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France : relance des appels d'offres ENR avril 2026

France : relance des appels d'offres ENR avril 2026

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

10 GW d'éolien en mer lancés d'un seul tenant. Selon les derniers chiffres de la Direction générale de l'énergie, c'est le plus gros volume d'appels d'offres offshore jamais annoncé en France. Le 2 avril 2026, Maud Bregeon, ministre de l'Énergie, et Roland Lescure, ministre de l'Économie, ont confirmé la fusion des appels d'offres AO9 et AO10 en un méga-lot de 5 GW d'éolien posé et 5 GW de flottant. L'annonce s'inscrit dans une séquence qui court depuis février et qui va restructurer le secteur énergétique français jusqu'en 2035.

Voici comment les pièces s'emboîtent, dans l'ordre.

Février 2026 : la PPE3 pose les fondations#

Le 13 février 2026, le gouvernement publie la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie, la PPE3, couvrant la période 2026-2035. C'est le document de planification qui fixe les objectifs. Pour l'éolien terrestre : 33 à 35 GW installés en 2030, 40 à 45 GW en 2035. Pour l'éolien en mer : 15 GW installés en 2035. Pour le mix global : 60 % d'énergie décarbonée dans la consommation en 2030.

Le même jour, Roland Lescure annonce un total de 16 GW d'appels d'offres en énergies renouvelables pour 2026, toutes filières confondues. Le chiffre est ambitieux. Pour donner l'échelle : fin 2024, la France disposait de 25 GW éoliens au total (23,5 GW terrestres, 1,5 GW offshore). 16 GW d'appels d'offres en une seule année, c'est l'équivalent de 64 % de la capacité éolienne existante. Même en comptant le solaire dans l'enveloppe, la marche est haute.

Ce que les chiffres ne disent pas : les 16 GW annoncés peuvent inclure des filières au-delà de l'éolien et du solaire. Le périmètre exact n'a pas été détaillé par le ministère.

2 avril 2026 : le coup d'accélérateur offshore#

Deux mois plus tard, l'annonce du 2 avril traduit la PPE3 en actes concrets. Le gouvernement fusionne les neuvième et dixième appels d'offres éolien en mer en un seul lot de 10 GW, répartis à parts égales entre posé et flottant.

Les zones retenues : Fécamp-Grand-Large, Bretagne-Nord-Ouest, Bretagne-Sud, Oléron, Narbonnaise Sud Hérault, Golfe du Lion Centre, Golfe de Fos. Sept zones, de la Manche à la Méditerranée. La désignation des lauréats est prévue fin 2026 ou début 2027.

J'ai couvert les premières mises en service de parcs offshore français ces dernières années, à Fécamp, Dunkerque et ailleurs. La différence d'échelle saute aux yeux. Les parcs attribués jusqu'ici tournaient autour de 500 MW pièce. Là, on parle de projets dix à vingt fois plus gros, regroupés dans un calendrier serré. La filière a-t-elle les épaules ? Sur ce point, j'ai moins de certitudes que le gouvernement semble en afficher.

Le nerf de la guerre : le prix du mégawattheure#

L'objectif tarifaire affiché par Maud Bregeon est de passer sous la barre des 100 euros par MWh en moyenne sur l'ensemble du lot. C'est un objectif politique, pas un plafond contractuel imposé aux candidats.

Pour situer : le dernier appel d'offres éolien posé attribué en 2023 s'était soldé à 44,9 euros par MWh. Le dernier éolien flottant, attribué en 2024, à 86,45 euros par MWh. La moyenne pondérée des deux technologies sur un lot 50/50 donnerait un tarif théorique d'environ 65 euros par MWh si les prix restaient stables. Mais les volumes n'ont jamais été aussi élevés en France, les zones sont nouvelles, et l'éolien flottant reste une technologie en phase de déploiement industriel. L'objectif de 100 euros par MWh laisse une marge confortable, ce qui suggère que le gouvernement anticipe une hausse des coûts sur les lots flottants.

Maud Bregeon estime les retombées économiques de ces appels d'offres à environ 37 milliards d'euros. Le chiffre englobe la construction, l'exploitation et la maintenance sur la durée de vie des parcs.

Mai-septembre 2026 : l'éolien terrestre suit#

L'éolien terrestre n'est pas en reste. Un premier appel d'offres de 800 MW est programmé pour mai 2026, avec une condition nouvelle : l'autorisation environnementale préalable est désormais obligatoire pour les candidats. Traduction : seuls les projets déjà avancés dans leur instruction administrative pourront concourir. C'est un filtre qui exclut les projets spéculatifs, mais qui limite aussi le nombre de candidats potentiels.

Une deuxième période est prévue en septembre 2026, pour un volume qui n'a pas encore été précisé.

Ces volumes s'ajoutent à un parc éolien terrestre qui totalisait 23,5 GW fin 2024 et qui a vu 1 429 MW de nouvelles capacités mises en service en 2025, dont 500 MW en mer. La production éolienne française a atteint 43,9 TWh en 2025, soit 10 % de la consommation nationale. C'est significatif, mais encore loin de l'objectif PPE3 qui demanderait de presque doubler la capacité terrestre d'ici 2035.

Juillet 2026 : le solaire entre dans la danse#

Le photovoltaïque est aussi de la partie. Pour juillet 2026, deux appels d'offres sont annoncés : 925 MWc pour le solaire au sol et 288 MWc pour les installations de 100 à 500 kWc (toitures commerciales et ombrières). Le rythme prévu d'attribution solaire d'ici 2028 est plafonné à 2,9 GW par an.

Des volumes modestes comparés à l'éolien en mer, mais qui s'inscrivent dans une montée en puissance régulière du solaire français. Le gouvernement joue la complémentarité : l'offshore pour les gros volumes à moyen terme, le terrestre et le solaire pour le maillage du territoire.

L'éolien en mer français : où on en est vraiment#

Derrière les annonces, la réalité industrielle reste contrastée. Fin 2024, la France comptait 2 GW d'éolien en mer en service et 5,6 GW en développement. L'objectif PPE3 de 15 GW installés en 2035 suppose de raccorder et de mettre en service plus de 7 GW en neuf ans, en plus des projets déjà en cours. Les 10 GW d'appels d'offres annoncés le 2 avril ne seront pas en service avant la fin de la décennie au mieux.

Les données publiques, elles, racontent autre chose que l'ambition affichée. La France a mis quinze ans pour passer de zéro à 2 GW offshore. Elle prévoit d'en installer huit fois plus en moitié moins de temps. Les raccordements RTE, les recours juridiques, les négociations avec les pêcheurs, les études d'impact environnemental : chaque étape prend des années. L'annonce politique est une chose. Le calendrier industriel en est une autre.

La question qui reste ouverte#

Le gouvernement a posé les jalons d'une accélération inédite par son ampleur. Les volumes sont là, les zones sont identifiées, les calendriers sont annoncés. Mais entre l'appel d'offres et le premier tour de pale, il y a la mer, les recours, les raccordements, les tensions sur les chaînes d'approvisionnement, et une filière industrielle française qui doit encore prouver qu'elle peut absorber cette montée en charge. A 37 milliards d'euros de retombées annoncées, les promesses sont à la hauteur du risque : que se passera-t-il si la France, une fois de plus, lance grand et livre petit ?

Sources#

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