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Collectivités : 5 milliards en moins pour la transition

Collectivités : 5 milliards en moins pour la transition

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Les collectivités territoriales françaises vont perdre entre 4,6 milliards d'euros selon le gouvernement et plus de 5 milliards selon l'Association des maires de France, qui monte même à 7,5 milliards si l'on intègre l'ensemble des mesures indirectes. Derrière cette guerre de chiffres, une réalité : les communes, départements et régions qui portent 58 % de l'investissement public civil en France n'ont plus les moyens de financer la transition écologique.

L'argument gouvernemental : un effort partagé et maîtrisé#

Le PLF 2026 affiche un effort budgétaire de 4,6 milliards d'euros demandé aux collectivités, selon les chiffres communiqués par l'exécutif et relayés par l'Agence France Locale. Le discours officiel présente cette ponction comme nécessaire au redressement des comptes publics, avec des mécanismes qui se veulent progressifs.

Le Dilico, dispositif de lissage conjoncturel, est doublé à 2 milliards d'euros en 2026, répartis entre communes (720 millions), EPCI (500 millions), départements (280 millions) et régions (500 millions). En parallèle, la DGF reste gelée à 27 milliards, un manque à gagner estimé à environ 350 millions d'euros en pouvoir d'achat réel. La DSIL perd 200 millions d'euros supplémentaires, selon l'AMF.

Et puis il y a la CNRACL, cette caisse de retraite des fonctionnaires territoriaux dont la réforme se traduit par 1,2 à 1,3 milliard de dépenses supplémentaires pour les collectivités en 2026.

Côté transition écologique, le Fonds vert illustre à lui seul la trajectoire. Doté de 2,5 milliards en 2024, il tombait à 1,15 milliard en 2025. En 2026, le budget officiel s'établit à 837 millions d'euros, selon le ministère de la Transition écologique - soit 313 millions de moins qu'en 2025 d'après les calculs de l'AMF et du Réseau Action Climat. Un fonds qui avait pourtant soutenu plus de 25 000 projets dans plus de 11 000 communes pour 4,5 milliards de subventions avant ces coupes successives.

La réponse des élus : on va dans le mur#

André Laignel, premier vice-président de l'AMF, résume la position des maires sans détour : « Ce qui nous est malheureusement promis en 2026 mettra fin à la capacité d'autofinancement de la plupart des collectivités. » Antoine Homé, également à l'AMF, enfonce le clou : « Si les ponctions que l'on nous promet pour 2026 devaient être maintenues, nous serions à la rupture. »

J'ai passé pas mal de temps à essayer de recouper ces déclarations avec les données financières réelles. Les chiffres donnent raison aux élus, au moins sur un point : en 2024, déjà 5 177 communes affichaient une épargne nette négative. Autrement dit, elles ne dégageaient plus assez de recettes pour couvrir à la fois leurs dépenses courantes et le remboursement de leur dette. Avant même les coupes 2026.

Le plan vélo national offre un cas d'école de l'évaporation budgétaire. Lancé comme un programme de 1,25 milliard d'euros sur cinq ans, il se retrouve doté de 31 millions d'euros en 2026, selon le Réseau Action Climat. MaPrimeRénov' subit une coupure de 600 millions, ramenée à un budget résiduel de 1,9 milliard.

Ce que disent les rapports officiels#

Le rapport de l'Inspection générale des finances de septembre 2024 pose le diagnostic le plus net : les collectivités doivent investir 21 milliards d'euros par an d'ici 2030 pour tenir les engagements climatiques de la France. Ce montant se décompose en 15 milliards pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre et 6 milliards pour l'adaptation et la préservation des écosystèmes. Le poste principal, à lui seul, c'est la rénovation des bâtiments publics, estimée à 7 milliards par an.

Où en est-on ? L'Institut de l'économie pour le climat et La Banque Postale chiffrent les investissements climatiques actuels des collectivités à près de 8 milliards d'euros en 2023. Pour atteindre les 19 milliards annuels nécessaires selon leurs propres calculs, il faudrait plus que doubler l'effort. Ces mêmes investissements avaient progressé de 42 % en valeur nominale entre 2017 et 2023, soit 18 % en volume réel corrigé de l'inflation, d'après I4CE. Une dynamique réelle, mais très insuffisante au regard de l'objectif.

Sur ce point, je reste partagée. Les collectivités ont démontré qu'elles savaient investir dans le climat quand les dispositifs existaient. Mais aucune trajectoire raisonnable ne permet de passer de 8 à 19 ou 21 milliards par an en coupant simultanément les dotations qui financent ces investissements.

Le paradoxe central#

Le gouvernement demande aux collectivités de réduire leurs dépenses tout en leur assignant des objectifs climatiques qui exigent de les augmenter massivement. Ce n'est pas une contradiction de principe, c'est une impossibilité arithmétique.

Les municipales de mars 2026 ont porté au pouvoir des équipes qui, dans leurs programmes, promettaient des transitions locales ambitieuses. Six semaines plus tard, elles découvrent que les crédits pour les financer ont fondu. Le régime Cat Nat, déjà sous pression, absorbe les conséquences d'un sous-investissement dans l'adaptation.

Mon interprétation, après avoir épluché les documents budgétaires et les rapports de l'IGF : l'État a fait le choix implicite de reporter la charge de la transition sur les budgets futurs. Le problème, c'est que les budgets futurs devront aussi absorber le coût de l'inaction présente. Les 21 milliards annuels identifiés par l'IGF ne diminueront pas parce qu'on attend. Ils augmenteront.

La question n'est plus de savoir si les collectivités peuvent absorber 5 milliards de coupes. La réponse est dans les 5 177 communes en épargne négative. La vraie question, c'est combien coûtera le retard accumulé quand il faudra rattraper en trois ans ce qu'on aurait pu étaler sur six.

Sources#

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