Quelles sont aujourd’hui les chances d’aboutir à un accord international sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de Copenhague, en décembre 2009, si l’on en juge par les orientations des trois zones majeures que sont l’Union européenne (UE), les Etats-Unis et l’Asie ?
Quel bilan tirer des plus récentes négociations onusiennes sur le climat, organisées à Bonn du 1er au 12 juin ?
L’UE s’est jusqu’à présent montrée à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique, en s’engageant quoi qu’il arrive à diminuer ses émissions de 20% d’ici à 2020, et même de 30% en cas d’accord international. Ses choix énergétiques la mettent elle en bonne voie d’y parvenir ?
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Quelles sont aujourd’hui les chances d’aboutir entre UE / Etats-Unis / Chine à un accord international sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de Copenhague ?  |
L’arrivée au pouvoir de l’administration Obama a marqué un changement certain outre-Atlantique en matière énergétique et climatique. Que laisse augurer la proposition de loi Waxman Markey ? Enfin, quelles sont aujourd’hui les orientations énergétiques et climatiques de l’autre acteur mondial majeur qu’est la Chine ?
Autant de questions en suspend à quelques mois du sommet sur le climat de Copenhague auxquelles le dernier débat BIP/Enerpresse a tenté d’apporter des réponses.
Pour Anaïs DELBOSC, mission climat de la Caisse des Dépôts, « en l’absence d’accord international, le marché européen restera la principale source de crédits carbone, avec une demande relativement faible : 200 Mt de plus seront autorisées entre 2013 et 2020. Cela ne représente que 10% de l’allocation faite aux industriels européens, qui eux-mêmes ne comptent que pour 40% des émissions européennes. En cas d’accord international, ce volume sera porté à 1 milliard de tonnes. Si l’Europe arrête d’acheter des crédits Kyoto (CER), un certain nombre de projets ne seront plus menés dans les pays en développement. Cela constituera un argument fort dans les négociations post-Kyoto. »
« Quelle est la position de la Commission européenne dans la perspective du sommet de
Copenhague ? Elle souhaite que l’objectif de réduction des émissions de CO2 des pays développés soit fixé à 30% entre 1990 et 2020. Selon elle, les pays en développement devraient réduire leurs émissions de 15 à 30% sur cette période par rapport à un scénario business as usual. L’UE sait qu’il faudra leur apporter une aide financière. La Commission estime à 175 milliards d’euros par an, au niveau mondial, l’investissement nécessaire pour atteindre les objectifs de baisse d’émissions. 50% de ces fonds devraient être engagés dans les pays en développement. »
« Le financement de l’adaptation au changement climatique supposera des investissements supplémentaires venant s’ajouter à ceux nécessaires pour réduire les émissions. Dans un premier temps, la Commission préconise un marché carbone pan-OCDE d’ici à 2015 assorti d’une réforme des mécanismes de projet. »
Pour Valérie NIQUET, directeur, centre Asie, IFRI, la position de l’Union européenne est différente de celle de la Chine. « Le charbon reste l’élément essentiel du mix énergétique de la Chine, en raison de son coût ainsi que de l’importance et de la bonne répartition de ses réserves sur l’ensemble du territoire chinois. »
« Pékin veut avant tout garantir un taux de croissance économique suffisant. Certains, dans l’Empire du Milieu, voient dans le réchauffement climatique un élément utilisé par les pays développés pour tenter de limiter le développement économique chinois. Cette vision ne plaide pas en faveur de résolutions trop contraignantes pour Pékin. Cela dit, on a constaté ces dernières années une évolution de la part de la Chine, au moins dans le discours. »
« Bien que désormais pris en compte, les enjeux environnementaux n’ont encore qu’un effet limité sur la volonté d’engagement de la Chine. La stratégie de Pékin a avant tout pour objectif de donner du pays l’image d’une grande puissance raisonnable sur la scène internationale. Pékin ne souhaite toutefois pas être isolée sur la question du réchauffement climatique. Si le point de vue des Etats-Unis évoluait sur le sujet, elle pourrait donc elle aussi être amenée à revoir sa position. Reste que la position officielle chinoise a pour l’instant peu changé. Pour Pékin, la question du développement reste prioritaire par rapport à celle du changement climatique. »
Sur la position américaine face au problème du changement climatique, Claude HENRY, conseiller scientifique, chaire Développement durable, Sciences Po, « le président Barack Obama et son équipe sont réellement désireux de faire évoluer la position américaine en matière de changement climatique. Leur programme de développement des énergies renouvelables en apporte la preuve. (…)Le Sénat n’a pas encore délibéré sur le projet de loi de l’administration Obama relatif au réchauffement climatique. Il a cependant voté une motion en vertu de laquelle aucune mesure prise dans le cadre de cette loi ne devra faire monter le prix de l’essence. De son côté, la chambre des représentants, dans le projet qu’elle a accepté, a prévu que les quotas de CO2 seraient distribués alors que l’administration Obama prévoyait initialement d’en vendre la plus grande partie aux enchères. »
« Il me semble que Copenhague ne peut être qu’un échec mais j’espère me tromper. Le consensus scientifique du GIEC a été systématiquement en retard sur les faits, du fait qu’il s’agit d’un consensus. Dans le contexte actuel, je ne vois que deux lueurs d’espoirs. La première est la science et la technologie, sur lesquelles il ne faut toutefois pas trop compter. La seconde dépend du mouvement de panique dans les pinions publiques américaines et - pour autant que le concept ait un sens – chinoise » ajoute Claude HENRY.
Anaïs DELBOSC ajoute que dans le cadre de Copenhague, elle « espère qu’un accord international sera trouvé. Mais si tel est le cas, il sera sans doute incomplet et plusieurs points resteront à préciser ultérieurement. »