D’après un éditorial rédigé par Achim Steiner, Directeur Exécutif du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), le problème des « réfugiés climatiques » est une question importante à envisager dès aujourd’hui.
Voici l'éditorial écrit par Achim Steiner et publié pour la première fois dans l'édition du 11 Mai du journal The Guardian et relayé par un communiqué du PNUE.
« La recherche affirme que des millions de personnes sont déplacées chaque année en conséquence des catastrophes climatiques. Nous devons adopter une approche de précaution.
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En 2008,au moins 36 millions d’individus ont été déplacés par des catastrophes naturelles soudaines  |
Imaginons que le monde n’agissait que dans le cas d’une preuve scientifique à 100%
Nous isolerions encore des bâtiments avec de l’amiante -cause de cancer-, et nous ferions rouler nos voitures avec du carburant au plomb, endommageant le cerveau des bébés. La circulation dans les réfrigérateurs serait également faite par des produits chimiques qui, en amincissant la couche d’ozone protectrice de la Terre, auraient probablement conduit à une forte augmentation des cas de cancer de la peau dans le monde.
Mais ce n’est pas le cas. Dans ces situations, les gouvernements ont évalué la science émergente, ont évalué les risques et ont accepté que la preuve dépassait certaines incertitudes.
Au niveau international, on appelle cela une approche de précaution: vous devez –et je dois- préconiser d’agir de manière responsable, prudente, et de se montrer intelligents.
Le changement climatique provoque peut-être l’un des débats les plus polarisés entre le principe de précaution et ceux qui disent que sans perfection scientifique, il ne s’agit que d’air chaud.
Ce débat a refait surface ces dernières semaines sur la question du changement climatique et de la migration.
Cela a été souligné par une carte, réalisée par un centre collaborant avec le PNUE en Norvège, couvrant les régions sensibles du monde et prévoyant les impacts climatiques.
La carte a été associée à des projections scientifiques, réalisées en 2005 et suggérant qu’il pourrait y avoir 50 millions de « réfugiés climatiques » d’ici 2010.
La présentation de données complexes est un défi pour toute institution publique ou privée, au sujet de la migration, de l’augmentation des populations, de la consommation non durable des ressources, de la pauvreté, et de la guerre civile, tout ce qui contribue à la vulnérabilité des régions face aux catastrophes naturelles et climatiques.
La science a évolué depuis 2005, tout comme le débat concernant la meilleure façon de gérer les personnes affectées par les catastrophes naturelles, en les déplaçant de manière temporaire ou permanente et à l’intérieur ou à l’extérieur de leurs frontières nationales.
Aujourd’hui, la carte est une simplification du message, c’est pourquoi nous avons demandé à ce qu’elle soit retirée du site Internet.
Cependant, la question demeure : des individus sont-ils déplacés à cause du changement climatique et quant sera-t-il à l’avenir ?
Ce sont des questions qui seront probablement dans tous les esprits lorsque le Conseil de Sécurité de l’ONU débattra du changement climatique et de la sécurité en juillet prochain pour passer en revue un certain nombre d’avis et de preuves.
En 2008, des analystes du Pentagone aux Etats-Unis avaient conclu que les phénomènes climatiques extrêmes associés au changement climatique pouvaient conduire à des migrations de masse dans certaines régions du monde.
Cette année, l’Institut International pour les Etudes Stratégiques au Royaume-Uni a déclaré : « Dans les régions ayant des Etats faibles ou fragiles, le changement climatique fera augmenter le risque de pénuries de ressources, de migrations de masse et de conflits civils ».
Certaines tentatives, telles que l’estimation de 2005, ont également essayé d’estimer le nombre potentiel d’individus déplacés.
L’Office des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) et le Centre Interne de Surveillance des Déplacements ont étudié les données pour l’année 2008.
Les données suggèrent qu’en 2008,au moins 36 millions d’individus ont été déplacés par « des catastrophes naturelles soudaines », dont plus de 20 millions ont été déplacés à cause de catastrophes naturelles liées au climat, parmi lesquels 6,5 millions ont dû fuir des inondations en Inde.
« Les recherches provenant d’autres sources suggèrent que plusieurs millions de personnes sont également déplacées chaque année en conséquence de catastrophes climatiques à développement long telles que les sécheresses » ajoute le rapport.
Nous pourrions dire avec une plus grande certitude que de nombreuses personnes sont déjà victimes de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, si seulement la science était capable de distinguer la responsabilité du changement climatique d’autres complexités et défis auxquels sont confrontés de nombreux individus dans le monde.
La question que nous devons nous poser en permanence face à la complexité et à l’incertitude scientifiques, mais également face aux preuves croissantes du changement climatique, est de savoir à quel point la précaution, le bon sens ou la gestion prudente du risque nécessitent une action.
Le rôle des institutions telles que le Programme des Nations Unies pour l’Environnement est de réviser en permanence la science émergente, de la soumettre à une revue attentive et de garantir qu’elle soit disponible pour les législateurs politiques et pour le public.
Déclarer qu’un phénomène tel que le changement climatique n’existe pas tant que nous n’avons pas découvert tous les aspects de la science atmosphérique et de ses impacts sur la biosphère et les êtres humains serait imprudent et irresponsable ».