En matière de transport et de mobilité durable, nous vous avions fait part en fin d’année 2008, de l’initiative d’une jeune société de l’Hérault, en région Languedoc-Roussillon, la Compagnie de transport maritime à la voile (CTMV), qui travaille depuis près de 4 ans sur le transport maritime à la voile, le transport de cargaisons de vins par voiliers.
Quelques mois après cette première approche, nous sommes revenus prendre des nouvelles de la Compagnie de transport maritime à la voile (CTMV) et avons interrogé son patron, Frédéric Albert, qui nous a confié qu'en matière de transport maritime à la voile, la bataille du carbone serait décisive pour les producteurs de vin français dans les années à venir.
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Pour Frédéric Albert, patron de la CTMV qui assure le transport à la voile de vins français vers l'étranger, le bilan carbone est un outil indispensable pour prendre conscience de son impact sur l’environnement pour pouvoir l’améliorer. |
Nous avons donc posé une dizaine de questions à Frédéric Albert, patron de CTMV, sur le transport maritime à la voile, et sur la bataille annoncée du carbone pour les producteurs de vins français.
Pierre Melquiot : « Pourquoi avoir voulu développer le concept du transport à la voile de marchandises en France ? »
Frédéric Albert : « Les enjeux en terme d’environnement sont majeur. D’ici 2020 nous devons réduire considérablement nos émissions de CO2. Et bien que l’ensemble des entreprises s’organisent et investissent pour réduire leurs émissions, le transport maritime reste encore à la traine. Pourtant plus de 80% des marchandises transporté dans le monde transitent par la mer. CTMV compte apporter une solution durable sur des transports de courtes distances. »
Pierre Melquiot : « A quand remonte la création de votre entreprise de transport maritime à la voile ? »
Frédéric Albert : « Le projet est né en 2005. Nous avons du valider un certain nombres d’étapes avant de créer la société CTMV qui est née en Juin 2008. »
Pierre Melquiot : « Etes-vous, avec CTMV, le précurseur en France du transport maritime à la voile ? »
Frédéric Albert : « Nous sommes actuellement les seuls en France et en Europe à proposer ce type de service. »
Pierre Melquiot : « Que transporte à ce jour CTMV ? »
Frédéric Albert : « Notre business model est fondé sur le transport de vin. Ce produit noble se marie bien avec la voile car traditionnellement, les vins étaient transportés par ce biais. Depuis notre société a reçu l’intérêt de grands groupes dans le secteur de la cosmétique, l’agroalimentaire et des spiritueux qui souhaitent réduire leur impact CO2 en nous confiant une partie de leur marchandise. »
Pierre Melquiot : « Combien de voiliers affrète votre compagnie ? »
Frédéric Albert : « Nous affrétons régulièrement 3 navires. »
Pierre Melquiot : « Souhaitez-vous un jour disposez de votre propre flotte, des navires qui seraient conçus et adaptés afin de répondre au transport par voile ? »
Frédéric Albert : « Actuellement, notre flotte est limité en terme de capacité et de navigation car il n’existe en Europe que quelques grands voiliers dont les cales sont toujours disponibles. Ces navires de légende, bien que magnifique sont tous, plus que centenaire. Pour développer notre activité, nous devons construire des navires neufs répondant à des critères éco-responsables. Depuis 2 ans CTMV a élaboré des plans de voilier de transport répondant à nos exigences environnementales et commerciales. »
Pierre Melquiot : « Avez-vous mesuré l’impact carbone du transport de vin à la voile par rapport au transport par routes et par bateau à propulsion classique ? »
Frédéric Albert : « Sur un parcours entre Bordeaux-Dublin, nos calculs, validés par l’ADEME font apparaitre que par la route 43,7 Kg de CO2/T seront rejetés alors qu’avec notre mode de transport seulement 9,8Kg de CO2/T. D’autres calculs sont à l’étude pour comparer nos résultats avec un transport maritime classique. »
Pierre Melquiot : « Le transport maritime du vin à la voile s’annonce donc comme l’un des éléments incontournables pour les producteurs de vins soucieux de diminuer leur impact carbone ? Avez-vous des exemples sur le sujet du bilan carbone en milieux viticoles ? Privilégiez-vous dans vos partenariats ce type de démarche ? »
Frédéric Albert : « La bataille du carbone s’annonce décisive pour les producteurs de vin français. Les attentes des marchés nord européen, canadien et américain en matière de réduction C02 et d’effort sur le packaging est désormais une réalité. Le transport du vin est sans doute l’un des facteurs clé de l’équation. A titre d’exemple, les conclusions du bilan carbone réalisé par le CIVB (Comité Interprofessionnel des Vins de Bordeaux) montrent que pour la production d’une bouteille de vin de Bordeaux et son acheminement jusqu’au revendeur, le transport représente jusqu’à 18% des émissions totales et la bouteille verre 21%. Ces deux facteurs représentent 39%. C’est à ce titre que notre entreprise étudie actuellement un partenariat avec l’un des fournisseurs mondial de bouteille. Pour la production, le bilan carbone est un outil indispensable pour prendre conscience de son impact sur l’environnement pour pouvoir l’améliorer. Dans le cadre de la certification de notre label « transport durable » au niveau européen, nous encourageons les producteurs dans cette démarche. »
Pierre Melquiot : « Quelle est la différence entre CTMV et Fair Wind Wine ? »
Frédéric Albert : « CTMV est la société qui gère les transports maritimes à la voile, « Fair Wind » est une marque commerciale que nous avons créée pour commercialiser les marchandises transportées à la voile. »
Pierre Melquiot : « Quelle sont les grandes étapes à venir ? »
Frédéric Albert : « Notre objectif en 2010 est de commercialiser 300 000 bouteilles sous la marque « Fair Wind » et de lancer la construction d’un premier navire. Le contexte économique difficile que nous traversons devrait favoriser de l’émergence de société plus respectueuse de l’environnement en inventant la société de demain. Il appartient à chacun aujourd’hui d’apporter sa contribution à ce changement. C’est ce que nous témoignent chaque jour les clients et partenaires qui nous rejoignent. »
Pierre Melquiot : « Alors à quand le beaujolais nouveau débarqué en Chine par voiliers ? »
Frédéric Albert : « Notre vocation n’est pas de parcourir de longue distance à la voile. Le projet environnemental que nous défendons est de fournir des solutions de transport de courte distance en utilisant les énergies renouvelable, il faudrait donc plutôt apprendre aux Chinois à faire du Beaujolais à consommer sur place. »
Nous remercions Frédéric Albert pour ses réponses à nos questions et souhaitons bon vent à la Compagnie de transport maritime à la voile (CTMV) et au transport maritime à la voile, qui devrait, nous l’espérons, bénéficier de l’effet attendu du Grenelle de la Mer voulu par Jean-Louis Borloo.
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