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Algues vertes 2026 : la Bretagne gagne-t-elle vraiment ?

Algues vertes 2026 : la Bretagne gagne-t-elle vraiment ?

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Huit mille quatre cents tonnes d'algues vertes ramassées dans les Côtes-d'Armor en 2025. Soit trois fois moins qu'en 2010. Sur le papier, la Bretagne est en train de gagner sa bataille contre les marées vertes. Mais une donnée vient gâcher le tableau : les nitrates dans les cours d'eau stagnent à 33 mg/L depuis dix ans, selon l'association Glaz Natur (chiffre à prendre avec prudence, l'État avance des baisses plus marquées). Alors, victoire ou trompe-l'œil ?

Les chiffres de collecte plaident pour l'optimisme. À Saint-Brieuc, la baie la plus emblématique du fléau, les volumes ont fondu : 12 000 tonnes ramassées en 2021, contre 2 600 tonnes en 2025. Une division par presque cinq en quatre ans. À l'échelle départementale, la chute atteint 75 % par rapport au pic de 2010. Difficile de balayer une trajectoire aussi nette.

Ce que les chiffres de ramassage ne disent pas#

Le hic, c'est que ramasser moins d'algues ne signifie pas forcément en produire moins. La prolifération des ulves dépend d'un cocktail : ensoleillement, température de l'eau, courants, et surtout azote disponible. Une année peu lumineuse fait baisser la collecte sans que rien n'ait changé au fond. Les données publiques, elles, racontent autre chose.

Sur le terrain de la pollution azotée, le bilan se complique sérieusement. Les nitrates dans les cours d'eau bretons ont reculé de 21 à 30 % entre 2010 et 2023, selon les suivis officiels. Une baisse réelle, mesurée, qui correspond à l'effort agricole engagé depuis quinze ans. Sauf que cette amélioration semble avoir atteint un plateau. Glaz Natur avance une stagnation à 33 mg/L depuis une décennie. Et 33 mg/L, c'est encore bien au-dessus des seuils qui empêcheraient les ulves de proliférer dans les baies sensibles. Le seuil reste pourtant loin sous la limite sanitaire fixée par les normes de l'eau potable applicables en 2026, preuve qu'un milieu peut être impropre à un usage écologique sans franchir le plafond destiné à la consommation humaine.

Le déséquilibre breton tient en deux nombres. La région compte environ 110 millions d'animaux d'élevage pour 3,4 millions d'habitants. Cette concentration de cheptel produit une pression azotée que dix ans de mesures correctives n'ont pas suffi à résorber. La Cour des comptes a d'ailleurs étrillé en mai 2026 les contrôles de la police de l'eau sur les exploitations agricoles, jugés trop rares pour peser. Tant que l'azote ruisselle vers les baies, les algues reviendront dès qu'un été lumineux leur en donnera l'occasion.

Le PLAV 3, 130 millions d'euros pour casser le plateau#

L'État ne reste pas inactif. Le troisième Plan de lutte contre les algues vertes, qui couvre la période 2022-2027, mobilise 130 millions d'euros. La répartition est révélatrice : 110 millions sont fléchés vers la prévention, c'est-à-dire la transformation des pratiques agricoles en amont, et non vers le ramassage en aval. La logique est cohérente. On ne videra jamais l'océan à la pelle.

Mais le PLAV 3 vient d'entrer dans sa phase coercitive. Sur les exploitations situées dans les bassins-versants prioritaires, 177 fermes ont été identifiées comme hors objectifs. Pour celles-là, des arrêtés préfectoraux sont attendus au 1er septembre 2026. Autrement dit : l'incitation financière laisse place à la contrainte réglementaire pour les retardataires. C'est un tournant dans la méthode bretonne, longtemps fondée sur le volontariat et la pédagogie. Le virage rejoint celui amorcé à l'échelle nationale, comme le montre le bilan des trois ans du Plan Eau publié en mai 2026.

J'ai couvert plusieurs dossiers de pollution diffuse ces dernières années, et le passage de l'incitation à la sanction est toujours le moment où les lignes bougent vraiment, ou pas du tout. Les chartes de bonnes pratiques signées dans l'enthousiasme finissent souvent dans un tiroir. Un arrêté préfectoral, lui, se conteste au tribunal administratif. La différence de poids juridique est considérable. Reste à voir si l'État ira au bout sur ces 177 exploitations, ou si les arrêtés se dilueront dans les recours.

L'été 2026 sous surveillance renforcée#

La saison qui s'ouvre sera scrutée de près. Sept baies bretonnes font l'objet d'une surveillance dédiée : Saint-Brieuc, la Lieue-de-Grève, Douarnenez, Saint-Michel-en-Grève, la Fresnaye, Morlaix et La Forêt. Sur ces sites, l'enjeu n'est pas seulement écologique, il est aussi sanitaire. En se décomposant, les ulves échouées dégagent de l'hydrogène sulfuré, un gaz toxique pouvant être mortel à forte concentration.

Pour mesurer ce risque, Air Breizh a déployé 17 capteurs d'H2S sur la façade, opérationnels de mai à octobre 2026. L'historique récent invite à une vigilance mesurée plutôt qu'à la panique. En 2025, un seul site a connu un dépassement : Saint-Guimond, sur la commune d'Hillion, avec un pic à 1,4 ppm enregistré le 27 juin. Un dépassement ponctuel, sur un seul point de mesure, dans une seule baie. Loin des scénarios catastrophe que le sujet charrie parfois.

Le bilan des échouages de l'été 2026 n'est évidemment pas encore connu, la saison vient à peine de commencer. Il dépendra autant de la météo des prochaines semaines que des efforts agricoles des années passées. Cette dépendance climatique est d'ailleurs le grand impensé du dossier : un été breton anormalement chaud, comme le réchauffement en promet de plus en plus, pourrait annuler sur une saison les bénéfices de quinze ans de mesures. La même équation pèse sur d'autres milieux côtiers exposés aux dérèglements en cours.

Alors, la Bretagne gagne-t-elle ? Sur le ramassage, oui, les chiffres le disent. Sur la cause, non, pas encore. Tant que les nitrates n'auront pas franchi le plateau des 33 mg/L, chaque été ensoleillé restera une menace. Le vrai test des algues vertes ne se jouera pas sur les plages cet été. Il se jouera dans les champs, et au tribunal administratif, le 1er septembre.

Sources#

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