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COP17 désertification : Oulan-Bator face au dzud

COP17 désertification : Oulan-Bator face au dzud

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Près de 77 % du territoire mongol est déjà dégradé. C'est dans ce pays, et pas ailleurs, que se réunira du 17 au 28 août 2026 la dix-septième Conférence des Parties de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD). Selon l'UNCCD, les délégués de 197 Parties convergeront vers Oulan-Bator sous un mot d'ordre qui sonne comme un aveu : « Restoring Land. Restoring Hope », restaurer la terre, restaurer l'espoir.

Le choix du lieu n'a rien d'anodin. La Mongolie s'étend sur 1,56 million de kilomètres carrés, et son sol part en poussière. D'après l'UNCCD, environ 77 % de ses terres souffrent de dégradation, un chiffre que l'organisation formule elle-même parfois à 76,9 %. Accueillir sur son territoire la grande messe onusienne de la désertification, c'est exposer sa propre plaie.

Une précision avant d'aller plus loin, parce que la confusion est fréquente : cette COP17-ci n'est pas celle de la biodiversité. La COP17 de la Convention sur la diversité biologique se tient à Erevan, en Arménie, et parle d'espèces et d'écosystèmes. Celle d'Oulan-Bator relève d'une autre convention, née à Rio, et parle de sols, de sécheresse et de terres qui meurent. Deux sommets, deux ordres du jour, à ne pas mélanger.

Le dzud, cette catastrophe qui donne le ton#

Pour comprendre pourquoi la Mongolie porte ce dossier, il faut regarder ce qui s'est passé sur ses pâturages en 2024. Un dzud, ce mot mongol qui désigne un hiver meurtrier après un été de sécheresse, a tué 8,1 millions d'animaux cette année-là. Selon le Centre for Policy Research de Mongolie, le taux de mortalité du cheptel a bondi à 12,6 %. L'année précédente, le même phénomène avait déjà emporté 4,9 millions de bêtes.

Ces chiffres ne sont pas une abstraction pour la population. D'après le même centre, environ un tiers des Mongols dépendent directement de l'élevage. Le secteur pèse à peu près 80 % de la production agricole du pays et autour de 10 % de son produit intérieur brut. Quand les troupeaux gèlent, c'est l'économie d'une nation qui vacille.

Le dzud de 2023-2024 reste le deuxième plus grave en vingt ans. Le record appartient à l'hiver 2009-2010, qui avait décimé 20 % du cheptel national. Ce qui inquiète les chercheurs, c'est le rythme. Historiquement, un dzud frappait tous les dix ans environ. Selon l'institut Asia Pathways, rattaché à la Banque asiatique de développement, six dzud majeurs se sont abattus sur la seule dernière décennie. Le lien avec le dérèglement climatique est posé noir sur blanc.

Ce que 197 pays viennent négocier#

La COP17 hérite d'un dossier laissé en suspens. Réunie à Riyad, en Arabie saoudite, du 2 au 13 décembre 2024, la COP16 s'est achevée sans accord contraignant sur un régime mondial de lutte contre la sécheresse. Trente-sept décisions ont bien été adoptées, mais le texte le plus attendu a calé. Selon ONU Info, les Parties prévoient de finaliser ce futur régime précisément à Oulan-Bator en 2026.

Riyad n'est pas repartie les mains vides pour autant. Le « Riyadh Global Drought Resilience Partnership » y a mobilisé 12,15 milliards de dollars pour soutenir 80 des pays les plus vulnérables. De l'argent promis, un cadre juridique renvoyé à plus tard : le partage est révélateur des blocages qui traversent cette convention.

L'enjeu de fond dépasse largement la Mongolie. D'après le Global Land Outlook de l'UNCCD, jusqu'à 40 % des terres de la planète sont dégradées. Chaque année, entre 2015 et 2019, au moins 100 millions d'hectares de terres saines et productives ont été perdus, l'équivalent de deux fois la superficie du Groenland. La dégradation affecte, selon les estimations les plus récentes de l'UNCCD, entre 3 et 3,2 milliards de personnes, soit ce que l'organisation résumait en 2022 par « la moitié de l'humanité ». Le même rapport chiffre la menace économique à environ la moitié du PIB mondial, soit 44 000 milliards de dollars.

Face à cela, un objectif chiffré tient lieu de boussole : restaurer 1,5 milliard d'hectares de terres dégradées d'ici 2030. À ce jour, 109 pays ont fixé des cibles volontaires de neutralité en matière de dégradation des terres. Volontaires, le mot compte. Rien n'oblige personne.

Une présidence mongole et un symbole pastoral#

La Mongolie ne fait pas que recevoir : elle prend la présidence de la Convention pour la période 2026-2028. Le pays a préparé l'événement de longue date, avec l'appui du PNUD, et a organisé en amont des rendez-vous comme le forum Youth4Land, tenu les 16 et 17 juin 2025 à Mandalgovi. Une initiative nationale de plantation baptisée « Billions of Trees » accompagne cette montée en visibilité, même si son ampleur exacte reste floue.

Le calendrier ajoute une couche de sens. La COP17 coïncide avec l'Année internationale des pâturages et des éleveurs pastoraux (IYRP 2026), une résolution que la Mongolie a elle-même initiée et portée à l'ONU en 2022, soutenue par 60 États membres. Les pâturages couvrent environ la moitié de la surface terrestre mondiale et font vivre à peu près un milliard d'animaux, selon la FAO. Défendre le pastoralisme, pour Oulan-Bator, ce n'est pas de la diplomatie de circonstance : c'est un mode de vie qui se joue sa survie.

À la tête du secrétariat, une nouvelle voix. Depuis le 5 août 2025, l'Égyptienne Yasmine Fouad a succédé au Mauritanien Ibrahim Thiaw comme secrétaire exécutive de la CNULCD. C'est elle qui portera la Convention pendant ce sommet mongol.

Ce que ce sommet dira vraiment#

J'ai épluché des dizaines de communiqués de conférences environnementales ces dernières années, et j'ai appris à me méfier des thèmes porteurs d'espoir. « Restoring Hope » sonne bien. Reste que la restauration des terres se mesure en hectares reverdis, pas en slogans. Sur ce point, honnêtement, je préfère attendre les décisions finales avant de trancher : un régime sécheresse contraignant changerait la donne, une nouvelle déclaration d'intention ne changerait rien.

La désertification avance moins vite qu'une inondation ou qu'un incendie, elle ne fait pas les gros titres. Elle grignote les sols par en dessous, année après année, jusqu'à ce qu'un troupeau ne trouve plus rien à brouter. Les mêmes logiques de sol qui s'effondre traversent d'ailleurs nos débats sur la reforestation en Afrique et sur la restauration des tourbières. À Oulan-Bator, la question posée aux 197 Parties est simple à formuler, difficile à honorer : combien d'hectares comptez-vous vraiment rendre à la vie, et qui paie ?

Sources#

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