Ce mardi 19 mai à Paris, suite à la remise du rapport de l’ancien ministre de l’agriculture Jean Puech, Nicolas Sarkozy a présenté ses orientations pour la filière bois en France.
Nicolas Sarkozy, en déplacement à Urmatt, un village situé en Alsace près de la forêt des Vosges, a lancé un plan bois qu’il juge « extrêmement puissant », avec notamment la multiplication « par dix de l'utilisation du bois dans la construction ». L’objectif est pour Nicolas Sarkozy « de favoriser la réorganisation de la filière bois » en France.
Nicolas Sarkozy, au travers d’une série de mesures, souhaite promouvoir l'utilisation du bois dans la construction et l'énergie pour mieux exploiter une « gigantesque source de croissance durable ».
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Nicolas Sarkozy, en déplacement à Urmatt, un village situé en Alsace près de la forêt des Vosges, a lancé un plan bois qu’il juge « extrêmement puissant », avec notamment la multiplication « par dix de l'utilisation du bois dans la construction ».  |
Nicolas Sarkozy a ainsi annoncé la création d'un fonds d'investissement pour la filière bois doté d'une enveloppe qui pourrait atteindre les 100 millions d'euros, fonds constitué par des opérateurs privés comme Eiffage ou le Crédit agricole et l'Etat, dont l’objectif sera de « faire émerger un tissu d'entreprises de taille suffisante », ainsi que de « structurer la filière. »
Ces mesures permettent d’envisager une mobilisation accrue de bois en France, mais les Amis de la Terre déplorent l’absence de mesures structurantes pour préserver la biodiversité et relocaliser l’économie forestière.
Changements climatiques, réduction des émissions de gaz à effet de serre, crise énergétique, préservation de la biodiversité, autant d’enjeux pour lesquels la forêt et le bois offrent de formidables opportunités. Un équilibre est donc nécessaire pour garantir à la fois une mobilisation importante du bois, l’indispensable protection de la biodiversité et les usages les plus efficients tel le bois de construction.
« Récolter plus de bois tout en préservant mieux la biodiversité », telle était la devise du Grenelle de l’environnement à propos des forêts française. Et pourtant, il est impossible de récolter davantage de bois sans avoir restauré la qualité des écosystèmes forestiers pour leur assurer un fonctionnement pérenne. Les Amis de la Terre ont donc proposé deux mesures structurantes à Monsieur Puech : Protéger de façon efficace et représentative la diversité des écosystèmes, en créant des espaces sans exploitation forestière couvrant 10% d la surface forestière française ; Inscrire dans la loi forestière la nécessité de conserver en forêt au moins 25% de la production biologique.
Ces deux mesures pourtant simples à réaliser et efficaces n’ont pas été retenues par Jean Puech.
Sylvain Angerand, chargé de campagne Forêts pour les Amis de la Terre, explique : « Nous en avons assez des promesses sur la biodiversité. Le Gouvernement a, par exemple, pris l’engagement de créer un parc national de forêt de plaine mais les sites proposés ne présentent qu’un faible intérêt en terme de biodiversité : c’est un marché de dupe. Sous prétexte de s’adapter au changement climatique, le rapport Puech propose d’intensifier la sylviculture, d’introduire des arbres exotiques et de raccourcir les rotations : pourtant de nombreux scientifiques préconisent l’exact inverse c'est-à-dire laisser vieillir les arbres pour stocker davantage de carbone, aller vers une sylviculture de bois de qualité et favoriser la diversité des arbres pour que la forêt s’adapte plus facilement aux changements climatiques . Oublions le principe de faire partout quand c´est une logique de faire là où c´est possible qui prévaut ! »
Pour François Lefèvre, responsable de la politique forestière à France Nature Environnement, « Il est évident que la part d´énergies renouvelables consommées doit nettement s´accroître et nous accueillons avec satisfaction la part belle accordée à la biomasse, le bois en majorité. Néanmoins, même si, globalement, les volumes de bois prélevés annuellement dans nos forêts sont nettement inférieurs à la production annuelle, cela cache des biais et disparités importants, des raccourcissements des révolutions dommageables à la biodiversité et des espaces où les prélèvements sont déjà à l´optimum ».
Aussi, trouver ensemble les voies d´une mobilisation accrue qui ne mettrait pas en péril ni la biodiversité, ni l´équilibre entre les différents usages des bois et promouvoir les usages les plus durables du bois (construction).
Par ailleurs, un plan de mobilisation du bois ne peut pas faire l'impasse sur le sujet tabou de la filière bois : la dépendance aux importations, qui représente le deuxième poste de déficit commercial de la France.
Pour Sylvain Angerand, « il est possible de réduire drastiquement les importations de bois, notamment celles en provenance des forêts boréales ou tropicales, en valorisant mieux le bois des forêts françaises. Les propositions du rapport Puech vont dans le bon sens mais ne sont pas encore assez pertinentes. Nous proposons une véritable planification pour éviter la surexploitation des massifs les plus accessibles, des mesures qui ciblent de façon spécifique les petites entreprises de la filière bois et demandons un engagement politique fort pour soutenir les filières courtes. Les mesures annoncées aujourd'hui risquent plutôt de renforcer les grosses entreprises et les importateurs et d'exclure les plus petites entreprises qui jouent pourtant un rôle indispensable dans les territoires ruraux ».
Enfin, les Amis de la Terre demandent un vrai débat de société sur les usages du bois. Sylvain Angerand explique : « Le bois est une ressource renouvelable mais pas illimitée. Il est temps d’apprendre à partager et de faire des choix, par exemple, en réduisant la consommation de papier pour valoriser les déchets de scieries et les bois d’éclaircies en bois énergie plutôt qu’en papier. »
Au final, les Amis de la Terre regrettent le manque d’équilibre de ce nouveau « plan bois », concocté par le même cercle d’experts de la filière bois qui élaborent les politiques forestières depuis des années, et l’absence d’ouverture vers la société civile au sens large (collectivités locales, syndicats, associations).