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Wind Fisher : ce que le vol de l'éolienne Magnus prouve

Wind Fisher : ce que le vol de l'éolienne Magnus prouve

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Le 4 novembre 2025, une aile cylindrique de 15 mètres gonflée à l'hélium a décollé au-dessus d'un site d'essais de l'Ain. Baptisée MAG15, c'est le premier démonstrateur de Wind Fisher, une start-up iséroise qui mise sur une éolienne aéroportée à effet Magnus. Le vol a eu lieu à Transpolis, à Saint-Maurice-de-Rémens, devant un parterre d'invités et de partenaires. Voilà le fait vérifiable. Le reste, c'est-à-dire les chiffres de performance qui ont fait le tour de la presse spécialisée, relève d'une autre catégorie.

Wind Fisher, créée en juin 2021 par Garrett Smith et Armand Tardella, est installée à Montbonnot-Saint-Martin, dans l'incubateur Tarmac d'Inovallée. Treize salariés mi-2025, un plan de recrutement de dix à quinze personnes en 2026. Le mécanisme physique, lui, est confirmé par une source qui n'a aucun intérêt commercial dans l'affaire : le laboratoire GIPSA-lab de Grenoble INP - UGA, qui collabore avec l'entreprise depuis 2015.

L'effet Magnus, ou pourquoi un cylindre qui tourne dévie dans le vent#

Oubliez l'image du cerf-volant. Ce que la plupart des projets d'éolien aéroporté font voler, ce sont des ailes portantes rigides ou souples. Wind Fisher a choisi autre chose : une aile cylindrique mise en rotation. Selon Grenoble INP - UGA, « sa rotation crée une force latérale qui dévie sa trajectoire ». C'est l'effet Magnus, le même phénomène qui fait plonger une balle liftée au tennis. Une thèse CIFRE, celle d'Alessandro Genoni, travaille depuis 2023 sur la modélisation et la commande du système.

Je précise ce point parce qu'il a été brouillé un peu partout. Plusieurs reprises évoquent une « trajectoire en huit ». Or les descriptions techniques les plus détaillées, celles de la source académique comme des médias énergie sérieux, ne mentionnent pas ce détail de vol pour le MAG15. Le huit, c'est la signature des cerfs-volants classiques exploités par des concurrents comme Kitepower. L'attribuer à l'aile Magnus, c'est mélanger deux technologies qui n'ont en commun que la catégorie AWE, pour Airborne Wind Energy. Sur ce point précis, je préfère rester sur ce que la source universitaire confirme.

L'intérêt de monter si haut tient à une règle physique connue : le vent gagne en puissance avec l'altitude. Le MAG15 a été testé autour de 150 mètres. La cible d'exploitation, elle, se situe au-delà de 300 mètres, là où les mâts en acier de l'éolien terrestre classique ne vont jamais. Wind Fisher revendique un vent « jusqu'à 80% plus puissant » à cette hauteur. Chiffre d'entreprise, non vérifié par un tiers indépendant : je le cite pour ce qu'il est, une revendication.

Les promesses que personne n'a auditées#

C'est là que la prudence s'impose. Deux affirmations circulent comme des faits établis. Première : la machine produirait « deux fois plus d'électricité qu'une éolienne terrestre et cinq fois plus qu'une installation solaire ». Seconde : elle nécessiterait « 90% de matériaux en moins ». Ces deux chiffres viennent de la même source : Wind Fisher. Aucun laboratoire indépendant, aucun organisme tiers n'a publié d'audit confirmant ces ratios. La presse les a repris tels quels. Les données publiques, elles, se limitent au vol d'un démonstrateur.

Ça ne veut pas dire que c'est faux. Ça veut dire que ce n'est pas prouvé. La nuance change tout quand on parle d'un secteur qui a déjà enterré des acteurs mieux financés. Le CEO Stéphane Vidaillet formule d'ailleurs l'ambition sans détour : « Notre ambition est de créer une nouvelle industrie qui deviendra la référence en termes de production d'énergie éolienne. » Une ambition n'est pas un rendement mesuré.

Côté feuille de route, l'entreprise vise un modèle commercial, le MAG25 : 25 mètres d'envergure, 100 à 200 kW, déployable en 24 heures, pensé pour les micro-réseaux et les sites isolés. Le calendrier, en revanche, flotte selon les sources, entre fin 2026 et 2027. Plus loin, un MAG80 de 2 MW est annoncé à l'horizon 2028, pour des parcs de 10 à 100 MW. Le financement suit la même incertitude : 2,2 millions d'euros levés en octobre 2024 avec Bpifrance, puis une nouvelle levée évoquée autour de 8 millions dont le bouclage n'est confirmé par aucune source primaire que j'ai pu vérifier.

Le cimetière de l'éolien volant#

Ce genre de projet, on en a vu passer. Et beaucoup se sont écrasés au sens propre comme au figuré. Makani, fondée en 2006, rachetée par Google le 23 mai 2013, avait testé dès décembre 2016 un prototype de 600 kW à l'envergure de 28 mètres. Alphabet a débranché le projet le 19 février 2020, jugeant la route vers la commercialisation plus longue et plus risquée qu'espéré. Le néerlandais Ampyx Power, créé en septembre 2008, a déposé le bilan le 4 mai 2022 ; une partie de l'équipe a repris les actifs sous le nom Mozaero.

L'idée de capter le vent en altitude n'est donc pas neuve, et l'effet Magnus non plus : le commandant Cousteau équipait déjà son turbovoilier Alcyone de tourelles rotatives Magnus en 1985. Ce qui change, éventuellement, c'est l'exécution française et le pari sur un ballon d'hélium plutôt qu'une aile rigide. Wind Fisher a été sélectionnée par le programme Techstars Sustainability Paris et affiche un objectif de chiffre d'affaires « d'au moins 4 milliards d'euros » à dix ans. Objectif, encore, pas bilan.

Reste que le MAG15 a volé. C'est plus que ce que beaucoup de concepts d'innovation énergétique atteignent avant de disparaître, et de quoi observer la suite sans écarter d'emblée la piste. La vraie question n'est pas de savoir si la technologie fonctionne en démonstration. Elle marche : le secrétaire général d'Airborne Wind Europe était sur place pour le confirmer. La question, celle que ces annonces laissent en suspens au milieu d'un mix énergétique déjà encombré, c'est qui, cette fois, paiera la facture de la mise à l'échelle.

Sources#

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