Béziers, une des plus vieilles villes de France, a connu, dans sa longue histoire, des urbanismes successifs et opposés. Alors que doit prochainement s'ouvrir le nouveau centre commercial de la ZAC de l'Hours de Béziers, nous pouvons nous poser la question de la place du développement durable dans la stratégie urbaine actuelle de la mairie.
Béziers à l'époque gallo-romaine
Quand les Romains fondaient une ville, ils fondèrent une colonie à Béziers, ils commençaient par tracer 2 grandes avenues Nord-Sud et Est-Ouest. Au croisement des deux, ils aménageaient une immense place publique : le forum. Le forum était très grand car il accueillait à la fois commerces, tavernes, temples, bibliothèque, bains publics, bureaux des magistrats. C’est au forum que les juges rendaient publiquement la justice et que les citoyens se réunissaient pour discuter et voter les projets de loi. Les anciens en effet se méfiaient de la délégation de pouvoir et préféraient la démocratie directe.
C’est au forum enfin qu’on allait échanger les nouvelles et qu’on discutait de l’actualité. Le forum cumulait toutes les fonctions urbaines, ne laissant aux autres quartiers que la fonction de dortoir.
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Alors que doit prochainement s'ouvrir le nouveau centre commercial de la ZAC de l'Hours de Béziers, nous pouvons nous poser la question de la prise en compte du développement durable dans la stratégie actuelle de développement urbain de la mairie |
Cet urbanisme très centralisé avait un énorme avantage : en rassemblant et brassant chaque jour toute la population, le forum réalisait entre tous les habitants un tissu de relations d’une richesse incomparable. La ville antique n’était pas une juxtaposition d’individus vivant chacun de son côté mais une vraie société, conviviale, chaleureuse. Personne alors ne souffrait d’isolement et de solitude.
Béziers a connu cette organisation. Son forum était situé place Gabriel Péri.
La ville actuelle de Béziers, un exemple de développement durable ?
Notre ville est devenue l’exact contraire de ce qu’elle fut. Jadis tournée vers son centre, aujourd’hui elle lui tourne le dos. Autrefois harmonieusement organisée, elle s’étend aujourd’hui anarchiquement. Les familles riches ont abandonné leurs hôtels particuliers du centre pour habiter des villas en périphérie. Les couches moyennes ont suivi ce mouvement. A leur tour les principales activités (grands commerces, artisanat, industrie, loisirs) ont émigré vers la périphérie.
L’extension anarchique et illimitée de la ville a des inconvénients graves :
1- Plus la ville s’étend, plus il faut allonger tous les réseaux (adduction d’eau, égouts, lignes électriques et téléphoniques, conduites de gaz, voirie, etc). Comme l’habitat périphérique est dispersé, le coût par habitant de tous ces réseaux croît intolérablement.
2- L’extension de la ville aurait été impossible sans l’extension du transport automobile. En quelques décades, on est passé de l’auto familiale à l’auto individuelle et de l’auto de tourisme utilisée le dimanche à l’auto utilitaire dont on se sert toute la journée, même pour aller tout près de chez soi acheter un journal ou du pain. Le pullulement des autos engorge l’espace public, provoque des bouchons aux heures de pointe et une hécatombe : chaque année en France des milliers de personnes sont tuées (sans compter les blessés) dans des accidents de la circulation. La plupart de ces accidents surviennent non pas sur les routes mais en ville. L’auto a donc rendu la ville dangereuse d’abord pour les automobilistes mais aussi pour les cyclistes, pour les piétons, pour les personnes âgées et pour les enfants qui ont besoin de jouer et de se socialiser dans la rue mais qui risquent de s’y faire écraser.
3- La ville étalée et l’abus de l’auto ont surtout des conséquences sociales dont on parle peu. Après la disparition du forum antique, c’est la rue qui était devenue lieu de rencontre et de socialisation. Mais aujourd’hui c’est en auto qu’on se déplace. Or l’auto empêche les contacts, isole les gens. La vie sociale en ville s’est terriblement appauvrie. Isolement et solitude, inconnus dans le petit Béziers antique, sont devenus le lot de nombreux individus dans le grand Béziers moderne. On commence à réaliser que la ville actuelle isole et fragilise les individus qui, privés de soutien collectif, sombrent dans toute sorte de déviances.
Comment recréer les liens sociaux sans lesquels la ville engendre déviance et insécurité ?
Pour une ville recentrée
1ère tâche : rééquilibrer le commerce. On a accordé trop de permis de construire aux grands magasins périphériques. A force de concentration, ces géants ne sont plus alimentés aujourd’hui que par 5 centrales d’achat. Nous sommes au seuil du monopole qui permettra à ces mastodontes d’imposer leurs prix à tout le monde : prix planchers à leurs fournisseurs et prix plafonds à leurs clients. Il faut privilégier les petits commerces de proximité qui préservent une saine concurrence et où les habitants du même quartier se rencontrent, se saluent, se parlent et finissent par nouer des liens de voisinage.
2ème tâche : Favoriser les déplacements à pied. Rendre aux piétons les trottoirs actuellement encombrés par les voitures en stationnement irrégulier, par les pylônes EDF, par le mobilier urbain. Si prendre le volant rend agressif, aller à pied décontracte, apaise, favorise rencontres et causeries.
3ème tâche : Rendre le centre ville attractif. Gardons-nous de raser les vieux quartiers pour y faire de larges avenues bordées de grands immeubles. Béziers, une des plus vieilles villes de France, possède un patrimoine inestimable et méconnu. Respectons les petites rues et les édifices qui nous racontent l’histoire de nos ancêtres. On doit certes abattre les habitations délabrées et sans valeur, aérer le bâti par de menus espaces verts, de petites places, rendre l’habitat salubre mais dans le respect des particularités du centre ville. Vieux hôtels particuliers, vieilles rues de caractère et monuments historiques, s’ils étaient signalés et mis en valeur, pourraient servir à ramener des habitants aisés. Habiter une rue gallo-romaine, dans ou près d’un bâtiment chargé d’histoire est devenu, à Lyon ou à Fréjus, un privilège recherché. Pourquoi pas à Béziers ?
4ème tâche : restreindre l’usage de l’auto. Les rues étroites du vieux centre sont impropres à la circulation automobile? Tant mieux : c’est un atout pour une nouvelle qualité de vie et de relations humaines. Réduisons la présence des autos dans le centre. D’abord détournons-en la circulation de simple transit. Ensuite par des parkings placés autour du cœur de ville dissuadons les simples visiteurs d’y pénétrer en auto. Les seuls quatre-roues admis dans le centre doivent être ceux des résidents, des livreurs et les véhicules de secours. Le commerce ne souffre jamais de la piétonisation : c’est à pied, pas en auto que consommateurs et touristes peuvent lécher les vitrines. Obligeons enfin tout constructeur de bâtiment à aménager sous le bâtiment des places de stationnement afin de libérer la voie publique.
5ème et dernière tâche : favoriser les échanges entre tous les Biterrois. Béziers a la chance d’avoir, tout près du centre, un vaste espace disponible (allées P. Riquet et place J. Jaurès) qui joue un peu le rôle de l’ancien forum puisqu’il accueille petits commerces, nombreux cafés, grandes opérations commerciales, fête de la musique, foire aux associations, manifestations culturelles diverses, rassemblements politiques. C’est un lieu de rencontre des personnes âgées et un terrain de jeu pour les jeunes. Il suffirait de peu de chose pour que cet espace devienne le rendez-vous privilégié de tous les Biterrois, le lieu de la socialisation urbaine. Béziers renouerait avec le meilleur de son passé et le centre historique en serait le premier bénéficiaire.
Que penser de la ZAC de l'Hours de Béziers ?
Construire près du centre ville le quartier d’affaires et les salles de cinéma qui manquent à Béziers, c’est bien. Bâtir des appartements de qualité à L’Hours plutôt que des villas en périphérie, c’est très bien. Mais aménager au carrefour de L’Hours un vaste ensemble commercial autour d’une ou plusieurs grandes enseignes à grande surface, c’est créer une concurrence dangereuse pour les petits et moyens commerces du vieux centre dont il faut au contraire renforcer l’attractivité.
Le cœur de Béziers, avec son très ancien et très riche patrimoine historique, pourrait être toute l’année un haut lieu du tourisme culturel et un sujet de fierté pour les Biterrois. Mais ce patrimoine n’est guère valorisé. Rien ne signale par exemple où passait à Béziers la voie Domitienne, la plus ancienne route romaine de Gaule. Grâce au vaste espace polyvalent, au forum potentiel que constituent les allées Paul Riquet et les rues commerçantes voisines, le vieux Béziers pourrait redevenir le centre fonctionnel de la ville. Ce n’est pas le choix fait par la Mairie, comme le montre notamment le projet commercial de L’Hours. Dommage...
Robert Clavijo - Mouvement National de Lutte pour l’Environnement (M.N.L.E.)
Association agréée membre du Haut Comité de l’environnement
Comité biterrois du M.N.L.E. 1 bis rue Auber 34500 Béziers Tél : 04 67 76 28 56