La pollution de l'air dans le métro parisien sous-évaluée ? - 24 juin 2007 - 10:20 (Par Pierre Melquiot)

La pollution de l'air dans le métro parisien sous-évaluée ?
La pollution de l'air dans le métro parisien sous-évaluée ?

La pollution de l'air dans le métro parisien serait-elle sous-évaluée ? Usagers et employés du métro de Paris sont-ils exposés à la pollution de l’air lors du passage des rames ? La Ratp a présenté, lors d'une conférence de presse, les données collectées sur la qualité de l'air dans le métro parisien, et notamment le suivi des microparticules, des particules en suspension dans l’air.

Or, ces mesures « mettent en évidence un niveau élevé de particules émises pour l’essentiel par les systèmes de freinage du matériel roulant. Cette spécificité du mode ferroviaire est connue et se retrouve dans tous les réseaux de métro en France, en Europe et dans le monde. La mise en oeuvre d’actions concrètes vise à ce que la qualité de l’air de nos espaces s’améliore entres autres par réduction de l’émission de telles particules. »

La quasi-totalité des microparticules présentes dans le métro parisien proviennent en effet du meulage des rails pour éviter le crissement des wagons et par les systèmes de freinage mécanique des rames, exposant ainsi usagers et employés.

Pour la Ratp, « l’air intérieur ne peut cependant être comparé à l’air extérieur, ce qui explique que la différence des normes s’avère plus complexe à établir. Il n’y a à ce jour, aucune valeur réglementaire concernant les espaces clos quels qu’ils soient : habitation, modes de transports, magasins ou cinémas… » Les travaux de l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur (OQAI), créé en 2001, et qui portent essentiellement sur les logements et les écoles, devraient permettre à terme de fixer des normes, précise la Ratp.

« Concernant les transports, en liaison avec les autorités et des organismes scientifiques indépendants, la RATP mesure et étudie, la qualité de l’air dans ses espaces dans le cadre des préconisations et recommandations du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (CSHPF). Dans l’air du métro on ne retrouve pas par exemple d’Ozone, un polluant connu pour sa toxicité dans l’air parisien et qui est souvent à l’origine de la mise en oeuvre de la procédure d’information et d’alerte pour pic de pollution. En revanche on y trouve un taux de poussière plus élevé qu’à l’extérieur, » ajoute la régie de transport.

La Ratp note que le Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France a émis en 2001 des préconisations en établissant des valeurs moyennes à respecter par rapport à un passage dans les emprises du métro de 2 heures, correspondant au temps de voyage moyen estimé par le CSHPF alors que la durée moyenne du voyage est estimée par la Ratp à 50 minutes.

En 2001 déjà, des études avaient mis en évidence la pollution de l'air respiré par les usagers dans le métro parisien. Cette pollution de l’air dans le métro de Paris était alors jugée largement plus nocive que celle en surface, un constat dressé par la RATP elle-même, lors de campagnes de mesures effectuées à la demande de la régie. Les responsables de cette pollution était alors les particules en suspension générées par les systèmes de freinage et de guidage des rames, et le benzène, un polluant cancérigène.

Le Ministère délégué à la santé signalait à cette époque que « des contrôles ont mis en évidence des niveaux élevés de particules en suspension dans le métro et le RER parisiens et provenant principalement des systèmes de freinage et de guidage des trains. »

Le Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF) avait alors constitué un comité d’experts chargé d’apprécier la situation pour les usagers du métro parisien. Dans deux avis adoptés le 5 avril et le 3 mai 2001, le Conseil recommandait une approche de prévention afin de protéger la santé des usagers, notamment les plus fragiles (asthmatiques, enfants, personnes âgées etc.), et en particulier : « la mise en place d’un système de surveillance des concentrations de particules sur les quais, dans les couloirs et dans les rames ; la mise en œuvre d’études complémentaires sur les autres polluants susceptibles d’être présents ; l’adoption d’une méthode pour calculer des valeurs de référence horaires pour les particules, s’inspirant des seuils recommandés par une directive européenne portant sur l’air ambiant extérieur. Les valeurs de l’ordre de 480 µg/m3 dès maintenant et de 350 µg/m3 à terme sont proposées, sur la base d’une présence quotidienne maximale dans le métro de deux heures. »

Les ministères chargés de l’environnement, de la santé et des transports avaient alors demandé à la Ratp et à la SNCF « d’approfondir les travaux d’identification des sources de pollution et de prendre les mesures de surveillance et de réduction des concentrations aéroparticulaires qui leur incombent. »
Signalons que la Ratp a créé une délégation générale à l’écologie urbaine qui a comme priorités d’action : les nuisances sonores, les traitements des déchets, la réduction de la pollution de l’air et de celle de l’eau. Par ailleurs, lors des pics de pollution de l’air à Paris la Ratp va au delà des mesures réglementaires en augmentant son offre de transports, notamment en dehors des heures de pointe.

Par ailleurs, elle a mis en place 3 études qui sont en cours, au niveau de la santé de ses employés. Une première étude métrologique a été réalisée entre 2003 et 2005 auprès de 280 personnels de la Ratp représentants 4 catégories socioprofessionnelles exerçant leur activité dans le réseau souterrain (agents de stations, agents mobiles…). Il s’agissait de mesurer, par prélèvements individuels, l’air inspiré par ces agents dans le cadre de leurs fonctions.
Selon la Ratp, cette étude confirme que le niveau de particules dans le métro est conforme aux préconisations du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France, celui relevé dans le RER étant légèrement supérieur. Ces mesures confirment celles relevées par les stations permanentes implantées sur le réseau, validant ainsi leur implantation.

Une autre étude de santé, effectuée auprès d’agents actifs de la Ratp, étudie les liens entre des aspects sanitaires et le temps passé dans les enceintes ferroviaires. Cette étude est menée en collaboration avec un comité scientifique de l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS), de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS), de l’Institut Interuniversitaire de Médecine du Travail de Paris Ile-de-France, du Service de Pneumologie de l'Hôpital Bichat et du Centre Hospitalier Intercommunal de Créteil. Les résultats, portant sur 2000 agents (dont la moitié travaillant dans les espaces souterrains du métro ou du RER), seront connus fin 2007 / début 2008.

Les premières constatations (concernant les résultats des 800 premiers participants) suggèrent que la santé respiratoire des personnels travaillant dans les enceintes ferroviaires souterraines du métro et du RER est comparable à celle des autres salariés de l’entreprise travaillant hors de ces espaces.

Enfin, la Ratp s’est engagée depuis 2002 dans une vaste étude de mortalité (EDGAR) avec le Département Santé Travail de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS). Cette étude porte sur l’ensemble des agents salariés le premier janvier 1980 ou embauchés après cette date. Cela représente 68 000 agents. Il s’agit d’étudier les causes de décès générales et spécifiques du personnel sur la période 1980 / 1999. Les premiers résultats de l’étude EDGAR montrent une sous mortalité globale du personnel de la Ratp par rapport à la population de l’Ile-de-France.

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