L’avenir du barrage de Xayaburi au nord du Laos va se jouer la semaine prochaine, lors de la réunion des ministères de l’environnement et des ressources en eau du Cambodge, du Laos, de Thaïlande et du Vietnam, à Siem Reap.
En effet, la réunion aura pour objectif de décider de la construction ou non du barrage très controversé de Xayaburi, au nord du Laos, mettant en jeu le destin du Mekong.
Actuellement en phase de « consultation», le barrage de Xayaburi au Laos serait le premier barrage sur le courant principal inférieur du Mékong, fleuve qui prend sa source au Tibet et qui se jette dans la mer au Vietnam.
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Laos : le sort du barrage de Xayaburi sera discuté la semaine prochaine |
Le Laos a promis de retarder la construction de ce barrage, dont l'impact sur l'environnement suscite de profondes inquiétudes de la part des autres pays riverains. Le Vietnam, le Cambodge et la Thaïlande espèrent persuader le Laos de reporter le projet de centrale de Xayaburi, arguant que les études d'impact seraient insuffisantes.
A noter que le Laos, un des pays les plus pauvres de la planète, compte sur l'hydroélectricité pour atteindre ses objectifs de croissance et rattraper son retard.
C'est sur le cours inférieur du Mékong que la centrale électrique du Xayaburi doit produire 1260 mégawatts d'électricité pour le voisin thaïlandais. Cet ouvrage ne serait que le premier d'une longue série. Onze barrages sont prévus sur le seul bas-Mékong.
On dénombre à ce jour quatre barrages sur le cours supérieur du fleuve en Chine. Ceux-ci ont déjà des effets négatifs importants sur l'approvisionnement en eau des pays riverains en contrebas du fleuve. Les organisations écologistes locales redoutent les effets dévastateurs provoqués par de nouveaux barrages sur l'écosystème du fleuve et en conséquence sur les ressources alimentaires de la population. Le fait que le gouvernement laotien ne rende pas publique l'étude d'impact environnemental du barrage est également un signe inquiétant.
Le barrage Xayaburi porterait une atteinte considérable à l'écosystème et au cours du fleuve. Le Mékong est LE cours d'eau de l'Asie du Sud. L'alimentation de millions de personnes dépend de ses ressources en poisson, son delta est le grenier à riz du Vietnam.
Une étude demandée par le comité mixte de la Commission du Fleuve Mékong (MRC) avait d’ailleurs suggéré la suspension pour dix ans de la construction des barrages, le temps de lancer des études complètes sur les risques environnementaux encourus par l'écosystème et les populations riveraines du fleuve.
Mais le MRC n’a pas réussi à prendre de décision quant à la construction ou non du barrage de Xayaburi. La décision a donc été renvoyée devant les ministères. Ces derniers seront appelés la semaine prochaine à étudier le rapport réalisé par le cabinet indépendant finlandais Poyry (commissionné par le gouvernement laotien) sur la conformité et le respect des exigences de la MRC dans la construction du barrage de Xayaburi, peut on lire dans un communiqué de presse.
Le rapport en question doit répondre aux préoccupations soulevées par le Cambodge, la Thaïlande et le Vietnam quant aux impacts de cette construction sur la biodiversité, les pêcheries, l'efficacité des mesures d'atténuation et sa conception.
De son côté, le WWF affirme que ce rapport a été entrepris sans aucune transparence et n'a pas encore été officiellement publié malgré le fait qu’il apparaisse sur un forum en ligne au Laos.
Selon l’organisme, plusieurs incohérences ont par ailleurs été relevées dans ce rapport. Ce dernier indique en effet que le barrage de Xayaburi répond aux exigences de la MRC, mais il révèle pourtant des lacunes dans les donnés biologiques et écologiques ainsi que la nécessité de mener une étude complémentaire sur la migration des poissons.
« Il est ahurissant d’affirmer qu’il existe des lacunes concernant les données et en même temps dire que tout est en règle (…) Le cabinet Poyry recommande de démarrer la construction et de combler les lacunes au fur et à mesure des travaux. Jouer à la roulette avec les moyens de subsistance de plus de 60 millions de personnes ne serait pas acceptable en Europe, alors pourquoi est-ce différent en Asie ? », déclare Jian-Hua Meng, spécialiste hydroélectricité durable pour le WWF.
La décision qui sera prise quant à la construction du barrage de Xayaburi légitimera la MRC et créera un précédent important pour les 10 autres barrages prévus sur le Mékong.
En attendant, le WWF demande aux gouvernements de suivre les recommandations de la MRC et de mettre en place un moratoire de 10 ans sur la construction de barrage qui permettrait de rassembler les données scientifiques nécessaires pour comprendre les réels impacts des barrages sur le cours principal et mettre en place des outils de décision adaptés. Le WWF engage également les pays du Mékong à privilégier les projets de barrage hydroélectriques sur les affluents du Mékong qui ont un impact plus faible.