Laurence Tubiana est présente au Sommet de Copenhague sur le climat (COP15) sous l'égide de l'ONU du 7 au 18 décembre 2009 : elle nous en explique les enjeux.
GDF-SUEZ a organisé il y a quelques jours un petit-déjeuner débat dans ses locaux de la rue de la Ville l’Evêque, à Paris. A cette occasion, Gérard Mestrallet, Président-Directeur Général de GDF-SUEZ, a pris la parole pour ouvrir le débat et présenter Laurence Tubiana.
Gérard Mestrallet assure qu’à GDF-SUEZ ils sont « mobilisés en interne et en externe » sur les problématiques du Développement Durable. En effet, GDF SUEZ a investi 1 Md€ en 2008 dans les énergies renouvelables, avec un chiffre d’affaire de 83,1 Md€ pour la même période; ils ont aussi établi une charte de l’environnement, dans laquelle ils marquent leurs engagements en la matière.
Gérard Mestrallet indique que « Le pacte mondial, initié par Kofi Annan il y a quelques années, marche en faveur du Développement Durable et de l’éthique ». Ils ont signé l’accord « Seal The Deal », lancé pour « permettre à Copenhague de trouver un accord important » (plus de 405.000 signatures obtenues).
Laurence Tubiana, fondatrice et présidente de l’IDDRI, Institut du Développement Durable et des Relations Internationales, directrice de la chaire Développement durable de Sciences Po, a aussi pris en charge la mise en place de la nouvelle direction des biens publics mondiaux du Ministère des Affaires étrangères et européennes. Elle participe aux négociations internationales sur le changement climatique. 192 pays sont invités à Copenhague, 985 Organisations non Gouvernementales(ONG) et 67 OIG (Organisations Intergouvernementales).
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Laurence Tubiana, fondatrice et présidente de l’IDDRI, Institut du Développement Durable et des Relations Internationales, a été récemment présentée à la presse par Gérard Mestrallet, PDG du groupe GDF-SUEZ, pour expliquer les enjeux du Sommet de Copenhague sur le climat. |
Laurence Tubiana explique l’importance d’avoir « une vision partagée à Copenhague ». Une démarche constructive des Etats-Unis d’Amérique en la matière aurait un impact majeur sur les autres pays présents au sommet. « Pour ne pas dépasser ces 2° (de réchauffement global des températures par rapport à 1990), il faut que les émissions mondiales soient diminuées par deux d’ici 2050. Ca dessine le budget carbone (CO2) qui nous reste jusqu’à 2050. Tous les pays développés sont au-dessus de leurs émissions de 1990. Pour les grands pays émergents (Chine et Inde), cela veut dire une réduction des émissions…
Ces comptes donnent une image compliquée du futur … Ce futur modèle de développement, personne n’a les clés… Il nous faudrait une économie sans carbone ». Elle précise que « cette équation est extrèmement difficile à boucler. Il y a un an à la conférence des Parties à Poznan (en Pologne)… Cela nous a amené à 750 ppm (taux de carbone dans l’air) au lieu des 450 ppm recherchés. C’est un sujet politique majeur ». D’après les Nations Unies, nous avons déjà subi une augmentation de 0,6°C depuis 1800.
Les négociations à Copenhague ont lieu sur quatre sujets majeurs ; Laurence Tubiana cite : « réduction des émissions, soutien financier, coopération technique, adaptation ».
Au sujet de la réduction des émissions, les pays européens parviennent à 13 % d’objectif de réduction des émissions de CO2, soit environ 10 % de moins que les 25 à 40 % de réduction des émissions demandée par le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC), l’objectif à long terme consistant à parvenir à une réduction drastique de 50 à 80 % des émissions de dioxyde de carbone d’ici à 2050.
Concernant les finances, elle estime qu’il y a des « coûts de transition importants, moins importants que les coûts du changement climatique si on le laisse se développer sans contrôle. Il y a une nécessité d’un support international sur des coûts court terme pour préserver le long terme ». Elle se demande quel devrait être le rôle de la Banque mondiale à ce sujet.
Quant à la coopération technique, elle « ne va marcher que si l’on a une accélération ». Elle aimerait un développement de l’idée de « partenariat – plateforme technologique – avec une mécanique de facilitation de la coopération technologique à Copenhague ».
Enfin, une adaptation qui consisterait non à « compenser les dommages » mais à « aider les pays à développer leurs stratégies… par rapport aux événements extrèmes, assurances, etc. ».
Les positions des pays sont cruciales pour voir si l’on peut parvenir à un accord. « Les PVD (Pays en Voie de Développement) ont beaucoup avancé en deux ans, ils ont souvent un plan climat. Leur effort est loin d’être négligeable »…
Alors que les Etats-Unis auraient envie que les contraintes pèsent plutôt sur les autres pays, les Chinois « sont sur une hypothèse de réductions de 4 à 5 % des émissions carbone en 5 ans… 20 % en 2020 ». Madame Corinne Lepage expliquait en novembre 2009 que les Chinois installaient une éolienne toutes les deux secondes. On sait aussi qu’ils autorisent la construction d’une usine à charbon par semaine…
Laurence Tubiana ajoute que L’Inde déploie un « plan solaire vraiment impressionnant ». Elle remarque aussi avec regret les réticences récentes des pays du Moyen-Orient sur le sujet de la réduction des émissions de carbone : « l’Arabie Saoudite campe sur ses positions, mais maintenant, ils adoptent une nouvelle orientation, ils pensent qu’ils sont ceux qui peuvent développer les énergies de demain ». Elle semble exprimer qu’ils freinent des quatre fers à ce sujet-là…
Il faudrait créer un « marché mondial du carbone, qui permette aux politiques domestiques de se déployer avec assez de coordination… pour que les entreprises accompagnent cette transition. Nous avons besoin de règles qui vont permettre de donner des signaux qui vont pouvoir se déployer dans les économies mondiales. Les espoirs mis dans la finance carbone sont limités par la segmentation des marchés. Est-ce qu’on pourrait imaginer des liens entre marchés européens et marchés américains » ?
Elle ajoute : « Nos 80 % de baisse d’ici 2050 est de toute façon un changement dans l’économie… Il faut avoir un grand débat de société pour savoir ce qu’est le niveau de confort, la perception est différente suivant la société… En Chine, on a un débat très intéressant (actuellement) sur ce qu’est le niveau de confort ».
Les ouvrages se multiplient depuis quelques années, permettant à titre personnel d’avoir une démarche économe en énergie : éteindre les lumières en sortant des pièces, éviter les veilleuses énergivores, éviter de multiplier les sources d’éclairage, se déplacer à pied ou à vélo – comme le conseillait notre ministre Christine Lagarde, critiquée pour ces propos à l’époque (solution assez simple sur de petits trajets…), acheter local, pour les produits frais, et les autres. Pour limiter son bilan carbone, un jeune citoyen français a décidé de n’acheter que des produits de consommation, aliments et autres - originaires au maximum de 150 km autour de chez lui, et il y arrive très bien ... Les sites de covoiturage se développent, comme covoiturage.fr (http://www.covoiturage.fr/).
A l’échelle industrielle, Hervé Casterman, Directeur Environnement Climat à la Direction Stratégie et Développement Durable de GDF SUEZ, soulève le « problème de l’efficacité énergétique ( )… Auparavant, les besoins en énergie étaient limités (moulins à vent, traction animale), maintenant, ils sont bien supérieurs », d’où l’augmentation de la consommation de carburants et d’énergie. Rudolf Diesel (ingénieur allemand, 1858-1913), inventeur du moteur Diesel en 1897, faisait fonctionner à l’origine ses moteurs avec des huiles végétales pures (huile de palme, de tournesol, de colza). Le pétrole a remplacé ces huiles végétales car il était très peu cher à l’extraction et à la transformation à l’époque, bien moins cher que les huiles végétales et disponible en grandes quantités.
Hervé Casterman ajoute : « A 2050, les différents organismes qui ont pu élaborer des scénarios (AFE, WWF, …) estiment, pour les plus optimistes qu’on arrivera en 2050 à 50 % d’énergies renouvelables ». Il nous donne un exemple : « Le Danemark, dans les années 1990, a beaucoup développé l’éolien. En 1999, l’éolien a permis d’apporter 0,19 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) supplémentaire à la production électrique du pays. Or, chaque année, la consommation y a augmenté de 0,16 Mtep : en une année, l’accroissement de la consommation absorbe presque 10 ans d’effort intensif de développement de l’éolien. L’efficacité énergétique est donc la première chose à faire évoluer ». L’objectif est bien d’avoir à service égal une consommation d’énergie moindre pour économiser cette précieuse manne.
Amélioration de l’efficacité énergétique, utilisation d’énergies nouvelles, les démarches se multiplient en ce sens. Par exemple, le Rallye Phébus propose chaque année depuis près de dix ans, fin mai début juin, de rejoindre Barcelone à Toulouse en plus de 400 km grâce à des véhicules électriques équipés de panneaux photovoltaïques.
Les scientifiques développent par ailleurs des procédés de récupération de l’énergie des vagues - un projet est déjà mis en place au large du Portugal -, de la houle – stade d’expérimentation actuellement - ou des courants marins, pour produire de l’électricité (Conférence de la Fondation Cousteau sur le biomimétisme, à Caen, disponible sur YouTube, recherche « biomimétisme Cousteau »).
Des solutions existent, se multiplient, exigeant une capacité d’adaptation et une technologie plus ou moins remarquables, voire un redimensionnemment des vouloirs/pouvoirs de chacun, comme le pouvoir de se déplacer. Comment remettre en question, en tant qu’occidental, cette possibilité si « naturelle » ? Comme l’indique Madame Tubiana, l’équation est délicate à résoudre. Gérard Mestrallet, lui, multiplie avec le groupe GDF-SUEZ les initiatives pour lutter contre le réchauffement climatique.