Quels sont les facteurs à l’origine de la mortalité des abeilles ? Comment expliquer l’accélération de ce déclin depuis vingt ans ? Qu’en est-il en France ? Le dispositif de surveillance est-il suffisamment efficace pour estimer l’ampleur du phénomène et y faire face ? L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a récemment publié un dossier pour faire un point sur les causes de la disparition des abeilles.
Depuis le milieu des années 80, la situation apicole mondiale est marquée par une importante mortalité d'abeilles et de colonies d'abeilles. Les causes de ce phénomène ne sont pas totalement élucidées et sont sujettes à controverse.
Afin de présenter à l'ensemble des parties prenantes intéressées la méthode de travail, les résultats et les recommandations émises dans le cadre du rapport « Mortalités, effondrements et affaiblissements des colonies d'abeilles » et de permettre un débat constructif sur ces questions, l'Afssa a organisé un colloque le 17 juin 2009.
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Depuis le milieu des années 80, la situation apicole mondiale est marquée par une importante mortalité d'abeilles et de colonies d'abeilles. Les causes de ce phénomène ne sont pas totalement élucidées et sont sujettes à controverse. L'Afssa a donc mené l'enquête sur les causes de disparition des abeilles.  |
L’Afssa a en effet tenté de répondre à la question de savoir pourquoi les abeilles meurent actuellement dans son rapport « Mortalités, effondrements et affaiblissements des colonies d’abeilles » publié en février 2009. Car les enjeux sont considérables, tant au plan écologique que financier.
En effet, les abeilles, comme d’autres insectes pollinisateurs, sont essentielles à la survie et à l’évolution des espèces végétales et, de ce fait, sont des acteurs majeurs pour l’environnement et l’agriculture.
Sur la base de l’analyse de l’ensemble des travaux réalisés à l’échelle nationale et internationale sur la mortalité des colonies d’abeilles domestiques, l’Afssa a identifié pas moins de 40 facteurs différents susceptibles d’être incriminés dans ce fléau : des agents biologiques, tels les prédateurs des abeilles, les parasites, les champignons, les bactéries et les virus ; des agents chimiques, - notamment présents dans les produits phytopharmaceutiques - ; des méthodes d’agriculture intensive ; des pratiques apicoles parfois insuffisamment rigoureuses au plan sanitaire.
Si l’impact de nombreux agents biologiques et chimiques est facilement mesurable, il en est tout autrement pour les facteurs de l’environnement, du climat, de certains produits phytopharmaceutiques ou de certaines infections virales. On peut déplorer également la grande méconnaissance des impacts cumulés de ces facteurs et de leurs effets synergiques éventuels sur les colonies d’abeilles.
L’Afssa a tenté de hiérarchiser les différentes causes connues de mortalité des colonies d’abeilles en France. Aux premiers rangs des responsables, on trouve l’acarien Varroa destructor (y compris les méthodes de lutte contre celui-ci), les virus (de type virus de la maladie de la paralysie chronique, CBPV), les champignons Nosema sp. (responsables de la nosémose) et la bactérie Paenibacillus larvae (loque américaine).
D’autres facteurs de mortalité ont été mis en cause : le mésusage apicole de certains produits phytopharmaceutiques agissant contre ces agents biologiques, qui serait responsable de cas rares de mortalité aiguë durant la saison estivale ; la mauvaise qualité d’enrobage par des pesticides des semences de céréales (de maïs, notamment), qui serait à l’origine de plusieurs épisodes d’intoxications aiguës de colonies d’abeilles. Dans ce dernier cas, en effet, les abeilles sont exposées à des poussières contenant des pesticides relargués dans l’air au moment des semis.
Cependant, il n’est pas possible, à l’heure actuelle, de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse qu’une exposition chronique des colonies d’abeilles à certains de ces produits puisse jouer un rôle direct ou un rôle d’adjuvant vis-à-vis de certains agents pathogènes biologiques connus.
Au plan de la surveillance de la situation apicole française, des questions restent en suspens.
En effet, même si les affaiblissements et pertes de colonies ont été signalés davantage dans les zones de grandes cultures agricoles, les statistiques nationales ne permettent pas, à ce jour, de chiffrer précisément l’ampleur du phénomène de surmortalité touchant les ruchers à l’échelle du territoire national. Ainsi, dans le cadre de la surveillance exercée par
les pouvoirs publics pour la filière apicole française, les données publiques ne sont que parcellaires et concernent essentiellement la nosémose et la loque américaine.
À ces difficultés s’ajoute la faible efficacité du réseau de surveillance des troubles sanitaires des abeilles, qui se traduit par le défaut de déclarations de la part des apiculteurs.
Autre problème majeur, l’existence à ce jour d’un seul médicament véritablement efficace contre Varroa destructor. La nosémose et la loque américaine, quant à elles, sont totalement dépourvues de traitements.
L’Afssa propose une série de recommandations destinées à améliorer la situation apicole en France. Parmi celles-ci, figurent la mise en place d’un réseau d’épidémiosurveillance à l’échelle nationale et, pour favoriser les échanges entre les acteurs de l’interprofession du miel, la création d’un institut technique apicole et d’un statut réglementé d’éleveur. Autre recommandation essentielle, la nécessité d’améliorer le système administratif en place, notamment via la mise en place d’agents sanitaires au niveau régional, l’augmentation des visites sanitaires aléatoires et la réactivation du réseau sanitaire des troubles des abeilles.
Enfin, au-delà de la préconisation de mesures coercitives visant au respect de la réglementation en vigueur, l’Agence incite à une plus grande participation des organisations sanitaires de la filière au recensement des ruches françaises et aux actions de prophylaxie collectives. Enfin, autre champ faisant l’objet d’un intérêt croissant, la recherche appliquée, qui doit davantage viser le développement de nouveaux médicaments et de méthodes diagnostiques.
À de nombreux égards, ces recommandations rejoignent celles émises par le député Martial Saddier dans son rapport au premier ministre rendu en octobre dernier. Ce rapport proposait un plan d’action « pour une filière apicole durable », avec, notamment, la création d’un institut technique et scientifique de l’abeille.
Le rapport intégral « Mortalités, effondrements et affaiblissements des colonies d’abeilles » est en ligne sur le site www.afssa.fr.