Les Inuits d’Alaska, les aborigènes australiens et les Pygmées du Cameroun affirment avoir un message à annoncer au monde : les traditions indigènes peuvent constituer une arme puissante contre le changement climatique.
Lors d’un sommet débutant lundi à Anchorage en Alaska, près de 400 peuples indigènes venant de 80 nations sont rassemblés pour diffuser ce message dans l’espoir qu’il pourra être un élément clé des négociations internationales sur le changement climatique.
« Nous ne voulons pas seulement être considérés comme les victimes impuissantes du changement climatique » a déclaré Patricia Cochran, une indigène de la tribu Inupiat de Nome en Alaska, qui préside le Sommet Mondial des Peuples Indigènes sur le Changement Climatique.
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Les peuples indigènes vont profiter du Sommet pour faire état des changements climatiques qu’ils sont les premiers à observer. |
« Notre conférence est réellement motivée par notre volonté de devenir des leaders en matière de lutte contre le changement climatique parce que nous avons la capacité de transmettre des informations collectées par nos communautés au reste du monde » a indiqué Patricia Cochran.
Les traditions indigènes sont rarement statiques, a-t-elle ajouté, en précisant que les peuples indigènes s’étaient toujours adaptés aux changements climatiques et environnementaux.
Par exemple, d’après elle, le peuple Inuit en Alaska a repris l’habitude d’utiliser des traîneaux de chiens traditionnels à la place de machines à neige moderne, depuis que leur région froide se réchauffe.
« Les individus sortent avec leurs machines à neige, tombent à travers la glace et on ne les voit plus jamais » a-t-elle indiqué. « Mais nos chiens de traîneaux nous disent lorsque la glace n’es pas sûre, et il est beaucoup plus facile de les nourrir que de payer les prix de l’essence que nous avons, 10 dollars le gallon, dans la plupart de nos villages ».
Le sommet des Peuples Indigènes est organisé à environ 800 kilomètres du village de Newtok en Alaska, où l’intensification du courant du fleuve et la fonte du pergélisol ont obligé les 320 habitants à se déplacer dans un lieu plus élevé en altitude à environ 16 kilomètres de leur village d’origine, en conséquence du changement climatique. Ce genre d’exil lié au climat est appelé « climigration » en anglais.
Newtok est la première victime officielle en Arctique du changement climatique. Une étude du Corps d’Ingénieurs de l’Armée Américaine indique que 26 autres villages d’Alaska sont en danger immédiat, avec 60 autres qui pourraient être menacés dans les dix prochaines années, d’après Patricia Cochran.
La « climigration » menace également les îles Carteret dans le Pacifique Sud, où l’augmentation du niveau de la mer oblige les 3000 insulaires à s’installer en Papouasie Nouvelle-Guinée, a déclaré Sam Johnston de l’Université des Nations Unies, un co-sponsor du Sommet.
Tandis que les peuples indigènes devraient être les premiers touchés et les plus affectés par le changement climatique, et sont ceux qui y ont le moins contribué, leurs savoirs traditionnels les aident à faire face à ce phénomène, d’après Sam Johnston.
Au nord de l’Australie, les aborigènes ont des pratiques traditionnelles de contrôle du feu –et font brûler de petites quantités tout au long de l’année plutôt que de laisser se développer de gigantesques feux de forêt-, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre.
Cela leur a permis de vendre 17 millions de dollars de crédits de carbone à l’industrie, d’après ce qu’a déclaré Johnston.
En Afrique, les Pygmées Baka du Cameroun et Banbendzele du Congo ont mis au point de nouvelles pratiques de pêche et de chasse pour s’adapter à la diminution des précipitations et à l’augmentation des feux de forêt.
Les peuples indigènes vont profiter du Sommet pour faire état des changements climatiques qu’ils sont les premiers à observer.
Par exemple, les villageois de Dayak dans l'île de Bornéo ont remarqué l’impact du changement climatique sur les espèces d’oiseaux, sur le niveau de la mer et ont constaté une diminution de la quantité de plantes utilisées pour la médecine traditionnelle.
Dans les Andes, les changements de température ont affecté l’agriculture et la santé des individus, causant davantage de maladies respiratoires, et une réduction de la saison de culture.
Le Sommet prendra fin vendredi et les participants prévoient de rédiger une déclaration qui demandera aux gouvernements du monde d’inclure les peuples indigènes –soit 350 millions d’individus- dans tout nouveau pacte climatique international.