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Hydrogène naturel en Moselle : le forage record de FDE

Hydrogène naturel en Moselle : le forage record de FDE

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Environ 34 millions de tonnes d'hydrogène naturel dormiraient sous la Moselle. Le chiffre provient du programme Regalor II, piloté par le CNRS et l'Université de Lorraine. Le 23 mars 2026, La Française de l'Énergie (FDE) a confirmé le succès de son forage PTH-2 à Pontpierre, village de 800 habitants situé à une quarantaine de kilomètres à l'est de Metz. Profondeur atteinte : 3 655 mètres. C'est, à ce jour, le forage le plus profond au monde dédié à l'hydrogène naturel.

Ce que le forage PTH-2 a confirmé#

L'objectif initial visait 4 000 mètres. FDE a arrêté à 3 655 mètres, les résultats obtenus satisfaisant les objectifs scientifiques avant d'atteindre la cible. 58 échantillons ont été prélevés directement en surface. La plateforme de forage, haute de 41 mètres, avait été importée d'Autriche pour l'opération.

Selon les derniers chiffres de l'AFP, FDE a observé une "présence importante" d'hydrogène "sur de nombreux intervalles" de profondeur. Aucune concentration exacte n'a été publiée pour PTH-2 à 3 655 mètres. Les données détaillées restent en cours d'analyse.

Les travaux s'inscrivent dans le programme scientifique Regalor II (Ressources Gazières de Lorraine). Les partenaires : le laboratoire GeoRessources, Solexperts, le BRGM et Saint-Gobain. Deux directeurs de recherche au CNRS pilotent le volet scientifique, Jacques Pironon et Philippe de Donato.

D'où vient cet hydrogène#

La piste remonte à mai 2023. À Folschviller, à 6 kilomètres du site PTH-2, le programme Regalor I avait détecté de l'hydrogène entre 1 100 et 1 250 mètres de profondeur. Les concentrations mesurées augmentaient avec la profondeur : environ 0,1 % à 200 mètres, entre 1 % et 6 % à 600-800 mètres, plus de 15 % à 1 100 mètres. Les projections à 3 000 mètres dépassent 90 %.

Le mécanisme de formation repose sur une réaction redox. Des minéraux carbonatés de fer (sidérite, ankérite) au contact de l'eau provoquent la dissociation des molécules d'eau en hydrogène libre et en oxygène. Ce processus géologique se poursuit en continu, ce qui distingue l'hydrogène naturel des ressources fossiles figées.

Le CNRS a développé des instruments dédiés. La sonde SysMoG, brevetée en avril 2023, assure des mesures gazeuses continues à plus de 1 100 mètres. La sonde SysProG sépare eau et hydrogène directement in situ.

Un périmètre de 2 254 km² sous permis#

Le permis exclusif de recherche "Trois-Évêchés" a été attribué le 28 janvier 2026. Durée : 5 ans, renouvelable. Il couvre 2 254 km² et plus de 300 communes en Moselle et Meurthe-et-Moselle. Selon l'AFP, le gisement s'étend aussi sur une partie des territoires belge, luxembourgeois et allemand.

FDE, cotée sur Euronext Paris, ne se cantonne pas à la Lorraine. L'entreprise prépare un programme d'évaluation au Kansas (États-Unis) et envisage des explorations en Allemagne, au Luxembourg et dans le Pas-de-Calais.

Ce que les chiffres ne disent pas :#

34 millions de tonnes d'hydrogène, c'est plus de la moitié de la production mondiale annuelle, estimée à 97 millions de tonnes par l'AIE. L'ordre de grandeur interpelle. Mais cette estimation repose sur des modélisations, pas sur une certification de réserves. Certaines modélisations du CNRS suggèrent jusqu'à 46 millions de tonnes dans un scénario optimiste.

Aujourd'hui, 95 % de l'hydrogène produit dans le monde provient de combustibles fossiles. En France, le vaporeformage du gaz naturel représente 72 % de la production nationale, soit 237 000 tonnes en 2024. L'hydrogène vert, issu de l'électrolyse alimentée par des énergies renouvelables, couvre moins de 1 % de la demande mondiale.

L'hydrogène naturel, parfois appelé hydrogène blanc, affiche un avantage de coût brutal. Selon Rystad Energy, son extraction reviendrait entre 0,50 et 1 dollar par kilogramme, contre environ 6 dollars pour l'hydrogène vert et 2 dollars pour l'hydrogène gris.

La course mondiale à l'hydrogène natif#

Au Mali, le site de Bourakébougou produit 1 400 m3 d'hydrogène naturel par jour. C'est le seul site de production active au monde. En Australie, Gold Hydrogen a foré 3 puits en Australie-Méridionale. Aux États-Unis, une quarantaine d'entreprises se sont créées pour explorer cette ressource, dont Koloma et HyTerra. Les permis d'exploration s'y obtiennent en environ une semaine, contre environ deux ans en France selon Connaissance des Énergies.

La France n'est pas la seule à courir. Mais elle possède un avantage : la profondeur de sa recherche scientifique sur le sujet. Regalor I et II constituent une base de données géochimiques rare. Les instruments SysMoG et SysProG n'ont pas d'équivalent connu.

Stratégie nationale et infrastructures#

Le gouvernement français mise 9 milliards d'euros sur sa stratégie nationale hydrogène d'ici 2030, avec des objectifs de 4,5 GW de capacité d'électrolyse en 2030 et 8 GW en 2035. Cette stratégie cible 8 000 emplois directs et soutient plus de 150 projets. L'hydrogène naturel n'y figure pas encore comme filière propre.

Le réseau MosaHYc, un pipeline européen reliant la Sarre au Grand Est et au Luxembourg, pourrait raccorder la production lorraine à l'infrastructure de transport. Le stockage d'énergie reste un enjeu central : l'hydrogène, qu'il soit vert ou naturel, ne sert à rien sans réseau de distribution et capacités de stockage adaptées. La montée en puissance de l'éolien offshore et les débats autour de l'exploitation des fonds marins rappellent que chaque filière énergétique se heurte à des obstacles réglementaires et logistiques comparables.

Entre promesse géologique et réalité industrielle#

Le potentiel est réel. Les outils scientifiques aussi. Mais entre une estimation sur modèle et une réserve certifiée, exploitable à l'échelle industrielle, le chemin passe par des années d'analyses complémentaires, de forages supplémentaires et de décisions réglementaires. Personne n'a encore prouvé qu'on pouvait extraire de l'hydrogène naturel à un débit rentable sur la durée.

Qui, de la France, des États-Unis ou de l'Australie, transformera le premier ces promesses géologiques en production industrielle ?

Sources#

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