Le monde peut consommer seulement un quart des réserves de pétrole, de gaz et de charbon pour être certain de rester dans des limites acceptables de réchauffement pour le climat, à moins que certaines technologies pas encore testées à ce jour de fixation du dioxyde de carbone ne fonctionnent, d’après ce qu’ont déclaré des experts la semaine dernière.
Dans deux études publiées par le journal Nature, ces scientifiques posent les bases d’une action climatique urgente alors que le monde tente de trouver d’ici la fin de l’année un accord sur un nouveau traité pour remplacer le Protocole de Kyoto.
Les individus pourraient ne plus pouvoir consommer du pétrole, du gaz et du charbon dans leurs foyers, leurs voitures et leurs usines après 2024, aux taux actuels de consommation et d’émissions, si le monde veut avoir une chance sur cinq de ne pas dépasser le seuil critique des 2°C de réchauffement climatique, d’après l’un des articles.
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Même un réchauffement de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels pourrait avoir un impact important  |
« Cela met sérieusement en question tout investissement dans de nouvelles exploitations de carburants fossiles » indique Malte Meinshausen, de l’Institut Postdam, qui a dirigé l’étude.
« Cela nous pousse à parier sur les technologies qui sont actuellement encore très incertaines, mais sans lesquelles nous nous dirigerons probablement vers une augmentation des températures de 3 ou 4°C » a-t-il ajouté, faisant référence aux systèmes de fixation du dioxyde de carbone, qui captent le CO2 provenant des cheminées des centrales électriques ou des pots d’échappement des voitures pour l’empêcher d’aller dans l’atmosphère.
Les deux articles font concorder les émissions mondiales totales avec le réchauffement climatique d’ici une certaine date, dans une nouvelle « approche du budget carbone », qui pourrait contribuer aux discussions des Nations Unies sur le climat en montrant aux participants l’impact climatique de tout accord à Copenhague pris en décembre.
Un élément important d’inquiétude est l’incertitude –atteindre même le plus ambitieux des objectifs de réduction de dioxyde de carbone pourrait tout de même conduire à un changement climatique privant d’eau des milliards d’individus et faisant augmenter le risque d’inondation pour des millions d’autres.
« Nous ne saurons pas, nous ne résoudrons pas ces incertitudes avant d’avoir réalisé des réductions majeures de nos émissions » a déclaré Myles Allen de l’Université d’Oxford, qui a dirigé la deuxième étude.
Les émissions de dioxyde de carbone augmentent d’environ 3% par an en moyenne au niveau mondial, mais ce taux pourrait chuter de manière temporaire en conséquence de la récession économique mondiale.
Sans mesure urgente, le problème du réchauffement climatique pourrait devenir rapidement hors de contrôle, devenant très difficile voire impossible à contenir dans des limites supportables, d’après les résultats des deux études.
Même un réchauffement de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels pourrait avoir un impact important, par exemple en faisant fondre la calotte glaciaire du Groenland, ce qui provoquerait une augmentation du niveau de la mer de 7 mètres, ou en aggravant les sécheresses dans des régions telles que l’Australie, l’Europe du sud ou le sud-ouest des Etats-Unis.
La lutte contre le changement climatique sera cependant très chère, notamment pour remplacer les carburants fossiles bon marché par des énergies renouvelables plus coûteuses mais moins émettrices de gaz à effet de serre.
Les deux études publiées dans le journal Nature préconisent que les émissions mondiales doivent atteindre un pic d’ici 2020 au plus tard avant d’amorcer une descente.
« Des réductions tardives et rapides sont risquées, chères et perturbantes, et donc potentiellement irréalisables politiquement » indiquent les chercheurs dans un commentaire réalisé de manière commune pour le journal Nature.
La deuxième étude indique que les individus pourraient émettre seulement 500 milliards de tonnes de dioxyde de carbone supplémentaires, ce qu’ils feraient d’ici les quarante prochaines années au rythme actuel. Cela implique une chance supérieure à 50% de dépasser le seuil des 2°C d’augmentation des températures.
Un objectif plus sûr serait de limiter les émissions à 200 milliards de tonnes d’ici 2050, d’après la première étude, pour ne plus avoir qu’une chance sur quatre de dépasser les 2°C de réchauffement.