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COP30 : l'accord de financement climatique expliqué

Par Jennifer D.

8 min de lecture
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La COP30 de Belém s'est achevée le 22 novembre 2025 sur un accord qualifié de « compromis de survie » par plusieurs délégations. Au terme de négociations éprouvantes, une nuit blanche, une journée de prolongations, les 198 parties ont adopté le « Mutirão », un texte qui officialise l'objectif de mobiliser au moins 1 300 milliards de dollars par an pour les pays en développement d'ici 2035. Derrière ce chiffre spectaculaire, la réalité est plus nuancée. Décryptage d'un accord qui maintient le cadre multilatéral sans lever les verrous de l'urgence climatique.

Le contexte : une COP sous haute pression#

Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur Catastrophes naturelles 2025 : bilan climatique mondial.

Dix ans après l'Accord de Paris#

La COP30 se tenait dans un contexte symbolique fort : le dixième anniversaire de l'Accord de Paris. Mais la célébration était assombrie par un constat accablant. L'ONU avait tiré la sonnette d'alarme quelques semaines avant l'ouverture : la hausse record des émissions de gaz à effet de serre rend « pratiquement impossible » de limiter le réchauffement à 1,5 °C sans un dépassement temporaire.

Pour la première fois, la moyenne des températures mondiales sur les trois dernières années (2023-2024-2025) a dépassé de plus de 1,5 °C le niveau préindustriel. L'objectif le plus ambitieux de l'Accord de Paris est désormais statistiquement hors d'atteinte en trajectoire continue.

Le poids du retrait américain#

La COP30 s'est également tenue dans l'ombre du second retrait des États-Unis de l'Accord de Paris, annoncé par l'administration Trump en janvier 2025. L'absence du premier émetteur historique de gaz à effet de serre a pesé sur les négociations, affaiblissant la pression sur les autres grands émetteurs et compliquant les discussions sur les contributions financières.

La feuille de route Bakou-Belém#

De la COP29 à la COP30 : un continuum financier#

Le 5 novembre 2025, les présidents de la COP29 (Bakou) et de la COP30 (Belém) ont présenté leur feuille de route conjointe. Ce document fixe un plan directeur pour mobiliser au moins 1 300 milliards de dollars par an pour les pays en développement d'ici 2035.

Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur COP30 à Belém : bilan des négociations climatiques de 2025.

Cette feuille de route reprend et prolonge les engagements pris à Bakou en 2024, où un premier jalon de 300 milliards de dollars par an d'argent public avait été fixé. À Belém, l'enjeu était d'inscrire ce montant dans une trajectoire plus large intégrant toutes les sources de financement : public, privé, multilatéral, bilatéral.

Les 1 300 milliards : d'où vient ce chiffre ?#

L'objectif de 1 300 milliards de dollars par an n'a pas été choisi au hasard. Il correspond à l'estimation basse des besoins identifiés par le Groupe d'experts de haut niveau sur le financement climatique, mandaté par l'ONU. Les évaluations plus ambitieuses situent les besoins réels des pays en développement entre 1 400 et 2 400 milliards de dollars par an d'ici 2030.

Le montant se décompose schématiquement en :

  • 300 milliards de dollars de financement public direct (pays développés vers pays en développement)
  • 1 000 milliards de dollars mobilisés via le secteur privé, les banques multilatérales de développement, les fonds souverains et les mécanismes financiers innovants

Le Mutirão : ce que dit le texte final#

Les engagements confirmés#

Le document final de la COP30, baptisé « Mutirão » (terme brésilien désignant une action collective), « rappelle » les engagements formulés à la COP29 :

  • Mobiliser 300 milliards de dollars par an d'argent public d'ici 2035
  • Atteindre une enveloppe totale de 1 300 milliards de dollars en intégrant toutes les sources
  • Tripler les financements pour l'adaptation d'ici 2035
  • Activer le Fonds pour pertes et dommages décidé à la COP28 de Dubaï

Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur Crues février 2026 : adaptation face aux pluies prolongées.

Le Fonds pour pertes et dommages opérationnel#

Avancée notable : la mise en œuvre opérationnelle du Fonds pour pertes et dommages a été confirmée, avec les cycles de reconstitution validés. Ce fonds, créé à la COP27 de Charm el-Cheikh et structuré à la COP28, vise à indemniser les pays les plus vulnérables face aux catastrophes climatiques qu'ils n'ont pas causées.

La forêt tropicale : 5,5 milliards collectés#

Le Fonds pour la préservation des forêts tropicales, initiative phare de la présidence brésilienne, a permis de collecter 5,5 milliards de dollars auprès de 53 pays. Au moins 20 % des ressources seront directement reversées aux peuples autochtones et aux communautés locales.

Une première : la lutte contre la désinformation climatique#

Pour la première fois dans l'histoire des COP, le texte final reconnaît officiellement la nécessité de lutter contre la désinformation climatique et les discours qui sapent l'action fondée sur la science. Une avancée symbolique mais significative dans le contexte de montée du climatoscepticisme.

Les limites de l'accord#

L'impasse sur les énergies fossiles#

Le point le plus critique : aucune obligation contraignante n'a été adoptée pour sortir des énergies fossiles. Le « phase out » réclamé par l'Alliance des petits États insulaires (AOSIS) et l'Union européenne a été réduit à un simple « rappel » du « transitioning away from fossil fuels » acté à la COP28. Les pays producteurs de pétrole et de gaz, Arabie saoudite, Russie, Irak, ont bloqué toute avancée sur ce front.

Des formulations volontairement vagues#

Sur l'adaptation, les États sont appelés à « faire des efforts » visant un triplement des fonds dédiés d'ici 2035. Mais la formulation ne mentionne pas le montant de 120 milliards de dollars que les pays en développement voulaient voir inscrit noir sur blanc. Cette ambiguïté délibérée permet à chaque partie de revendiquer une victoire sans s'engager concrètement.

Le fossé entre promesses et réalité#

Les financements climatiques se sont élevés à 624 milliards de dollars en 2024, un record, mais encore loin des 1 300 milliards visés. Pour combler l'écart, il faudrait plus que doubler les flux financiers annuels en moins de dix ans, dans un contexte de tensions géopolitiques et de contraintes budgétaires généralisées.

Les réactions#

Les pays en développement : « un pas, mais insuffisant »#

Le G77 + Chine, qui représente les intérêts des pays en développement, a salué l'inscription du chiffre de 1 300 milliards mais déploré l'absence de mécanismes contraignants. « On nous demande de nous adapter à une crise que nous n'avons pas créée, avec des promesses qui ne sont pas légalement opposables », a résumé le négociateur en chef du groupe africain.

L'Union européenne : « un compromis réaliste »#

Bruxelles a défendu l'accord comme le meilleur résultat possible compte tenu du rapport de forces. Le négociateur européen a souligné l'importance d'avoir maintenu le cadre multilatéral intact malgré le retrait américain et les tensions avec les producteurs de fossiles.

Les ONG : « un échec maquillé en victoire »#

Les grandes ONG environnementales, Greenpeace, WWF, Oxfam, ont unanimement critiqué un accord « qui ne casse rien mais qui ne change rien ». Bon Pote, média français de référence sur le climat, a titré son analyse : « COP30 : une vraie réussite... pour les exportateurs d'énergies fossiles. »

Que se passe-t-il après Belém ?#

La COP31 en Australie#

La prochaine COP se tiendra en Australie en novembre 2026. L'enjeu principal sera la soumission des nouvelles contributions déterminées au niveau national (NDC) par chaque pays. Ces plans d'action nationaux devront être alignés avec l'objectif de 1,5 °C, un exercice qui s'annonce extrêmement difficile vu l'écart actuel entre les engagements et les trajectoires d'émissions.

Le suivi du financement#

Un mécanisme de suivi et de vérification des flux financiers doit être mis en place d'ici la COP31, pour s'assurer que les promesses de Belém se traduisent en décaissements réels. L'expérience des 100 milliards promis à Copenhague en 2009, atteints avec deux ans de retard et largement constitués de prêts, invite à la vigilance.

Ce qu'il faut retenir#

La COP30 de Belém a officialisé un objectif ambitieux de 1 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 pour le financement climatique, tout en activant le Fonds pour pertes et dommages et en mobilisant 5,5 milliards pour les forêts tropicales. Mais l'absence d'engagements contraignants sur la sortie des énergies fossiles et les formulations volontairement floues sur l'adaptation en font un accord a minima. Le processus multilatéral survit, mais la fenêtre pour limiter le réchauffement se referme à chaque COP sans rupture.

Sources#

JD

Jennifer D.

Journaliste d'investigation

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