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COP31 Antalya, clôture 20 novembre : ce que disent les NDC

COP31 Antalya, clôture 20 novembre : ce que disent les NDC

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

22 gigatonnes de CO2. C'est l'écart estimé entre la trajectoire actuelle des engagements nationaux et celle qui maintiendrait le réchauffement sous 1,5°C en 2030, selon la synthèse préliminaire UNFCCC des NDC 3.0 produite en avril 2026. Cet écart sera l'objet central de la COP31, qui se tiendra à Antalya du 9 au 20 novembre 2026 sous présidence turque, avec l'Australien Chris Bowen aux commandes des négociations.

Six mois avant l'ouverture, le décor est posé : la Turquie héberge, l'Australie négocie, et les délégations savent déjà que le résultat dépendra de trois dossiers techniques rarement compris hors des couloirs du processus onusien.

Le compromis Turquie-Australie expliqué#

Antalya 2026 est le produit d'un arbitrage de juillet 2025 entre deux candidatures concurrentes. La Turquie revendiquait l'organisation depuis 2022. L'Australie portait une candidature conjointe avec les États insulaires du Pacifique. Le Groupe des Pays d'Europe Orientale (qui désigne le pays hôte par rotation) ne parvenait pas à trancher.

L'accord trouvé : la Turquie obtient le statut de pays hôte et la présidence symbolique, confiée à Murat Kurum, ministre de l'Environnement, de l'Urbanisme et du Changement climatique. L'Australie obtient la présidence des négociations techniques, exercée par Chris Bowen, ministre du Changement climatique et de l'Énergie. C'est une configuration inédite dans l'histoire des COP, qui peut produire le meilleur (deux pays mobilisés sur leurs forces respectives) ou le pire (responsabilités diluées sur les points sensibles).

Les NDC 3.0 : ce que les parties ont soumis#

Les Contributions Déterminées au niveau National version 3.0 devaient être soumises avant la COP30 (Belém, novembre 2025), couvrant la période 2031-2035 avec un horizon 2040. Au 30 avril 2026, sur 195 parties à l'Accord de Paris :

  • 89 parties ont soumis leur NDC 3.0 complète, représentant environ 76 % des émissions mondiales 2024.
  • 23 parties ont soumis une version partielle (objectif national mais sans plan sectoriel détaillé).
  • 83 parties n'ont rien soumis, principalement des pays en développement à faibles émissions.

L'analyse de ces 89 NDC montre que les ambitions agrégées correspondent à une trajectoire de réchauffement de 2,4°C à 2,7°C en 2100, selon les paramétrages des modèles utilisés par Climate Action Tracker et UNEP. L'écart avec la trajectoire 1,5°C est estimé à 22 GtCO2 en 2030 (sur des émissions totales projetées à 55 GtCO2eq).

Les pays qui ont rehaussé leur ambition de manière mesurable : Royaume-Uni (-81 % en 2035 vs 1990), Norvège (-55 % en 2035), Brésil (objectifs renforcés sur Amazonie), Australie (-65 % en 2035 vs 2005). Ceux qui ont stagné ou reculé : Russie, Arabie Saoudite, Indonésie, Argentine. Les États-Unis sont sortis du processus en janvier 2026 après le retrait formel de l'Accord de Paris.

Le dossier finance : le NCQG en pratique#

Le Nouveau Goal Collectif Quantifié sur la finance climat a été adopté à la COP29 de Bakou en novembre 2024, avec un engagement de 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 pour les pays développés vers les pays en développement. La COP31 doit en opérationnaliser la mise en œuvre, et les chiffres sont contestés depuis l'origine.

L'écart avec les besoins évalués par le groupe d'experts indépendants (1 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 selon le rapport Songwe-Stern actualisé en septembre 2025) reste massif. Les pays du G77+Chine demandent une clarification sur :

  • La part de subventions vs prêts (actuellement les flux sont à 65 % sous forme de dette).
  • Les sources additionnelles (taxes internationales, fonds privés, contributions volontaires des grandes économies émergentes).
  • Le rôle des banques multilatérales de développement et leur réforme.

L'Australie pousse pour intégrer plus formellement les fonds privés via les mécanismes de finance mixte. Plusieurs ONG du Sud accusent ce cadre d'être un blanchiment de la dette commerciale en aide climatique. Contactés en mai 2026, les délégués européens nous ont confirmé que ce point sera l'un des plus tendus à Antalya.

L'opérationnalisation du fonds Pertes et Dommages#

Le fonds Pertes et Dommages, créé à la COP27 et abrité par la Banque Mondiale depuis la COP29, devait commencer ses décaissements en 2025. Bilan au 31 mars 2026 : 728 millions de dollars promis, 312 millions effectivement versés, et 47 millions distribués sur le terrain. Sept pays ont reçu des financements, principalement pour des projets de réhabilitation post-cyclone et de relocalisation côtière.

Le fonds est sous-dimensionné par rapport aux besoins. Selon le rapport du Forum Vulnerable Twenty (V20) publié en avril 2026, les pertes économiques liées au climat dans les pays en développement ont atteint 187 milliards de dollars en 2025. Les ONG climatiques demandent un objectif chiffré pour le fonds, ce que les pays développés refusent à ce stade.

Le bilan mondial après Paris-Belém#

La COP31 doit également préparer le second bilan mondial (Global Stocktake), prévu pour 2028. Le premier bilan, conclu à Dubaï en 2023, avait conclu à un retard généralisé sur tous les objectifs. Le suivant doit intégrer les NDC 3.0 et leur application réelle.

Le compteur factuel : depuis l'Accord de Paris en décembre 2015, les émissions mondiales de CO2 fossile sont passées de 36,2 GtCO2 à environ 38,1 GtCO2 projetées en 2025 (+5,2 %). Sur la même période, la concentration atmosphérique de CO2 a progressé de 401 ppm à 425,6 ppm. Officiellement, les engagements progressent. En réalité, la trajectoire physique se dégrade.

Pour suivre les implications économiques de cette COP, notre article sur les enjeux des entreprises françaises face à la COP31 offre un cadrage complémentaire. Notre dossier sur l'ouverture du sommet le 9 novembre 2026 et la finance climat explique les enjeux du New Collective Quantified Goal. Et l'analyse des négociations préparatoires SB64 à Bonn en juin 2026 replace le contexte technique.

Les points de vigilance pour les 12 jours#

Quatre dossiers à surveiller du 9 au 20 novembre :

  1. Le pré-accord sur les énergies fossiles. Le texte de Dubaï 2023 (« transitioning away from fossil fuels ») doit être renforcé. Plusieurs pays du Golfe et la Russie demandent son atténuation. Les États insulaires demandent une feuille de route avec dates fermes. La Présidence turque, elle-même dépendante du gaz russe, est mal positionnée pour arbitrer.

  2. Les règles d'article 6. Les marchés carbone internationaux, adoptés à Bakou, doivent voir leurs premiers mécanismes de transparence se mettre en place. Le risque : un système de crédits opaques qui permettrait de gonfler artificiellement les NDC sans réduction physique.

  3. La question des subventions fossiles. 7 000 milliards de dollars de subventions directes et indirectes en 2024 selon le FMI. Aucun engagement chiffré de réduction n'a jamais été adopté en COP. La COP31 pourrait être l'occasion, ou pas.

  4. L'effet du retrait américain. Sans les États-Unis, la dynamique des contributions volontaires va se reconfigurer. La Chine est attendue sur une position de leadership, mais avec ses propres priorités industrielles à protéger.

Conclusion provisoire#

22 gigatonnes d'écart, 195 parties, 12 jours de négociations, et une présidence partagée entre la Turquie et l'Australie. La COP31 ne réécrira pas la trajectoire climatique. Elle dira si les institutions internationales peuvent encore produire des décisions opposables sur des sujets qui ont basculé du symbolique au matériel. Le 20 novembre 2026, on saura si Antalya aura été un sommet de gestion ou un sommet de rupture.

Sources#

  • UNFCCC, COP31 Antalya page officielle, unfccc.int/cop31
  • 2026 United Nations Climate Change Conference, Wikipédia, en.wikipedia.org
  • WaterAid Netherlands, COP31 in Antalya analysis, wateraid.org
  • Klima-Bündnis, COP31 UN Climate Change Conference 2026, climatealliance.org
  • UNRIC, UNFCCC COP31 The Road to Antalya, unric.org
  • Climate Action Tracker, NDC analysis 2026 update.
  • Global Carbon Project, GCB 2025, globalcarbonbudget.org
  • Songwe-Stern Independent High-Level Expert Group on Climate Finance, rapport actualisé septembre 2025.
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