Dans le cadre du projet de loi Grenelle 2, les députés ont adopté la proposition de loi visant à suspendre la commercialisation des biberons produits à base de Bisphénol A (BPA). A cet effet, le Réseau Environnement Santé se dit très satisfait de ce vote.
« Les députés ont confirmé la démarche des sénateurs et franchi un grand pas en avant en accréditant les études scientifiques qui prouvent la toxicité du BPA lorsque les nourrissons y sont exposés par la contamination alimentaire, notamment via les biberons. C'est une étape décisive au niveau national. Ceci étant, les mères étant elles-mêmes exposées au BPA par voie alimentaire (au travers des plastiques alimentaires tels que canettes, boites de conserve, film alimentaire, bouilloire...), il faut désormais aller au bout de la logique en protégeant également les bébés allaités et les fœtus exposés via la contamination maternelle. C'est l'ensemble des sources d'exposition alimentaire qu'il faut donc éliminer », a déclaré le RES, dans un communiqué de presse.
Le Bisphénol A (BPA) est un composé chimique issu de la réaction entre deux équivalents de phénol et un équivalent d'acétone, dont la toxicité sur le corps humain est en débat.
La molécule contient deux groupements fonctionnels phénols et fait partie des composés organiques aromatiques. Ses autres noms sont aussi 4,4'-(propan-2-ylidène) diphénol ou p,p'-isopropylidènebisphénol.
Comme le nonylphénol, le bisphénol A est un œstrogéno-mimétique capable de se lier au récepteur α des œstrogènes. Son action serait environ 1 000 fois inférieure à celle de l’œstradiol, mais il est très présent dans notre environnement (environ trois millions de tonnes de BPA sont produites chaque année dans le monde) et dans le corps humain. Le bisphénol est utilisé en particulier dans la fabrication des biberons, ce qui a été interdit pour des raisons sanitaires au Canada.
Le bisphénol A est connu pour s'extraire des plastiques spontanément à très faible dose et plus significativement s'il est nettoyé avec des détergents puissants ou utilisé pour contenir des acides, ou des liquides à hautes températures. 95 % des échantillons d’urine collectés auprès d'adultes américains contenaient des niveaux quantifiables de BPA.
Il peut être accumulé dans les tissus gras. La contamination humaine se fait essentiellement par ingestion mais un passage par les voies respiratoires ou la peau est possible.
En 2007, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) notait en conclusion de son rapport sur le Bisphénol A, sa présence dans les canalisations de transport de l'eau potable et les conteneurs. Elle préconisait que des études soient menées sur la possible propagation de cette substance dans l'eau. L’EFSA fixa alors la dose journalière admissible (DJA) à 0,05 milligramme/kg de poids corporel pour cette substance.
Depuis le 18 avril 2008, Santé Canada, l'office public de santé du Canada, a classé le bisphénol A au rang de substance dangereuse. Le Canada a été ainsi le premier pays à classer au rang des toxiques cette substance, ce qui doit amener États-Unis et Union européenne à se prononcer. Le produit a ainsi été interdit dans certains Etats américains (Chicago, Minnesota, Connecticut et Suffolk County ), tandis que les sénateurs Dianne Feinstein (dém., Calif.), Charles E. Schumer (dém., N.Y.) et Edward J. Markey (rép.) ont déposé une proposition de loi visant à son interdiction pour tout contenant de boisson.
Le 15 août 2008, un rapport de la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis concluait que ce produit ne posait pas de problème de santé humaine aux niveaux d'exposition habituels pour l'homme; ce constat n'est pas partagé par de nombreux scientifiques, y compris au sein d'un groupe consultatif de la FDA qui accuse l'agence de ne retenir que les arguments avancés par les études financées par l'industrie du plastique et d'ignorer une centaine d'études, créant « un faux sentiment de sécurité », alors que d'autres rapports ou études alertent sur les risques liés à ce produit.
En attendant, le RES continuera à œuvrer en faveur de l'interdiction du Bisphénol A dans les plastiques alimentaires et ce afin de protéger les personnes les plus vulnérables : femmes enceintes et jeunes enfants, en particulier les nourrissons allaités. Le RES poursuivra ainsi l'envoi de son bulletin de veille sur le bisphénol A à l'attention des autorités sanitaires et de l'ensemble de la classe politique.
Il sort à cet effet, son 5e bulletin de veille, qui met en évidence 4 études complémentaires sur les troubles du comportement, la confirmation de la contamination au bisphénol A via les biberons, le lait maternel et donc d’autres supports alimentaires type canettes et boites de conserve.