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Retrait US de l'Accord de Paris : alliances redessinées

Retrait US de l'Accord de Paris : alliances redessinées

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Le 27 janvier 2026, les États-Unis sont officiellement sortis de l'Accord de Paris. Deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre avec 12 % des émissions globales, derrière la Chine à 29 %, Washington laisse un vide que personne ne peut combler seul. Ce n'est pas une surprise. C'est un séisme dont les répliques commencent à peine.

Les effets domino sont déjà visibles#

L'Argentine de Milei et l'Indonésie envisagent de suivre le mouvement. Le signal envoyé par Washington est limpide : la plus grande économie du monde considère la coopération climatique comme optionnelle. Pour des pays dont les économies dépendent des exportations fossiles ou dont les dirigeants cherchent un alignement politique avec les États-Unis, la tentation est forte.

Selon les derniers chiffres du Climate Action Tracker, la trajectoire climatique actuelle, sur la base des politiques en place, nous place sur un réchauffement d'environ 2,6 degrés Celsius d'ici 2100. Le retrait américain ne fait qu'aggraver cette trajectoire. La NDC soumise par l'administration Biden, qui prévoyait une réduction de 61 à 66 % des émissions de gaz à effet de serre sous les niveaux de 2005 d'ici 2035, est désormais abandonnée. L'enquête révèle que ce n'est pas seulement un objectif qui disparaît, c'est un levier de pression diplomatique qui s'effondre.

Le financement climatique amputé#

Le Fonds vert pour le climat (GCF) a approuvé 19,3 milliards de dollars pour 336 projets dans 134 pays. Les États-Unis avaient promis 3 milliards de dollars. Cette somme est désormais suspendue. Pour les pays africains, qui dépendent massivement de ces financements pour leurs programmes d'adaptation, la situation est critique.

Le mémorandum du 7 janvier 2026 va plus loin que le seul Accord de Paris. Il ordonne le retrait de 66 organisations internationales, dont la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC), le GIEC et le GCF lui-même. Ce n'est plus un retrait symbolique. C'est un désengagement institutionnel complet.

Ce que les chiffres ne disent pas : combien de projets d'adaptation dans les pays vulnérables seront gelés faute de financement américain ? Les données publiques sur les décaissements effectifs restent opaques. Ce qui est certain, c'est que l'objectif de 1 300 milliards de dollars par an de financement climatique d'ici 2035, acté à la COP29, devient encore plus difficile à atteindre.

Un schéma qui se répète#

Ce n'est pas la première fois. Le premier retrait américain date du 4 novembre 2019, sous la même administration. L'administration Biden avait réintégré l'accord le 19 février 2021. Ce yo-yo diplomatique fragilise la crédibilité des engagements américains, quel que soit le locataire de la Maison-Blanche.

La base légale cette fois est l'Executive Order 14162, signé le premier jour du mandat, le 20 janvier 2025. L'article 28 de l'Accord de Paris impose un délai d'un an après notification pour que le retrait prenne effet. Un an jour pour jour, les États-Unis étaient dehors. Parmi 195 parties signataires, ils sont désormais le seul grand émetteur à tourner le dos à l'accord.

J'ai épluché l'avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice en 2025. Le texte est sans ambiguïté : des obligations légales résiduelles demeurent pour les États-Unis malgré leur retrait. Le droit international coutumier et les principes de responsabilité environnementale ne disparaissent pas avec une notification de retrait. Reste à savoir qui aura la volonté politique de les invoquer.

Les alliances qui se reconfigurent#

L'Union européenne a réaffirmé son maintien dans l'accord et accélère le Green Deal. La Chine réitère son objectif de neutralité carbone à l'horizon 2060. Ces déclarations sont nécessaires. Elles ne suffisent pas.

La COP31, prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya en Turquie, sera le premier sommet climatique post-retrait. L'absence des États-Unis dans les négociations change la dynamique de fond. Qui portera les ambitions de réduction ? Qui financera l'adaptation des pays les plus vulnérables ? La conférence de Santa Marta a esquissé des réponses sur la sortie des énergies fossiles. Mais sans les États-Unis à la table, les rapports de force se déplacent.

Côté américain, le Congrès avance sur l'American Energy First Act, qui consolide législativement le virage fossile. Le rapport du WEF 2026 place pourtant les risques environnementaux en tête des menaces mondiales. Le décalage entre la posture américaine et le consensus scientifique international n'a jamais été aussi large.

Ce qui se joue maintenant#

Le retrait américain force une question que beaucoup préféraient éviter : l'Accord de Paris peut-il fonctionner sans son deuxième plus grand émetteur ? Sur le papier, oui, 194 parties restent engagées. Dans les faits, l'absence des États-Unis ampute le dispositif de sa force de frappe financière et diplomatique.

L'enjeu du financement de la biodiversité est indissociable de celui du climat. Les mêmes pays vulnérables, les mêmes promesses non tenues, les mêmes arbitrages budgétaires défavorables. Le retrait américain ne crée pas le problème. Il le rend impossible à ignorer.

J'hésite encore sur un point. Ce retrait est-il le symptôme d'un désengagement durable ou un épisode de plus dans le cycle politique américain ? L'histoire récente suggère que la réponse dépendra de la prochaine élection. Mais les dégâts causés entre-temps, eux, sont irréversibles. Le climat ne négocie pas avec les calendriers électoraux.

Sources#

  • UNFCCC, notification officielle du retrait des États-Unis, 27 janvier 2026
  • Executive Order 14162, Federal Register, 20 janvier 2025
  • Climate Action Tracker, profil États-Unis, trajectoire émissions 2026
  • Green Climate Fund, tableau de bord des projets approuvés (19,3 Mds$, 336 projets, 134 pays)
  • Cour internationale de justice, avis consultatif 2025 sur les obligations climatiques
  • The Guardian, couverture du retrait US de l'Accord de Paris, 27 janvier 2026
  • Mémorandum présidentiel, retrait de 66 organisations internationales, 7 janvier 2026
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