Le 29 avril 2026, neuf ans après l'attribution de l'appel d'offres, les 61 turbines du parc des îles d'Yeu et de Noirmoutier sont entrées en service. 496 MW installés. 800 000 personnes alimentées en équivalent consommation annuelle. Trois ans de retard, presque jour pour jour, imputables aux recours juridiques rejetés entre 2019 et 2022.
C'est le quatrième parc éolien commercial posé jamais raccordé en France. Selon la dépêche AFP publiée le 29 avril, l'opérateur Ocean Winds, coentreprise de l'énergéticien français Engie et du portugais EDPR, a confirmé la mise en service de la dernière turbine deux jours plus tôt. Le site officiel d'Éoliennes en Mer Îles d'Yeu et de Noirmoutier (EMYN) parle de 496 MW. La presse, elle, arrondit volontiers à 500 MW. L'écart n'est pas anodin : la décision d'aide d'État SA.47246 de la Commission européenne, comme l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Nantes du 6 décembre 2019, retiennent 496 MW. La valeur officielle.
Neuf ans entre l'attribution et la dernière turbine#
Juin 2014. Le consortium piloté par Engie remporte le deuxième appel d'offres éolien offshore français. Travaux initialement programmés entre 2019 et 2021. Mise en service initialement annoncée pour fin 2023. Aucune turbine n'est posée dans cette fenêtre. Le site officiel d'EMYN retrace la chronologie : enquête publique en avril-mai 2018 (plus de 1 600 contributions reçues), arrêté de concession maritime signé le 29 octobre 2018, autorisations préfectorales finalisées au cours de 2018.
Trois recours s'enchaînent. Le 6 décembre 2019, la Cour administrative d'appel de Nantes rejette la demande d'annulation portée par Robin des Bois, la Fédération environnement durable, l'Association des commerçants de Noirmoutier, deux entreprises de pêche et des particuliers. Le 29 juillet 2022, le Conseil d'État rejette le deuxième recours, déposé par l'association NENY (Non aux éoliennes entre Noirmoutier et Yeu) et la Société pour la protection du paysage, contre 13 arrêtés préfectoraux portant sur les espèces protégées. Le 23 novembre 2022, le même Conseil d'État rejette le troisième recours de NENY, qui contestait l'arrêté tarifaire du 15 novembre 2018 réduisant le tarif d'achat de 40 % via la loi Essoc.
Les travaux en mer démarrent en juillet 2023. Trente-trois mois plus tard, la dernière turbine est posée. La durée des opérations elles-mêmes n'a pas dérapé. Le retard est ailleurs : dans les prétoires.
496 MW, 1,9 TWh par an, deux milliards et demi#
Les turbines retenues sont des Siemens Gamesa SG 12.0-222 DD. Soixante-et-une unités, contre 62 annoncées dans les documents d'enquête 2018. Selon les communications du site officiel EMYN, chaque turbine affiche 8 MW. Certaines sources secondaires mentionnent 8,4 MW : la valeur officielle reste 8 MW, et la capacité totale retenue par la Commission européenne dans la décision SA.47246 s'établit à 496 MW. Les nacelles et les pales sortent des usines Siemens Gamesa du Havre. Les mâts viennent d'Espagne.
Le parc occupe 89 km² d'Atlantique, à 12-16 kilomètres au large des ports de l'île d'Yeu et de l'Herbaudière, à Noirmoutier. La concession maritime court sur 40 ans. La production annuelle attendue est de 1 900 GWh, soit 1,9 TWh, l'équivalent de la consommation annuelle d'environ 800 000 personnes, ce qui correspond à la population vendéenne. Coût total du projet : 2,5 milliards d'euros selon la dépêche AFP du 29 avril 2026.
L'actionnariat d'EMYN, tel que publié sur le site officiel de la société de projet, reflète l'écosystème typique des grands offshores français : Ocean Winds détient 60,25 %, la japonaise Sumitomo Corporation 29,5 %, la Banque des Territoires 9,75 %, et Vendée Energie, la société d'économie mixte du département, 0,5 %. Cette participation symbolique permet au territoire de figurer au tour de table.
167 euros par MWh, et un contrat valable jusqu'en 2045#
Le tarif d'achat est l'un des chiffres les plus commentés du dossier. Selon les sources de presse spécialisée, notamment Énergies de la Mer, le contrat d'obligation d'achat conclu avec EDF s'établit à 167 €/MWh, après la réduction de 40 % imposée à l'offre initiale de 2014 par la loi Essoc d'août 2018. Le Conseil d'État, dans son arrêt du 23 novembre 2022, a confirmé la légalité de cette réduction sans remise en concurrence. La donnée précise des 167 €/MWh provient de plusieurs sources concordantes, mais ne figure dans aucun document primaire accessible en ligne ; elle doit être citée avec cette qualification.
La période de validité de l'aide d'État, telle que publiée sur le portail Europe en France au titre du dossier SA.47246, court du 1er janvier 2024 au 31 décembre 2045. Vingt-et-un ans de soutien public, presque deux fois plus longs que les neuf années qui ont séparé l'attribution de la mise en service.
Cette équation tarifaire est l'argument central des opposants depuis 2018. NENY l'a portée devant le Conseil d'État jusqu'au rejet du 23 novembre 2022. La haute juridiction a tranché : la procédure de réduction par avenant, sans nouvelle mise en concurrence, est conforme. Le coût pour le consommateur, lui, est inscrit dans le contrat pour deux décennies encore.
Le quatrième parc, mais 1,9 GW seulement en France#
Yeu-Noirmoutier est le quatrième parc commercial posé en service en France. Le premier, Saint-Nazaire, a démarré le 23 novembre 2022 avec 480 MW (80 turbines × 6 MW). Saint-Brieuc, exploité par Ailes Marines (Iberdrola), est entré en pleine exploitation le 28 mai 2024 avec 496 MW pour un coût de 2,4 milliards d'euros et une production annuelle de 1 820 GWh. Fécamp a été inauguré le même mois avec 500 MW et 71 turbines Siemens Gamesa, pour environ deux milliards d'euros. Le pilote flottant Provence Grand Large ajoute 25,2 MW (3 turbines × 8,4 MW) à l'addition, mais ne change pas le rang du posé commercial.
Avec l'entrée en service de Yeu-Noirmoutier, la capacité offshore française atteint environ 2 GW. Selon le bilan KPMG publié en avril 2026, la France comptait 1,9 GW opérationnel fin 2025. WindEurope a calculé que seuls 25 MW ont été ajoutés en 2025 sur le territoire français. À l'échelle européenne, 2 GW seulement ont été connectés en 2025 : le niveau le plus bas depuis 2016. Le parc européen total atteint 37 GW à l'automne 2025.
Ces chiffres replacent l'événement dans son contexte. La trajectoire PPE3, telle que documentée par les sources officielles, vise 3,6 GW en 2030, 15 GW en 2035, 26 GW en 2040 et 45 GW en 2050. À 2 GW aujourd'hui, l'écart à combler en quatre ans pour la première marche est de 1,6 GW. À l'échelle de la planification suivante, il faudra multiplier par sept le parc actuel d'ici dix ans. Pour les éclairages chiffrés sur la trajectoire, voir la feuille de route PPE3 2026-2035 et la mise en perspective des 18 GW visés en 2035.
Dieppe-Le Tréport en attente, Courseulles reporté à 2027#
Le prochain parc à entrer en service devrait être Dieppe-Le Tréport, opéré là aussi par Ocean Winds. Selon les chiffres publiés début avril 2026, 31 fondations sur 62 étaient posées au 2 avril. Capacité prévue : 496 MW pour 62 turbines × 8 MW. Mise en service annoncée d'ici fin 2026. Pour le détail de l'avancement et de l'AO10 lancé le même jour, voir le dossier sur l'éolien offshore français et l'AO10.
Courseulles-sur-Mer, à l'origine prévu pour 2025, a été reporté à fin 2027. L'opérateur EOC, filiale d'EDF, invoque des problèmes de forage du sous-sol. Le parc comptera 64 turbines × 7 MW, soit 448 MW. Cette nouvelle inflexion du calendrier a été révélée par GreenUnivers en juillet 2025.
L'AO10, lancé le 2 avril 2026 par fusion avec l'AO9, vise 10 GW de capacité supplémentaire. Les lauréats seront désignés fin 2026 ou début 2027. La mise en service réelle est attendue entre 2034 et 2037. Une décennie. Comme pour Yeu-Noirmoutier. Sur le calendrier global des appels d'offres en cours, voir aussi les 10 GW d'éolien prévus dans les appels d'offres ENR d'avril 2026 et le point régional sur les parcs de Dunkerque et Dieppe.
Une question reste#
NENY n'a plus déposé de recours depuis novembre 2022. Les trois associations rejetées ont épuisé les voies juridictionnelles internes. Mais le décalage qu'a creusé cette série de procédures, et qui place Yeu-Noirmoutier neuf ans après son attribution alors que les objectifs PPE3 imposent un rythme de mise en service très supérieur, n'a fait l'objet d'aucune évaluation publique chiffrée. Aucune autorité de tutelle n'a rendu d'estimation du coût économique supporté pendant la période d'attente. Les données publiques sont muettes sur ce point précis.
Quand le cinquième parc entrera en service, fin 2026 ou début 2027 selon le calendrier de Dieppe-Le Tréport, il faudra recommencer à compter. Mais à partir de quelle date ?
Sources#
- Connaissance des Énergies (AFP) : entrée en service à 100 % du parc Yeu-Noirmoutier, 29 avril 2026
- Site officiel EMYN : Le parc (actionnariat, production, dates)
- Énergies de la Mer : arrêt du Conseil d'État du 23 novembre 2022 (tarif et loi Essoc)
- Énergies de la Mer : arrêt du Conseil d'État du 29 juillet 2022
- Cour administrative d'appel de Nantes : décision du 6 décembre 2019
- Portail Europe en France : aide d'État SA.47246 (période 2024-2045)
- Révolution Énergétique : mise en service après 33 mois de travaux
- KPMG : bilan éolien offshore France 2025, avril 2026
- GreenUnivers : Courseulles reporté à fin 2027, juillet 2025





