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La Cour des comptes dénonce les coûts du nucléaire et la non transparence des durées de vie  
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Le rapport sur les coûts de la filière nucléaire française de la Cour des comptes vient d’être rendu public.

Le rapport sur les coûts de la filière nucléaire française de la Cour des comptes vient d’être rendu public.

En effet, le rapport de la Cour des comptes sur « les coûts de la filière électronucléaire », commandé par le gouvernement en mai 2011, a été publié mardi 31 janvier. Dans un entretien au Monde, son premier président, Didier Migaud, explique que les magistrats n'ont relevé aucun coût caché, mais que de "nombreuses incertitudes" demeurent sur le démantèlement, la gestion des déchets et la prolongation de la durée de vie des 58 réacteurs d'EDF.


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Selon le rapport, la France doit faire des choix dès maintenant sur sa politique énergétique et l'avenir de son parc nucléaire, et dans tous les cas, il faudrait réaliser de lourds investissements pour maintenir la production d'électricité.

La Cour des comptes dénonce les coûts du nucléaire et la non transparence des durées de vie

« Une chose est cependant claire : les différentes incertitudes relevées par la Cour des comptes vont toutes dans le sens d’un renchérissement du prix de l’électricité nucléaire. Par ailleurs, le verdict de la Cour des comptes est sans appel concernant l’EPR et confirme ce que dit Greenpeace depuis des années : le mégawattheure produit par Flamanville coûtera entre 70 et 90 euros, soit aussi cher que l’éolien terrestre. De quoi sérieusement compromettre l’avenir de ce type de réacteurs », déclare Sophia Majnoni, en charge de la campagne Nucléaire chez Greenpeace France.

Selon le rapport, d'ici à la fin de 2022, 22 réacteurs sur 58 atteindront quarante ans de fonctionnement. Dans l'hypothèse d'une durée de vie de quarante ans et d'un maintien de la production électronucléaire à son niveau actuel [74 % de la production d'électricité], il faudrait donc un effort considérable d'investissement à court terme, qui paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles. Cela signifie qu'à travers l'absence de décision d'investissement, une décision implicite a été prise qui nous engage déjà: prolonger nos centrales au-delà de quarante ans, ou faire évoluer significativement et rapidement le mix énergétique vers d'autres sources d'énergie, ce qui suppose des investissements complémentaires.

Dans son rapport, la Cour des comptes est très explicite : « à travers l’absence de décision d’investissement, une décision implicite a été prise qui engage déjà la France : soit à faire durer ses centrales au-delà de 40 ans, soit à faire évoluer (…) rapidement le mix énergétique ». Elle juge « souhaitable que les choix d’investissements futurs ne soient pas effectués de façon implicite mais qu’une stratégie énergétique soit formulée… ».

En ce qui concerne le renforcement de la sûreté post Fukushima, la Cour fonde son calcul sur l’estimation avancée par EDF de 10 milliards d’euros, que l’ASN elle-même a jugée « optimiste ». Ce chiffre ne pourra être précisé qu’en juin, quand l’ASN aura publié l’ensemble de ses prescriptions. Un exemple : un confinement des piscines situées autour des réacteurs coûterait à lui seul plusieurs milliards d’euros, peut on lire dans un communiqué de presse.

Pour ce qui est des charges de démantèlement, la Cour les estime très sous-évaluées et envisage une augmentation de 50 à 100 %. « Là aussi, il y a toutes les chances que l’aléa soit bien supérieur, note Sophia Majnoni. Aujourd’hui, le coût du démantèlement provisionné s’élève à 18 milliards d’euros, soit 320 millions en moyenne par réacteur. Or rien que pour Superphénix, dont le démantèlement est loin d’être achevé, la facture s’élève déjà à plus de 2 milliards ! »

Enfin, la Cour estime que les évaluations financières réalisées pour les différents scénarios d’accident en France sont tout à fait insuffisantes. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire table sur 70 milliards d'euros pour un accident modéré sur un réacteur, et oscille entre 600 et 1 000 milliards pour des catastrophes comme Tchernobyl ou Fukushima. Or aujourd’hui, les exploitants nucléaires français assurent leurs installations pour 91 millions d'euros seulement.

Pour la société française d’énergie nucléaire, à travers les analyses et les évaluations chiffrées du rapport de la Cour des Comptes se dégagent deux constats essentiels :

·         Le nucléaire se confirme comme  un moyen de production d’électricité compétitif,  moins cher en France que les autres sources d’énergie (à l’exception de l’hydraulique) et s’affirme comme un réel avantage pour l’économie du pays et le pouvoir d'achat des Français.

Cette compétitivité du nucléaire - qui permet aux consommateurs français de payer leur électricité 40 % moins cher que leurs voisins européens - devrait  se maintenir à l’avenir même si les dépenses futures de  la filière (liées au démantèlement des installations et au stockage des déchets) s'annonçaient beaucoup plus élevées que prévu : En effet, l’impact de ces dépenses sur le coût total de production du kilowattheure nucléaire resterait relativement limité (guère plus de 5 % dans les hypothèses les plus pénalisantes envisagées par la Cour). Cela signifie que même si les provisions destinées à couvrir ces dépenses futures étaient revues à la hausse, le nucléaire ne perdrait pas sa compétitivité.Quant aux dépenses complémentaires pour la sûreté et la rénovation des réacteurs,  leur impact devrait être sensiblement plus élevé (de l’ordre de 10 %) mais cela permettrait de prolonger d’une vingtaine d’années la durée de fonctionnement des centrales (sous réserve des autorisations de l’ASN). Là encore, la compétitivité de l’électricité nucléaire serait maintenue.

Notons que ce rapport a été salué par les écologistes qui attendaient depuis longtemps que les estimations du passé soit réactualisées, d'autant plus que le renforcement inéluctable de la sûreté nucléaire va encore renchérir les coûts de l'énergie nucléaire.

Nous vous proposons de lire la réaction de Michèle RIVASI, porte-parole, d'Eva Joly spécialiste du nucléaire:

« Aujourd'hui, la Cour des comptes brise publiquement de nombreux mythes dénoncés depuis longtemps par les écologistes: avec un coût évalué à 30€/MWh il y a quelques années, puis une réévaluation après publication du rapport Champsaur à 42€/MWh (prix de vente actuel) ... le coût du nucléaire actuel serait de 50€/MWh. Mais étant donné que la Cour des comptes n'a pas inclus le coût de la recherche publique dans ses calculs (38 milliards d'euros), le coût initial doublerait pour s'élever en fait à 58€/MWh. Et encore, cette actualisation des coûts ne comprend ni le coût de l'assurance des centrales, ni le coût de Superphénix, ni même celui des anciens réacteurs graphite-gaz.  Par ailleurs le coût du MWh sortant de l'EPR est dorénavant estimé entre 75 et 90 euros, ce qui met l'éolien au même niveau de compétitivité économique. Disons-le clairement: c'est un désaveu pour les promoteurs de l'atome.

Par ailleurs, ce rapport souligne que le coût du démantèlement et du stockage des déchets n'est pas chiffrable aujourd'hui et donc que les estimations avancées par les tenants de l'énergie nucléaire n'ont pas de raison d'être...sauf d'être amenées à augmenter encore et toujours, tels que c'est le cas pour l'enfouissement en couches géologiques profondes que refusent les écologistes, et dont les coûts estimés sont passés de 15 à 35 milliards d'euros. Aussi, concernant le coût du démantèlement provisionné par EDF, il ne sera pas de 15% du coût d'investissement initial (construction) mais d'au moins 37%. C'est tout bonnement scandaleux, c'est à croire qu'on nous a amené volontairement dans une impasse économique pour justifier la prolongation de la durée de vie des centrales au-delà de 40 ans.

Enfin, la Cour des comptes insiste surtout sur l'importance des surcoûts liés à la maintenance du parc nucléaire, avec au moins 55 milliards d'euros d'investissements nécessaires entre 2011 et 2025. Le plus inquiétant finalement, c'est que malgré une augmentation des coûts pour améliorer la sûreté, le risque zéro ne disparaît pas pour autant. Ces investissements semblent irréalistes pour les écologistes: mieux vaudrait privilégier la fermeture des centrales à risque plutôt qu'investir à fonds perdus dans l'illusoire sûreté de centrales qui vieillissent mal.

Le nucléaire est bien la seule technologie que je connaisse dont le coût augmente dans le temps. Normalement, les progrès technologiques et la production en série devraient tendre vers une diminution des coûts comme c'est le cas dans les énergies renouvelables: c'est une ineptie de plus à mettre sur le compte de cette industrie aussi douteuse que coûteuse. La sortie du nucléaire est un impératif économique qu'Eva Joly continuera à porter lors de notre campagne: nous ne voulons pas continuer à hypothéquer l'avenir de la France, et encore moins celui des générations futures ».



Voir aussi :
 - Le Conseil d'Etat botte en touche concernant l'arrêté tarifaire de l'éolien
 - De nouvelles centrales pour de nouveaux biocarburants ?

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