Selon un tout nouveau article parru dans le Journal of Clinical Oncology, le 21 Juin dernier, des chercheurs de l’Inserm (Unité Inserm 625 - Groupe d'Etude de la reproduction chez l'homme et les mammifères, Université Rennes 1), du CHU de Pointe-à-Pitre (Service d’urologie, Université des Antilles et de la Guyane) et du Center for Analytical Research and Technology (Université de Liège, Belgique) montrent que l’exposition au chlordécone est associée significativement à une augmentation du risque de survenue du cancer de la prostate.
Les résultats de ses recherches sont issus d’un programme de recherche intitulé Karuprostate. Une étude cas-témoin a comparé les caractéristiques de 709 personnes nouvellement atteintes de cancer de la prostate à 723 sujets indemnes de la maladie (groupe témoin). L’un des objectifs spécifiques du programme de recherche est l’étude de l’influence de l’exposition au chlordécone dans la survenue du cancer de la prostate aux Antilles.
Aussi, l’ensemble des participants sont originaires de la Caraïbe (Guadeloupe, Martinique, Haïti, Dominique). Leur inclusion dans l’étude a été réalisée de 2004 à 2007. L’exposition au chlordécone a été évaluée par une méthode originale d’analyse de la molécule dans le sang.
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Cancer de la prostate, l'exposition au chlordécone augmente les risques |
Le chlordécone (ou Képone) est un produitphytosanitaire, pesticide organochloré de la famille du DDT. C'est un polluant organique persistant (POP). Non biodégradable, sa DT50 est évaluée, suivant les conditions, de 3,8 à plus de 46 ans dans les sols. De fortes suspicions de toxicité, alliées à cette persistance, l'ont fait interdire dans de nombreux pays. Les conséquences de son utilisation aux Antilles françaises jusqu'en 1993 ont fait la une des médias français en septembre 2007.
Il est employé pour lutter contre le charançon du bananier. Sa présence persistante dans les sols, les eaux de rivières et les sédiments est à l’origine de la contamination de certaines denrées alimentaires. La contamination des populations antillaises par ce pesticide a été montrée par des travaux antérieurs. Le chlordécone est considéré comme perturbateur endocrinien et classé cancérogène possible pour l’homme par l’OMS, peut on lire dans un communiqué de presse.
Ainsi, selon l'analyse des résultats par les chercheurs, l’exposition au chlordécone est associée à un risque augmenté de développer le cancer de la prostate. Les chercheurs expliquent que cette augmentation de risque est statistiquement significative lorsque les concentrations sanguines en chlordécone sont supérieures à 1 μg/L.
Toujours selon les chercheurs, les hommes présentant des variations génétiques qui diminuent leur capacité d’élimination de la molécule, ont un risque accru de développer la maladie.
Si on veut aller plus loin, une analyse plus fine des résultats montre que le risque n’est pas distribué de manière homogène parmi les individus. En effet, les antécédents familiaux de cancer de la prostate ainsi que la résidence dans un pays occidental (industrialisé), essentiellement la France métropolitaine, modifient l’effet de l’exposition au chlordécone sur le risque de survenue du cancer de la prostate.
"L’interaction avec les antécédents familiaux de cancer de la prostate pourrait être expliquée par la présence de facteurs de susceptibilité génétique communs à la maladie et à la sensibilité aux effets toxiques du chlordécone, mais aussi par des facteurs de risque environnementaux de la maladie, dont l’exposition au chlordécone, partagés par les membres d’une même famille. L’interaction avec la résidence dans un pays occidental pourrait, quant à elle, être expliquée par des expositions environnementales acquises lors du séjour telles que la co-exposition à d’autres agents chimiques ou à des modifications de comportements alimentaires pouvant perdurer au retour aux Antilles", expliquent les chercheurs dans un communiqué de presse.
Le cancer de la prostate est un cancer fréquent touchant la prostate et donc exclusivement l'homme. Ce cancer se développe à partir des tissus de la prostate, une glande de l'appareil reproducteur masculin, quand des cellules y mutent pour se multiplier de façon incontrôlée.
Celles-ci peuvent s'étendre (se métastaser) en migrant de la prostate jusqu'à d'autres parties du corps (surtout os et ganglions lymphatiques).
Le traitement se fait par chirurgie, radiothérapie, thérapie hormonale et parfois la chimiothérapie, ou en combinant plusieurs de ces méthodes.
Le cancer de la prostate est devenu le 1er cancer en fréquence chez l'homme en France et dans les pays occidentaux en général (devant le cancer du poumon). Chaque année, plus de 40.000 hommes sont touchés par le cancer de la prostate. Ainsi un homme sur neuf présentera au cours de sa vie une forme clinique de cancer de la prostate.
C'est la 2ème cause de décès par cancer chez l'homme. Il s'agit donc d'un véritable problème de santé publique. Bien que certains facteurs de risques aient pu être identifiés, la seule arme réellement efficace reste le dépistage précoce systématique.
En attendant, ces résultats scientifiques sont les premiers à suggérer l’existence d’une relation causale entre l’exposition à un perturbateur endocrinien et le risque de survenue du cancer de la prostate.