 portent chacune un auteur, une heure quand elle existe et le seuil qu'elle franchit. Les sources ne s'accordent pas toutes sur l'origine de ces épisodes, et chaque version reste rattachée à son auteur.

Cinq pics publiés, de 2003 à 2026#

Le tableau suit les valeurs de dioxyde de soufre publiées pour Donges, avec leur auteur et le seuil que chaque source mentionne.

DateValeur publiéePubliée parSeuil et dépassement
11 février 20031376 µg/m³, maximum horaireAir PL, étude de janvier 2004Alerte (500 µg/m³ sur 3 heures consécutives) dépassée à deux reprises, selon l'étude d'octobre 2003
20 février 2003967 µg/m³, maximum horaireAir PL, étude d'octobre 2003Alerte (500 µg/m³ sur 3 heures consécutives) dépassée à une reprise dans la nuit
23 avril 2023387 µg/m³ à 5hAir PL, actualité du 23 avril 2023Information (300 µg/m³ en moyenne sur une heure) dépassé ; alerte non atteinte
9 avril 2026317 µg/m³ à 12hTotalEnergies, page de la plateforme de DongesInformation (300 µg/m³ en moyenne pendant une heure) dépassé ; alerte (500 µg/m³ en moyenne pendant 3 heures consécutives) non atteinte, selon l'exploitant
30 septembre 2026630 µg/m³ à 4h15Air PL, bulletin du 30 septembre 2026Information (300 µg/m³ en moyenne pendant une heure) dépassé

Le seuil d'alerte de 2003, 500 µg/m³ sur 3 heures consécutives, est celui que cite l'étude d'Air PL d'octobre 2003 ; le texte en vigueur aujourd'hui donne la même valeur, lue plus bas. Les études d'Air PL nomment alors l'exploitant « Total France ».

Sur la fréquence, Marion Guiter, ingénieur d'étude à Air PL, est citée par Hit West : « mais dans les années 2000, on était plutôt entre 15 et 30 fois par an ». Elle compte un épisode en avril 2026 et aucun l'année précédente. Pour le dioxyde de soufre, le rapport annuel 2025 d'Air PL écrit : « Aucun dépassement du seuil d'information et de recommandation n'a été enregistré en Basse-Loire en 2025. » Je ne sais pas ce qui doit peser le plus : cette baisse, ou un pic isolé comme celui du 30 septembre.

Février 2003 : 1376 µg/m³ au maximum horaire#

L'étude d'Air PL de janvier 2004 décrit, les 11 et 20 février 2003, des épisodes de pollution au dioxyde de soufre « remarquables par leur ampleur et par leur durée », « en lien avec les rejets de la raffinerie Total France ».

Selon l'étude d'octobre 2003, le seuil d'alerte, fixé à 500 µg/m³ sur 3 heures consécutives, a été dépassé à deux reprises, en fin de nuit et en fin de matinée du 11 février, puis à une reprise dans la nuit du 20 février. Le maximum horaire atteint 1376 µg/m³ le 11 février d'après l'étude de janvier 2004, et 967 µg/m³ le 20 février d'après celle d'octobre 2003.

L'étude de janvier 2004 situe les niveaux du 11 février aux stations de mesure Pasteur et Ampère d'Air PL. L'étude d'octobre 2003 donne par ailleurs 1400 µg/m³ observés à la station Pasteur. Elle ajoute qu'en appliquant aux niveaux mesurés les diminutions de concentration, entre 40 et 80 %, qu'apporte la procédure de réduction des émissions, la pollution aurait pu dépasser 2000 µg/m³ ce jour-là. C'est une hypothèse de l'étude, formulée au conditionnel, pas une mesure.

23 avril 2023 : 387 µg/m³ à 5h#

Le 23 avril 2023, Air PL signale que le seuil d'information (300 µg/m³ en moyenne sur une heure) a été dépassé à 5h, avec 387 µg/m³. L'organisme écrit que la hausse est « liée à l'activité de la raffinerie de Donges ». Selon le même bulletin, le seuil d'alerte n'a pas été atteint, les concentrations sont revenues rapidement à un niveau faible et la procédure a été levée.

9 avril 2026 : l'exploitant donne sa version#

Le 9 avril 2026, TotalEnergies indique sur la page de sa plateforme de Donges que le seuil d'information a été dépassé à 12h, avec 317 µg/m³, et que le seuil d'alerte n'a pas été atteint. L'exploitant écrit que des capteurs d'Air PL situés dans le bourg de Donges ont signalé la hausse vers 11h15, et il en attribue l'origine à « une phase transitoire du démarrage de l'unité HDT VGO, phase qui a pris fin à 12h ».

Le service communication de TotalEnergies, cité par ICI, présente de son côté une « unité de désulfuration pour enlever encore plus de soufre ».

Sur le lieu du pic, les versions diffèrent. ICI cite Air PL : « Ce fut ponctuel et seulement sur une des quatre stations que nous avons sur la commune ». France 3 écrit que le pic « a été enregistré par la station du Plessis, juste au nord de la raffinerie TotalEnergies de Donges », alors que l'exploitant parle de capteurs situés dans le bourg. France 3 compte aussi cet épisode comme « le premier dans la ville de plus de 8 000 habitants depuis 2023 et le troisième depuis 2019 ».

30 septembre 2026 : un bulletin, plusieurs lectures#

À la publication du bulletin d'Air PL, les concentrations étaient revenues à un niveau faible, inférieur aux seuils réglementaires. Le bulletin s'en tient à un lien avec « les activités de la raffinerie Total de Donges ».

La direction de TotalEnergies, citée par Hit West, parle d'un « incident technique externe » qui a entraîné l'arrêt de la quasi-totalité des unités de la plateforme, avec un redémarrage en cours au 30 septembre. Actu.fr situe cet arrêt au lundi 28 septembre 2026.

Reste le lien entre cet arrêt et le pic, et la presse ne s'accorde pas. Le chapeau de Hit West prête à Air PL un épisode probablement lié au redémarrage des installations. Dans le corps de l'article, sans attribution, le journaliste écrit lui-même que l'épisode est « très probablement dû au redémarrage de la production » : c'est sa voix, pas celle d'Air PL. Saint-Nazaire News écrit à l'inverse : « Aucun lien n'a été établi à ce stade avec un incident technique survenu à la raffinerie de Donges ce lundi 28 septembre. » Actu.fr affirme qu'« Air Pays de la Loire ne fait pas de lien avec la raffinerie », ce que le bulletin contredit.

Je repars toujours du document d'origine quand je lis la presse locale. Ici, le chapeau va plus loin que le bulletin qu'il cite.

Marion Guiter, ingénieur d'étude à Air PL, évoque aussi les redémarrages dans Hit West : « Dans la plupart des installations industrielles, quand il y a redémarrage des unités, c'est là où la maîtrise du process est plus complexe. » Ses propos portent sur les installations industrielles en général. Ils ne nomment pas l'épisode du 30 septembre.

Qui attribue quoi aux pics de SO2#

Le tableau range, épisode par épisode, ce que chaque source avance, avec son auteur.

ÉpisodeCause ou lien indiquéPar qui
Février 2003« en lien avec les rejets de la raffinerie Total France »Air PL, étude de janvier 2004
23 avril 2023Hausse « liée à l'activité de la raffinerie de Donges »Air PL, actualité du 23 avril 2023
9 avril 2026Phase transitoire du démarrage de l'unité HDT VGOTotalEnergies, page de la plateforme de Donges
9 avril 2026« unité de désulfuration pour enlever encore plus de soufre »Service communication de TotalEnergies, cité par ICI
30 septembre 2026Élévations « en lien avec les activités de la raffinerie Total de Donges »Air PL, bulletin du 30 septembre 2026
30 septembre 2026« très probablement dû au redémarrage de la production »Journaliste de Hit West, sans source nommée

Décembre 2022 : une fuite d'essence, trois volumes#

Le 23 décembre 2022, un arrêté préfectoral prescrit à TotalEnergies Raffinage France des mesures immédiates prises à titre conservatoire, après la fuite d'essence détectée le 21 décembre sur le site de Donges. L'activité du bac P551 est suspendue. L'essence de la sous-cuvette doit être pompée « avant le 26 décembre 2022 à minuit », une échéance fixée par l'arrêté. Selon le communiqué de la préfecture du 6 septembre 2024, TotalEnergies a mené les opérations de pompage jusqu'au 28 décembre 2022. Le texte prévoit aussi des mesures instantanées hors site, dont le benzène, par détecteur à photoionisation (PID). L'arrêté les présente comme des mesures conservatoires.

Trois volumes circulent, avec des périmètres différents :

  • 770 m³ d'essence, selon le communiqué de la préfecture du 6 septembre 2024. L'Ineris juge ce volume « potentiellement sous-estimé ».
  • 1391 m³, volume maximal de la nappe, selon l'étude de l'exploitant que résume l'Ineris.
  • 800 000 litres, selon le député Matthias Tavel, dans sa question écrite n° 2760 (Journal officiel du 10 décembre 2024) : « 800 000 litres de naphta se sont échappés d'une cuve ». La réponse du gouvernement (Journal officiel du 25 novembre 2025) ne reprend pas ce chiffre. ICI écrit de son côté « 800.000 litres d'essence se sont échappés d'une cuve », sans source nommée.

Le mot « naphta » vient du député et de l'association de riverains, relayée par ICI ; les textes officiels écrivent « essence ». Selon la préfecture, plus de 11 000 tonnes de terres potentiellement souillées ont été excavées début 2023.

Un riverain qui veut agir face à une pollution industrielle peut suivre la chaîne de recours du riverain.

Benzène : des valeurs de référence, chacune à son auteur#

Dans son avis critique du 31 mai 2024, l'Ineris écrit que les risques sanitaires sont exclusivement portés par le benzène. Les valeurs de référence avancées pour ce composé n'ont ni le même auteur ni la même nature :

ValeurAuteurNature de la valeur
29 µg/m³Préfecture, communiqué du 6 septembre 2024Valeur toxicologique pour des expositions courtes, de 1 à 14 jours, effets non cancérigènes
30 µg/m³ANSES, selon l'avis de l'InerisValeur de l'ATSDR (niveau de risque minimal, « minimal risk level », de 2007, exposition aiguë de 1 à 14 jours), arrondie par l'ANSES
3250 µg/m³Préfecture, note 1 du communiquéSeuil réglementaire alors en vigueur pour les expositions en milieu professionnel
29 000 µg/m³Préfecture, note 2 du communiquéValeur repère pour une exposition de 8 heures, proposée par certains organismes pour la gestion des situations accidentelles

Selon ICI, qui résume un rapport d'Air PL, « le seuil des 30 microgrammes de benzène par mètre cube a été dépassé pendant plusieurs jours et sur cinq kilomètres à la ronde ».

La préfecture écrit, dans son communiqué : « Les simulations confirment que les riverains n'ont pas été exposés à des concentrations moyennes journalières en benzène supérieures à la valeur prise en considération pour des expositions professionnelles. » Le même communiqué indique que les modélisations de TotalEnergies font apparaître des moyennes journalières supérieures à 29 µg/m³ sur une partie de la commune jusqu'au 26 décembre, avec les valeurs les plus élevées les deux premiers jours, des moyennes estimées pouvant atteindre 300 µg/m³ sur certains secteurs. Ce sont des modélisations, pas des mesures. Pour la préfecture, si un effet sanitaire non cancérigène ne peut être formellement exclu, « il est considéré comme improbable au regard en particulier de son caractère réversible ».

L'avis rappelle que le rapport de l'Ineris de janvier 2023 conclut à un dépassement du critère d'acceptabilité des risques pendant 4 jours, aux points de mesure. Ce rapport original, annexé à l'avis, parle d'un dépassement « pour 4 des 9 jours de la période retenue sous influence de la fuite ».

La préfecture écrit que le rapport de l'Ineris a été transmis à l'industriel le 31 mai 2024 et à l'administration le 27 juin 2024. La réponse du gouvernement à la question n° 2760 donne la même date, le 27 juin 2024, pour la transmission au préfet.

Des riverains s'indignent, rapporte l'AFP, que le rapport de l'Ineris daté de janvier 2023 n'ait pas été rendu public auparavant. La présidente de l'AEDZRP (Association environnementale dongeoise des zones à risques et du PPRT), Marie-Aline Le Cler, déclare à l'AFP : « Nous découvrons seulement ce rapport remis à TotalEnergies et passé sous silence ». Ce sont ses propos, pas un constat d'une autorité.

10 septembre 2024 : une fuite d'hydrogène enflammée#

Le rapport de la DREAL N2-2024-0936, daté du 23 septembre 2024, décrit « une faible fuite enflammée d'hydrogène sur une vanne équipant une tuyauterie de la raffinerie (avec une hauteur de flamme limitée à 10 à 15 cm) ». Il situe à 11h05 le déclenchement du plan d'opération interne (POI) et l'information des services de l'État. La raffinerie assure, selon ICI, qu'il n'y a eu ni blessés ni conséquences pour les habitants.

Deux demandes de pose d'un dispositif d'obturation de fuite (SOFM), validées le 17 mai 2023 et le 22 septembre 2023, font suite à des fuites d'hydrogène sur la même vanne. Ce sont des dates de validation, pas des dates de fuite. Le rapport écrit : « L'inspection des installations classées n'a pas été tenue informée de ces incidents. » Il rappelle que les fuites précédentes « auraient normalement dû conduire l'exploitant à informer l'inspection des installations classées ». La suite proposée par l'inspection est une demande d'action corrective, ni mise en demeure ni sanction.

Le dossier ArcelorMittal Fos-sur-Mer suit un autre site industriel à partir des documents publics.

Des seuils à lire au texte#

Les seuils actuels figurent à l'article R. 221-1 du code de l'environnement, partie II, point 4. Dans la copie consolidée du 7 octobre 2026 publiée sur codes.droit.org, le seuil d'information et de recommandation du dioxyde de soufre est de 300 µg/m³ en moyenne horaire, et le seuil d'alerte de 500 µg/m³ en moyenne horaire, dépassé pendant trois heures consécutives. Selon cette copie, le texte est en vigueur.

Le rapport annuel 2025 d'Air PL écrit que la nouvelle directive européenne sur la qualité de l'air ambiant est entrée en vigueur en décembre 2024, que la France a jusqu'au 11 décembre 2026 pour la transposer et que l'un de ses axes majeurs est l'évolution des seuils réglementaires à l'horizon 2030. Les valeurs ci-dessus peuvent donc changer après la publication de cet article.

À l'échelle du pays, le bilan ville par ville et la pollution de l'air de l'hiver 2026 donnent d'autres repères sur la qualité de l'air.

Sources#

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