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One Health Summit Lyon : santé et environnement

One Health Summit Lyon : santé et environnement

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Soixante pour cent des maladies infectieuses émergentes chez l'humain sont d'origine animale. Selon l'OMS, 75 % des agents pathogènes nouveaux proviennent de la faune. Depuis 2003, les pandémies et épidémies zoonotiques ont coûté plus de 4 000 milliards de dollars et causé plus de 15 millions de décès dans le monde. Les 6 et 7 avril 2026, le Centre de Congrès de Lyon accueille le One Health Summit, coprésidé par la France et l'Indonésie dans le cadre du G7. Le 7 avril est aussi la Journée mondiale de la santé. Ce n'est pas un hasard de calendrier.

D'un concept médical à un cadre politique mondial#

L'idée que la santé humaine et la santé animale forment un continuum n'est pas récente. Au dix-neuvième siècle, Rudolph Virchow écrivait : "Entre médecine animale et humaine, il n'y a pas de lignes de démarcation." En 1964, Calvin Schwabe formalisait le concept sous le terme "One Medicine". Le tournant institutionnel date du 29 septembre 2004, quand la Wildlife Conservation Society a publié les 12 Principes de Manhattan, posant les bases d'une approche intégrée de la santé humaine, animale et écosystémique.

Ce qui a changé depuis, c'est l'architecture de gouvernance. La collaboration entre la FAO, l'OMS et l'Organisation mondiale de la santé animale (alors OIE, aujourd'hui OMSA/WOAH) existait sous forme tripartite. En mars 2022, le Programme des Nations Unies pour l'environnement a rejoint l'alliance, qui est devenue quadripartite. Le PNUE intègre la dimension écosystémique : destruction d'habitats, déforestation, perte de biodiversité. Trois phénomènes qui multiplient les interfaces entre faune sauvage, bétail et populations humaines, et donc les risques de transmission.

Le One Health Summit de Lyon est la neuvième édition des One Planet Summits, une série lancée en 2017. Les éditions précédentes ont traité du financement climat et de la biodiversité. Celle-ci est la première consacrée explicitement à l'interface santé-environnement.

Quatre axes, un problème systémique#

Le programme du sommet, publié par le ministère de la Transition écologique, s'articule autour de quatre axes thématiques.

Le premier concerne les réservoirs zoonotiques. L'enjeu est la surveillance des pathogènes circulant dans la faune sauvage et domestique, avant qu'ils ne franchissent la barrière d'espèce. La sixième extinction de masse et la fragmentation des habitats naturels accélèrent ces contacts.

Le deuxième axe porte sur les résistances antimicrobiennes, un sujet que les données publiques racontent avec une brutalité particulière. Selon l'OMS, en 2019, la résistance aux antimicrobiens a directement causé 1,27 million de décès et contribué à environ 5 millions de morts supplémentaires. Les projections tablent sur 39 millions de décès directement imputables aux résistances entre 2025 et 2050. L'usage massif d'antibiotiques en élevage intensif et leur dissémination dans les cours d'eau et les sols alimentent ce phénomène.

Le troisième axe traite des systèmes alimentaires durables. La production alimentaire mondiale est à la fois vecteur de risques sanitaires (pesticides, antibiotiques, zoonoses via l'élevage) et victime du changement climatique (rendements, sécurité alimentaire). Le rapport du WEF 2026 classait déjà l'insécurité alimentaire parmi les cinq risques mondiaux majeurs à horizon dix ans.

Le quatrième axe concerne les pollutions chimiques et environnementales. Leurs effets sur la santé humaine et animale sont documentés, mais les réponses restent sectorielles. Une molécule qui contamine un sol finit dans une nappe, puis dans un organisme. Le cloisonnement entre ministères de la Santé, de l'Agriculture et de l'Environnement reproduit dans l'administration ce que One Health tente de défaire dans la science.

Un sommet, un symposium, un festival#

Le programme ne se limite pas aux deux jours officiels. Le 5 avril, des événements partenaires ouvrent la séquence. Le 6 avril, un symposium scientifique organisé par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, l'ANSES et le CIRAD réunit chercheurs et praticiens. Le sommet de haut niveau se tient le 7 avril après-midi, avec la présence annoncée du président Macron.

Le secrétaire général du sommet, Anthony Chaumuzeau, coordonne une vingtaine de pays représentés. En parallèle, un Village des Découvertes au Parc de la Tête d'Or est ouvert au public, et le One Health Festival programme plus de 170 événements entre le 16 mars et le 15 mai 2026, sur l'ensemble du territoire.

Le 8 avril, l'OMS prend la présidence tournante de la quadripartite. Ce calendrier concentré n'est pas anodin : il transforme Lyon en point de convergence entre un sommet politique, une passation institutionnelle et une mobilisation scientifique.

France-Indonésie : une coprésidence à décrypter#

La coprésidence France-Indonésie s'inscrit dans le cadre de la présidence française du G7 en 2026. L'Indonésie, archipel tropical avec une biodiversité parmi les plus riches du monde, fait face à des enjeux One Health massifs : déforestation pour l'huile de palme, résistances antimicrobiennes dans l'aquaculture, proximité humain-faune dans des mégapoles comme Jakarta.

Ce choix de coprésidence signale aussi une ambition diplomatique : ancrer l'agenda One Health dans le dialogue Nord-Sud, au-delà du cercle des pays industrialisés. Le prochain rendez-vous est déjà annoncé : un sommet Afrique-France à Nairobi les 11 et 12 mai 2026, où les problématiques de santé environnementale seront à l'ordre du jour.

Ce que les chiffres ne disent pas#

Selon les derniers chiffres de la quadripartite, une approche One Health intégrée générerait un bénéfice d'au moins 37 milliards de dollars par an, principalement par la prévention des pandémies et la réduction des coûts sanitaires liés aux résistances. Face aux 4 000 milliards de pertes accumulées depuis 2003, le ratio investissement-retour semble évident.

Mais les chiffres ne disent pas comment on passe du concept au budget. Ils ne disent pas combien de pays signeront des engagements contraignants à Lyon. Ils ne disent pas si la quadripartite, malgré son élargissement au PNUE, dispose des moyens de peser sur les politiques agricoles nationales.

Lefrançois, du CIRAD, résume le fond du problème : "The key challenge is shifting from crisis management logic to risk prevention." On gère les pandémies quand elles arrivent. On finance la prévention quand il reste du budget. Le One Health Summit de Lyon est un test : soit il produit des mécanismes concrets de financement et de surveillance intégrée, soit il rejoint la liste des sommets où tout le monde s'accorde sur l'urgence sans s'accorder sur les moyens.

Je suivrai le sommet depuis Lyon les 6 et 7 avril. Les annonces du 7 après-midi diront si One Health reste un concept de conférence ou devient un cadre d'action.

Sources#

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