Quel est le degré de salinité des océans ? Dans les années 1970, les scientifiques rêvaient qu’un satellite puisse fournir la réponse à cette question en mesurant les émissions de micro-ondes provenant des mers.
Et ce rêve est en train de devenir réalité. La NASA prévoit de lancer un nouvel instrument, baptisé Aquarius, le 9 Juin prochain, qui devrait permettre aux chercheurs de surveiller les mesures de salinité au niveau mondial pour aider à répondre à certaines interrogations climatiques urgentes, d'après un communiqué de la NASA.
Du fait que la salinité est liée à la fois à l’évaporation et à la densité de l’eau, les nouvelles données pourraient aider les scientifiques à mieux comprendre certains phénomènes concernant les tendances futures des régimes de précipitations ainsi que la circulation océanique ou la consommation de dioxyde de carbone par l’eau de mer.
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Aquarius dispose d'un ensemble de trois récepteurs radio ultrasensibles qui enregistreront les faibles radiations de micro-ondes émises naturellement par les océans  |
« Cela sera un pas en avant pour la science de l’océanographie » a déclaré le scientifique de la NASA, Eric Lindstrom. Aquarius selon lui pourrait notamment aider les scientifiques à confirmer les théories concernant la façon dont le cycle mondial de l’eau évolue en réponse au réchauffement climatique.
Aquarius prendra son envol dans le cadre d’une mission commune avec la Commission Nationale de l’Argentine pour les Activités Spatiales, qui construit le principal satellite ainsi que d’autres instruments à bord et qui prendra la tête de la gestion de la mission depuis le sol.
La mission intervient après deux échecs de projets de la NASA d’observations de la Terre. En 2009, l’Observatoire Carbone en Orbite (Orbiting Carbon Observatory), qui aurait permis de contrôler les niveaux de dioxyde de carbone, n’a pas réussi à décoller ; tandis que cette année, la sonde Glory, qui aurait réalisé des mesures avancées des aérosols, a subi le même sort.
Aquarius dispose d'un ensemble de trois récepteurs radio ultrasensibles qui enregistreront les faibles radiations de micro-ondes émises naturellement par les océans. Ces émissions varient en fonction de la conductivité électrique de l’eau, qui est directement liée à sa salinité. De plus, les trois instruments seront capables de rassembler les données sur un rayon de près de 390 kilomètres de large, permettant à Aquarius de couvrir l’ensemble des océans du globe tous les sept jours.
Etant donné qu’une grande partie des données concernant la salinité datent de plus de 50 ans et sont le résultat de mesures par bateaux, cela représente une avancée considérable, d’après Tim Boyer, un océanographe de l’Administration Nationale Océanique et Atmosphérique (NOAA) à Silver Spring dans le Maryland.
« C’est déjà largement suffisant pour voir les cycles saisonniers de grande échelle » d’après Tim Boyer, mais les scientifiques ne savent pas exactement jusqu’où ils devront aller avant de voir ce à quoi ressembleront les données.
« Jusqu’à ce qu’on mette le satellite en orbite, on ne saura pas ce que l’on obtiendra ».
Les taux de salinité varient largement au niveau mondial. Les systèmes fluviaux diluent l’eau de mer dans les deltas et l’évaporation peut faire augmenter le taux de salinité dans certaines régions de l’océan pour produire en retour des précipitations qui réduisent la salinité dans d’autres régions. Un soleil fort, combiné à de l’air chaud sec soufflant du Sahara, peut de son côté faire augmenter la salinité au large de la côte ouest de l’Afrique, tout en alimentant des tempêtes susceptibles de se transformer en cyclones dans l’Océan Atlantique.
Ces dernières années, les scientifiques ont commencé à réunir des données concernant la salinité en utilisant le réseau Argo d’observation des océans. Ces sondes réunissent des données dans les profondeurs océaniques et refont surface régulièrement pour transmettre les mesures aux scientifiques sur le rivage. Mais ce système ne réunit des données qu’en deçà d’une profondeur de 4 mètres.
Raymond Schmitt, un scientifique de l’Institution Océanographique Woods Hole dans le Massachusetts, Aquarius pourrait aider à résoudre un décalage apparent entre les modèles du changement climatique et les observations historiques concernant la salinité des océans.
Le réchauffement climatique pourrait faire accélérer le cycle de l’eau. Parce que l’air plus chaud retient davantage d’eau, il pourrait donc y avoir plus d’évaporation, et en conséquence davantage de précipitations et de phénomènes climatiques extrêmes.
Les observations au cours des 50 dernières années semblent confirmer que ces changements laissent leur empreinte sur la salinité des océans : les régions salées deviennent de plus en plus salées, et les régions moins salées sont de plus en plus douces.