Selon les derniers chiffres de l'étude Planet-Score publiée le 20 janvier 2026 par l'ITAB et UFC-Que Choisir, 67 % des produits alimentaires analysés obtiennent une note environnementale D ou E. L'échantillon porte sur plus de 135 000 aliments référencés dans l'application QuelProduit. Seulement 1 % des produits décrochent la note A.
Un pour cent.
Ce que l'enquête révèle sur nos assiettes#
L'étude croise quatre sous-indicateurs : pesticides, biodiversité, impact climatique, et mode d'élevage pour les produits animaux. Chaque indicateur donne une note de A à E. La méthodologie repose sur la base Agribalyse de l'ADEME, complétée par une analyse du cycle de vie. La version 2.2 de la méthode, publiée en mai 2025, intègre des données actualisées sur les pratiques agricoles françaises.
Les résultats sont nets. Sur le climat, plus de 75 % des produits sont notés C, D ou E. Sur la biodiversité, c'est près de 90 %. Quand on isole les produits issus de l'élevage, les chiffres montent encore : 87 % de C/D/E sur le climat, 95 % sur la biodiversité. Les produits végétaux s'en sortent mieux, mais pas de quoi pavoiser : 43 % d'entre eux sont notés D ou E.
Ce que les communiqués de presse ne précisent pas : la note A est quasi inexistante. Sur 135 000 produits, on parle d'environ 1 350 références notées A. Les 16 % de produits notés A ou B sont essentiellement des B, tirés par les légumineuses bio et quelques céréales peu transformées.
Planet-Score contre Eco-Score : le vrai sujet#
C'est là que le débat se joue. Deux systèmes coexistent. L'Eco-Score (renommé Green-Score fin 2024), créé par un collectif incluant Open Food Facts et Yuka sur la base Agribalyse de l'ADEME, se concentre sur l'empreinte carbone. Le Planet-Score, créé par l'ITAB avec Sayari et Very Good Future, intègre les pesticides, la biodiversité et le bien-être animal.
La différence n'est pas cosmétique. Un poulet élevé en batterie avec un aliment soja importé peut obtenir un Eco-Score correct parce que son bilan carbone par kilo de protéine est compétitif. Le même poulet se prend un D ou un E en Planet-Score parce que la biodiversité et les pesticides utilisés dans la chaîne d'alimentation animale plombent la note. Un poulet bio élevé en plein air, avec un bilan carbone légèrement supérieur (parce que l'animal vit plus longtemps et mange plus), sera en revanche mieux noté en Planet-Score.
En clair, l'Eco-Score avantage les productions intensives optimisées sur le carbone. Le Planet-Score valorise l'extensif et le bio. Ce n'est pas une nuance technique, c'est un choix politique sur ce qu'on entend par "impact environnemental". Réduire l'environnement au carbone, c'est passer à côté de la moitié du problème.
J'ai épluché les deux méthodologies pendant trois jours pour écrire cet article. Mon constat : aucune des deux n'est fausse. Mais le Planet-Score donne une image plus complète. L'Eco-Score, en se focalisant sur le climat, crée des angles morts sur les pesticides et la biodiversité. Exactement les sujets sur lesquels la contamination des sols agricoles par les néonicotinoïdes nous alerte depuis des années.
Les marques bougent, mais pas toutes#
Environ 300 marques se sont engagées à afficher le Planet-Score, dont 80 directement sur l'emballage. Parmi les enseignes : Auchan, Biocoop, Carrefour, Lidl, Monoprix, Franprix, Intermarché. Bjorg a même retiré le Nutri-Score de certains emballages au profit du Planet-Score, un geste qui a fait grincer des dents dans l'industrie agroalimentaire.
Le cadre réglementaire est celui de la loi Climat et Résilience (article 2), qui prévoit une expérimentation de cinq ans pour l'affichage environnemental. L'expérimentation arrive à son terme en 2026, et le déploiement reste volontaire. La SNANC 2025-2030 (Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat), publiée le 11 février 2026, liste 85 actions dont 14 dites "phares", mais aucune ne tranche le débat entre les deux scores.
On attend toujours une réaction officielle de l'ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires). Leur silence sur cette étude est en soi une information. Quand deux tiers de votre catalogue se prennent une note D ou E, la tentation est grande de contester la méthode plutôt que de corriger les produits. C'est exactement le réflexe qu'on observe dans le greenwashing classique : attaquer le thermomètre.
Le problème de la confusion consommateur#
Nutri-Score, Eco-Score, Planet-Score. Autant d'étiquettes et de méthodologies, avec des messages parfois contradictoires sur le même produit. Le consommateur moyen ne va pas comparer les ACV. Il veut savoir si ce qu'il achète est bon pour sa santé et pour la planète. Point.
Ce que les chiffres ne disent pas, c'est si l'affichage change réellement les comportements d'achat. Les données manquent. L'application QuelProduit d'UFC-Que Choisir est un outil utile, mais son audience reste limitée aux consommateurs déjà sensibilisés. Les 67 % de produits notés D ou E continuent de se vendre, parce que la note n'est pas sur l'emballage dans la plupart des rayons.
La loi Climat et Résilience, trois ans après, n'a pas réussi à imposer un affichage unique. L'Écobalyse pour les vêtements avance de son côté sur le textile, avec une méthodologie différente. On se retrouve avec un empilement de dispositifs sectoriels sans cohérence d'ensemble. Le genre de bazar administratif français où tout le monde a raison sur le fond et où rien n'avance sur la forme.
Ce que cette étude change, et ce qu'elle ne change pas#
L'étude Planet-Score pose un constat factuel que personne ne conteste sérieusement : la majorité de l'offre alimentaire en France a un impact environnemental élevé. Deux produits sur trois. Ce n'est pas une surprise pour quiconque suit le sujet, mais c'est la première fois qu'un chiffre aussi massif est posé sur un échantillon de cette taille.
Ce qui ne change pas, c'est la volonté politique de trancher. L'expérimentation de la loi Climat et Résilience devait déboucher sur un dispositif obligatoire. On en est loin. Les lobbys agroalimentaires freinent, les deux camps (Eco-Score vs Planet-Score) se neutralisent, et le consommateur reste avec ses trois étiquettes.
Sur ce point, je ne suis pas certaine que la coexistence des deux scores soit un mal. La concurrence méthodologique force chaque camp à améliorer ses indicateurs. Ce qui manque, c'est un arbitrage politique clair : soit on impose un score unique, soit on assume la pluralité et on éduque le consommateur. L'entre-deux actuel ne sert personne.
Sources#
- UFC-Que Choisir, application QuelProduit, Planet-Score sur plus de 135 000 aliments (janvier 2026)
- Monde Épicerie Fine, étude Planet-Score 2026 alimentaire
- RIA, 67 % des produits alimentaires mauvais pour l'environnement selon Planet-Score
- Consoglobe, Planet-Score étude produits alimentaires environnement
- Planet-Score.org, étiquetage environnemental et transition écologique
- BPI France, Eco-Score et Planet-Score, indicateurs d'impact environnemental




