175 Wh/kg. C'est la densité énergétique de la cellule Naxtra que CATL a présentée en avril 2025, un record absolu pour une batterie sodium-ion. Le fabricant chinois, qui travaille sur cette chimie depuis 2016 avec un investissement cumulé d'environ 10 milliards de yuans en R&D, a confirmé le déploiement à grande échelle pour 2026 dans quatre secteurs : battery swap, véhicules particuliers, véhicules commerciaux et stockage stationnaire. La MIT Technology Review a classé les batteries sodium-ion parmi ses dix percées technologiques de l'année 2026.
Selon les derniers chiffres de CarNewsChina, les livraisons mondiales de cellules sodium-ion ont atteint environ 9 GWh en 2025, soit une hausse de 150 % par rapport à 2024. Le marché, estimé à 0,67 milliard de dollars en 2025 par MarketsandMarkets, devrait atteindre 2,01 milliards en 2030, avec un taux de croissance annuel de 24,7 %. Le stockage stationnaire représente déjà 71,8 % des applications.
Pourquoi ces chiffres comptent : la batterie sodium-ion n'utilise ni lithium, ni cobalt, ni nickel, ni graphite. Aucune matière classée critique par l'Union européenne. Dans un contexte où la demande européenne de lithium doit être multipliée par dix-huit d'ici 2030 et par soixante d'ici 2050 selon GLOBSEC, et où le Critical Raw Materials Act impose que 65 % maximum de la transformation provienne d'un seul pays tiers, cette chimie alternative change la donne.
CATL et BYD : la course industrielle chinoise#
CATL ne se contente pas d'annoncer. La cellule Naxtra affiche plus de 10 000 cycles de charge-décharge et conserve 90 % de sa puissance à moins 40 degrés Celsius. L'autonomie annoncée pour les véhicules équipés dépasse 500 kilomètres. Mi-2026, les premiers véhicules particuliers sodium-ion sortiront des usines Changan, sous les marques Avatr et Deepal, dans le cadre d'un partenariat direct avec CATL.
BYD avance sur un front parallèle. Son usine de Xuzhou, une joint-venture entre Findreams et Huaihai dotée de 10 milliards de yuans (environ 1,4 milliard de dollars), vise une capacité de 30 GWh. Une ligne de 30 GWh supplémentaires a été commissionnée à Xining en juillet 2025. La densité de ses cellules atteint 160 Wh/kg, avec 85 % de capacité maintenue à moins 20 degrés. BYD annonce aussi 10 000 cycles et travaille déjà sur une troisième génération.
J'ai visité des lignes de production de batteries en Asie ces dernières années, et ce qui frappe avec le sodium-ion, c'est la vitesse d'industrialisation. En 2023, c'était un sujet de labo. En 2026, CATL déploie dans quatre segments simultanément. Ça ne ressemble pas à un ballon d'essai.
Le nerf de la guerre : les coûts#
Les données publiques, elles, racontent une histoire nuancée. Le coût des cellules sodium-ion se situait à 59 dollars par kWh en 2025, contre 52 dollars pour le LFP (lithium fer phosphate), selon les estimations de Wood Mackenzie. L'écart se réduit. Selon une étude de la LUT University relayée par ESS-News, la parité de coût entre sodium-ion et lithium-ion a été atteinte sur certains segments du stockage stationnaire.
Les matières premières du sodium-ion coûtent 30 à 40 % moins cher que celles du lithium-ion. Le prix du lithium en Chine, remonté au-dessus de 150 000 yuans la tonne (environ 20 900 dollars) début 2026, alimente directement la compétitivité relative du sodium-ion. L'IRENA projette un objectif de 40 dollars par kWh à grande échelle, mais c'est une projection conditionnelle, pas une réalité acquise.
Ce que les chiffres ne disent pas : la densité énergétique du sodium-ion (entre 100 et 175 Wh/kg) reste inférieure à celle du LFP (180 à 200 Wh/kg). Pour les véhicules électriques longue autonomie, c'est un frein. Pour le stockage stationnaire, où le poids importe peu, c'est négligeable. D'où la domination du stockage dans les applications actuelles.
Et l'Europe dans tout ça ?#
Et c'est là que mon optimisme prend du plomb dans l'aile. Tiamat, spin-off du CNRS basée à Amiens, est le principal acteur européen. L'entreprise, soutenue par Stellantis, Arkema et Bpifrance, prévoit une usine à Boves avec une capacité cible de 5 GWh par an à l'horizon 2029. Le coût dépasse 500 millions d'euros. Mais la phase pilote de 700 MWh, initialement programmée plus tôt, a été retardée à 2026.
Faradion, au Royaume-Uni, a été racheté par Reliance Industries (Inde). Quelques autres fabricants européens existent, mais à des stades de maturité bien en deçà des géants chinois. Pendant que CATL et BYD déploient des dizaines de GWh cumulés, l'Europe en est à des phases pilotes de quelques centaines de MWh.
Le parallèle avec le lithium dans l'Allier est frappant : la ressource ou la technologie existe en Europe, la volonté industrielle est affirmée, mais la vitesse d'exécution n'a rien à voir avec ce qui se passe en Chine. Le CRMA fixe des objectifs pour 2030 : 10 % de la production, 40 % de la transformation et 25 % du recyclage des matières critiques doivent venir de sources européennes. Sur le sodium-ion, on part de très loin.
L'ironie, c'est que le sodium-ion pourrait justement être la chimie qui affranchit l'Europe de sa dépendance aux matières critiques. Pas de lithium, pas de cobalt, pas de nickel. Les matières premières sont abondantes et locales. Mais il faudrait que l'investissement suive au rythme chinois. Et pour l'instant, rien n'indique que ce sera le cas.
Ce qui va se jouer dans les douze prochains mois#
La question n'est plus de savoir si le sodium-ion fonctionne. CATL et BYD ont répondu à cette question. La question est de savoir à quelle vitesse cette chimie va capturer des parts de marché face au LFP et au NMC, et si l'Europe va rester spectatrice ou se donner les moyens industriels de participer.
Les innovations énergétiques de 2026 ne manquent pas, entre la pérovskite, les batteries fer-air et la fusion. Mais le sodium-ion a un avantage que les autres n'ont pas encore : il est déjà en production de masse. Les cellules roulent, les usines tournent, les chiffres de livraison doublent chaque année. Pour le stockage stationnaire, c'est peut-être la brique manquante qui rend les renouvelables intermittents réellement viables à grande échelle.
Mon interprétation : le sodium-ion ne tuera pas le lithium-ion. Les deux chimies coexisteront, chacune sur ses segments de prédilection. Mais sur le stockage réseau et les véhicules d'entrée de gamme, le sodium-ion va prendre une place massive dans les cinq prochaines années. Et les pays qui auront investi dans cette filière maintenant seront ceux qui compteront.
Sources#
- CATL Naxtra : spécifications officielles
- CATL : déploiement commercial 2026
- CATL et BYD accélèrent le sodium-ion face à la hausse du lithium - CarNewsChina
- CATL confirme le déploiement dans quatre secteurs - CarNewsChina
- Tiamat : consultation pour l'usine de 5 GWh en France - ESS-News
- Fabricants européens de batteries sodium-ion - PV Magazine
- CATL démarre la production commerciale - CleanTechnica
- Critical Raw Materials Act - Commission européenne





