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G7 Environnement Paris : le climat rayé de l'agenda

G7 Environnement Paris : le climat rayé de l'agenda

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

« La protection de l'environnement n'est plus la priorité internationale. » La phrase est de Monique Barbut, ministre française de la Transition écologique, prononcée à l'ouverture du G7 Environnement qu'elle accueillait jeudi 23 avril 2026 à l'Hôtel de Roquelaure. Elle n'a pas été lancée par une ONG, pas par un éditorialiste. Par l'hôte de la réunion, en accueillant ses homologues.

Le G7 Environnement se tient à Paris et à Fontainebleau les 23 et 24 avril 2026, sous présidence française. La France, l'Italie, l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada et le Japon y ont envoyé leurs ministres de l'Environnement. Les États-Unis, non. Washington est représenté par Usha-Maria Turner, directrice des affaires internationales de l'EPA, confirmée par le Sénat américain le 7 octobre 2025, selon le communiqué de l'agence. Deux pays partenaires sont invités : la Mongolie, qui accueille la COP désertification 2026, et l'Arménie, qui accueille la COP biodiversité 2026, d'après la dépêche de l'AFP relayée par Connaissances des Énergies.

L'agenda tient en cinq priorités publiées par le ministère sur la page officielle du rendez-vous. Financement de la biodiversité via une alliance de financeurs privés et publics. Lien désertification-sécurité dans les pays vulnérables. Préservation des océans, en prolongement de la Conférence des Nations unies sur l'Océan tenue à Nice en juin 2025. Protection des ressources en eau, avec un accent sur les polluants émergents, plastiques et PFAS. Résilience face aux risques naturels.

Le climat, lui, n'y figure pas.

Officiellement, un sujet « moins conflictuel ». En réalité, une concession aux États-Unis#

L'entourage de la ministre a livré à l'AFP la formulation exacte du choix : « On a souhaité privilégier l'unité du G7, notamment pour protéger cette enceinte. Donc on a choisi de se concentrer sur des sujets moins conflictuels. » Le changement climatique et la sortie des combustibles fossiles n'ont pas été mis à l'agenda, rapporte l'AFP, reprise par Boursorama, France24 et Euractiv.

La raison n'est pas cachée. Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir en 2025, les États-Unis ont quitté les accords climatiques internationaux. Le dossier est documenté dans l'abrogation de l'Endangerment Finding par l'EPA et dans le retrait américain de l'Accord de Paris. Pour obtenir un communiqué commun à sept, la présidence française a choisi d'évacuer en amont tout ce qui pouvait braquer Washington. Pas de combustibles fossiles. Pas de trajectoire climatique. Pas de 1,5 °C.

Le calcul diplomatique est tenable. Le calcul éditorial, lui, est inédit : un G7 Environnement qui n'aborde pas le climat. Turin 2024, sous présidence italienne, s'était au contraire engagé sur l'élimination de la production d'électricité à base de charbon dans la première moitié des années 2030, selon le ministère français de la Transition écologique. Un an plus tard, le mot charbon ne figure plus à l'ordre du jour.

Ce qui reste à l'agenda : 800 millions de dollars et cinq chantiers sectoriels#

L'enveloppe la plus visible annoncée par Paris concerne la biodiversité africaine. La France entend dévoiler jusqu'à 800 millions de dollars de financement pour la protection de parcs naturels dans environ vingt pays africains, selon l'AFP. L'objectif est de structurer une alliance de financeurs privés et publics, associant philanthropes, fonds d'impact, entreprises et agences de développement, d'après le ministère.

Le dossier océans s'appuie sur la Conférence des Nations unies sur l'Océan de Nice, tenue en juin 2025. Focus sur les aires marines protégées et la pêche illicite. Le chantier eau met l'accent sur les polluants émergents, plastiques et PFAS, avec un objectif de réduction à la source. Le méthane figure comme thème transversal : réduction des émissions dans le secteur fossile et dans la gestion des déchets, avec une conférence dédiée annoncée pour 2026, sans date précisée.

Une visite de la forêt de Fontainebleau est prévue le jeudi après-midi dans le cadre d'une session dédiée aux forêts, d'après l'AFP. La conférence de presse de clôture de Monique Barbut est annoncée pour le vendredi 24 avril à 15h00, selon la page presse du ministère.

Les pays partenaires choisis ne sont pas neutres. En invitant la Mongolie, qui accueille la COP désertification 2026, et l'Arménie, qui accueille la COP biodiversité 2026, la France cadre délibérément l'enceinte sur les négociations environnementales autres que climat. Le message est lisible : on parle de tout, sauf de ce qui fâche Washington.

Les ONG ne mâchent pas leurs mots#

Gaïa Febvre, responsable des politiques internationales au Réseau Action Climat, a publié une position frontale : « Un G7 au rythme des États-Unis ne peut prétendre répondre aux crises du siècle s'il évacue le climat. » Le Réseau Action Climat rappelle, dans la même note, que l'aide publique au développement internationale a reculé de 23 % par rapport à 2024 à l'échelle globale, la France diminuant ses contributions de 10,09 %.

Le WWF France, par la voix de Jean Burkard, accueille favorablement les discussions sur le financement de la biodiversité, mais insiste sur un point : les nouveaux fonds doivent être additionnels et ne peuvent pas compenser le désengagement des États. La formule est polie. Le sous-texte est clair : on voit où le curseur budgétaire bouge.

Le calendrier multilatéral de la semaine n'aide pas à la mise en scène. Les 21 et 22 avril, le Dialogue de Petersberg réunissait à Berlin une quarantaine de responsables de haut niveau, avec la Turquie et l'Australie comme co-présidents désignés pour la COP31. Et du 24 au 29 avril, une cinquantaine de pays participent à la Conférence Santa Marta sur la sortie des fossiles, co-organisée par la Colombie et les Pays-Bas. Le chantier climat, lui, a lieu ailleurs, avec l'annonce du sommet de Santa Marta et les premières réunions préparatoires de la COP31 d'Antalya prévue du 9 au 20 novembre 2026 en Turquie.

Pendant que Paris parle de parcs africains, Santa Marta parle de charbon. Pendant que Fontainebleau offre une promenade en forêt, Berlin parle de financement climatique. Le partage des rôles est visible à l'œil nu.

Ce que les chiffres de COP30 disent en arrière-plan#

Le contexte de cette omission ne peut pas être lu sans le résultat de la COP30 de Belém, tenue en novembre 2025. Selon ONU Info, la conférence a adopté un objectif de triplement du financement climat pour les pays en développement, à hauteur de 1 300 milliards de dollars par an d'ici 2035. Mais aucune obligation claire n'a été adoptée pour sortir des combustibles fossiles. Le Parlement européen, dans son bilan du 17 novembre 2025, a qualifié les progrès de « lents, insuffisants face à l'urgence climatique ». Sur les engagements, la France tient son discours. Sur la trajectoire, le curseur mondial ne bouge pas.

Le fait que la présidence française du G7 2026 ait retenu pour thème officiel la « réduction des déséquilibres mondiaux », annoncé par l'Élysée le 23 janvier 2026, ne change rien au constat immédiat. La transition écologique juste est mentionnée par le Canada via Julie Dabrusin, sous le label « compétitivité climatique et croissance propre ». Le mot « juste » existe dans les communiqués. L'agenda lui-même, non. La gouvernance du fonds de Belém pour les forêts tropicales reste à finaliser. Le sommet des chefs d'État est programmé à Évian-les-Bains les 15, 16 et 17 juin 2026.

Une réunion qui se lit en creux#

Ce que l'on apprend d'un G7 Environnement, parfois, n'est pas ce qu'il décide. C'est ce qu'il refuse d'inscrire au procès-verbal. Je couvre ces réunions depuis l'époque où les blogs d'investigation commençaient tout juste à exister, et je garde en mémoire le G8 de 2009 où le climat était encore, pour tous les participants, une question à traiter ensemble. Seize ans plus tard, la table est plus petite, le vocabulaire plus polissé, et le sujet central a disparu du menu. Sur ce qu'il en restera dans le communiqué final du 24 avril à 15h, j'ai moins de certitudes que d'habitude.

La ministre française devrait défendre vendredi l'idée que l'unité du G7 se protège par le silence tactique. Les mots qu'elle a elle-même prononcés jeudi matin rendent cette défense délicate. « La protection de l'environnement n'est plus la priorité internationale » n'est pas une phrase d'ouverture banale. C'est un aveu d'état de fait. Formulé par la personne même qui préside la table.

La question, pour les deux prochaines années, n'est plus de savoir si le G7 peut dire le climat à voix haute. Elle est de savoir s'il sert encore à dire quoi que ce soit sur l'environnement, une fois le climat mis de côté. Et, si la réponse est non, quelle enceinte prendra le relais.

Sources#

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