Riches en poissons, en minéraux et en potentiel scientifique, les mers de l’Antarctique font partie des eaux les plus préservées de la Planète, mais cette situation pourrait bien ne pas durer longtemps, des navires de pêche s’installant déjà dans cette région.
La semaine prochaine, des négociateurs participant à une réunion de la Commission pour la Conservation des Ressources Marines Antarctiques vivantes (CCAMLR en anglais), pourraient essayer de contenir ce mouvement pour accéder aux ressources naturelles de la région.
L’une des plus grandes merveilles de la planète est en jeu ainsi que la crédibilité de cette agence internationale mise en place pour protéger la vie marine en Antarctique depuis 1982, d'après un article du journal Nature.
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Seulement une grande partie des eaux Antarctique sont actuellement protégées, ce qui correspond à une zone de 94 000 km² près des îles South Orkney.  |
Quatre propositions pour l’avenir de l’Antarctique
La CCAMLR étudiera quatre propositions visant à créer de vastes zones marines protégées (MPA) qui restreindraient les activités de pêche dans la région. Mais la protection nécessitera un accord unanime des membres de la CCAMLR (qui comprend 24 pays et l’Union Européenne), alors que certains d’entre eux, dont le Japon et la Chine, se sont montrés très sceptiques par le passé à propos de toute possibilité de zone protégée Antarctique.
« C’est une réunion particulièrement importante » a déclaré Alex Rogers, un biologiste spécialiste de la conservation de l’Université d’Oxford. « Si les propositions sont bloquées, cela serait une situation très grave et cela repousserait le processus dans son ensemble de dix ans voire plus ».
Seulement une grande partie des eaux Antarctique sont actuellement décrétées « MPA », ce qui correspond à une zone de 94 000 km² près des îles South Orkney.
Etats-Unis versus Nouvelle-Zélande
Les Etats-Unis et la Nouvelle Zélande ont proposé deux options concurrentes visant à transformer la Mer Ross en Antarctique, qui accueille des phoques, des baleines, des poissons, des pingouins et d’autres oiseaux, en l’une des plus grandes réserves protégées du monde. La pêche commerciale dans la Mer Ross, et notamment la pêche de la légine australe, un poisson très lucratif, a été un point de désaccord pour les écologistes.
La proposition américaine protègerait 1,8 millions de km² avec 800 000 km² étant totalement interdits à la pêche et mettrait de côté une « zone de référence scientifique » pour étudier les effets du changement climatique. La proposition de la Nouvelle Zélande protègerait 2,5 millions de km², la pêche étant autorisée dans certaines régions. Les deux pays avaient espéré pouvoir présenter une proposition commune mais n’ont jamais pu parvenir à un accord.
L’Alliance Océan Antarctique, une coalition de groupes environnementaux, a critiqué ces deux plans : celui de la Nouvelle Zélande pour compromettre la conservation en faveur de l’accès aux flottes de pêche du pays ; et celui des Etats-Unis pour ne pas couvrir suffisamment de zones à valeur écologique. Avoir deux propositions concurrentes pour la même région pourrait également faire obstacle à tout accord et laisser la région sans aucune zone protégée.
Par ailleurs, une initiative menée par le Royaume-Uni vise à obtenir une protection pour des zones exposées à l’effondrement des calottes glaciaires autour de la Péninsule Antarctique. Les eaux récemment exposées peuvent rapidement être peuplées d’animaux, les rendant très attractives pour les flottes de pêche, d’après Phil Trathan, directeur de la section de la biologie pour la conservation au British Antarctic Survey à Cambridge, qui a aidé à élaborer la proposition. Protéger ces zones permettrait aux chercheurs d’étudier comment les écosystèmes marins changent après l’effondrement de la glace, ce qui arrivera sans doute plus fréquemment alors que la terre se réchauffe.
Une question éminemment politique
« Nous comprenons beaucoup de questions physiques liées au changement climatique » a déclaré Phil Trathan. « Mais l’une des questions clés est : que sont les conséquences écologiques ? ».
L’Australie a soumis une quatrième proposition, qui entraînerait la création d’un réseau de réserves autour de l’Antarctique. « Les quatre propositions sont très scientifiques » a déclaré Andrew Wright, secrétaire exécutif de la CCAMLR. Mais le succès est loin d’être garanti : « Cela ne tient plus qu’à une décision politique désormais » a déclaré Susie Grant, une scientifique du British Antarctic Survey.
Si les propositions n’emportent pas le consensus d’ici la fin du sommet annuel le 1er Novembre prochain, elles devraient être examinées lors du sommet de l’an prochain. Mais la nécessité que tous les membres soient d’accord avec ces propositions implique qu’un rejet tuerait ces propositions et tout autre plan similaire jusqu’à ce qu’il y ait un changement majeur d’idéologie politique. Sans accord cette année, « la CCAMLR devra envisager avec beaucoup d’attention ce que cela signifie pour les engagements qu’elle a pris en matière de conservation ».