Le décret autorisant la circulation de 44 tonnes dans le secteur agricole devrait paraître prochainement. C'est ce qu'a annoncé le quotidien Les Echos.
Aussi, sous le poids des lobbies, cet été, plusieurs préfectures ont déjà promulgué des arrêtés. FNE réaffirme son opposition à la généralisation des 44 tonnes, peut on lire dans un communiqué de presse.
Pour rappel, à la demande de la FNSEA et des industries agroalimentaires, le Président de la République et le Ministre de l’agriculture ont remis à l’ordre du jour la possibilité d’une généralisation de la circulation des 44 tonnes sur les routes françaises.
Le décret à paraître devrait autoriser les poids lourds à circuler à 44 tonnes avec 5 essieux pour les produits agricoles et alimentaires entre le lieu de leur production et celui de leur première transformation.
Par ailleurs, plusieurs préfectures ont déjà promulgué des arrêtés préfectoraux, là encore sous la pression des lobbies agro-alimentaires, autorisant la circulation de 44 tonnes avant même la parution du décret national.
Un 44 tonnes, aussi appelé méga-camion, ou bien encore gigaliner, est un camion qui fait entre 18,75 mètres et 25,25 mètres de long, et dont le poids peut aller jusqu'à 60 tonnes. Actuellement autorisés dans plusieurs pays de l'Union européenne et courants en Amérique du Nord ou en Australie, leur expérimentation en France est sujette à de vives polémiques. L’arrivée des mégas camions, ce sera encore plus de camions sur les routes comme le précisent de nombreuses études. Et donc toujours plus de CO2 dans l’atmosphère.
Selon FNE, outre le risque de pollution, la présence des Méga-camions sur les routes augmentera le risque d’accidents graves. « Dépasser un méga camion de plus de 25 mètres est loin d’être une partie de plaisir pour le conducteur. S’ils se déplacent en convoi exceptionnel, nos routes déjà embouteillées seront totalement bloquées », estime FNE.
« Une nouvelle fois, cette dérogation favorise le transport routier de marchandises et reste pour France Nature Environnement une porte ouverte vers une généralisation des 44 tonnes. Toute politique publique visant un rééquilibrage entre les différents modes de transports implique de cesser la course à la baisse des prix du transport routier (...) L’autorisation de circulation des 44 tonnes reste acceptable pour les productions agricoles, pour de courtes distances et dans la mesure où les périmètres sont respectés. Néanmoins la question est toute autre pour les produits agro-alimentaires, analogues à des produits manufacturés, transportés sur de longues distances. Des dérives sont à craindre » , déclare Michel Dubromel, responsable du réseau Transports et mobilité durables de FNE.
l’article 11 de la Loi Grenelle 1 prévoit la réalisation d’une étude d’impacts : « Le Gouvernement présente au Parlement, au plus tard trois mois après la promulgation de la présente loi, un rapport sur les enjeux et les impacts relatifs, d'une part, à la généralisation de l'autorisation de circulation des poids lourds de 44 tonnes et, d'autre part, à la réduction de la vitesse à 80 kilomètres/heure pour tous les poids lourds circulant sur autoroute et à leur interdiction de se dépasser sur ces axes. » Aucune étude n’a été réalisée à ce sujet.
Repris principalement par les associations écologistes, de nombreux arguments viennent s'opposer à l'introduction des méga-camions en France. Le principal argument avancé est qu'en réalisant des économies, le transport de marchandises par la route deviendra encore plus concurrentiel, notamment par rapport à d'autres moyens de transports plus écologiques, comme le fret ferroviaire notamment. Plus concurrentiels, ils contribueraient donc au développement du transport routier, augmentant ainsi les émissions globales de CO2.
Ensuite, l'arrivée de camions plus grands demanderait des travaux d'adaptation sur les infrastructures routières, ainsi que des réparations plus fréquentes en raison de l'usure des chaussées qu'ils provoquent, dont le poids financier serait supporté par les contribuables.
Enfin, les associations font part de leurs nombreuses craintes quant à l'aspect sécuritaire, et aux risques qu'entraînerait la circulation de camions plus longs et plus lourds, notamment en termes de freinage et de dépassements.
Pour l'instant, FNE demeure opposée à la généralisation des 44 tonnes et reste vigilante face à cette nouvelle dérogation pour les produits agricoles et alimentaires. Les dispositions devront être respectées et encadrées à la lettre, peut on lire dans un communiqué de presse.