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Environnement et santé publique pourquoi valoriser les huiles usagées ? - 11 mai 2007 - 15:45 (Par Philippe Aujard )
Environnement et santé publique : La valorisation des huiles usagées serait un bienfait pour l’environnement et la santé publique. Diminuer les émissions de gaz à effet de serre dans l’environnement, réduire les pollutions quelle qu’en soit leurs origines sont devenus des sujets de préoccupations de nombreux pays, et cela même si tous n’ont pas les mêmes priorités vis-à-vis de la préservation de l’environnement, au nom, plus ou moins avoué, de sacro-saints intérêts économiques. Les impacts sur l’environnement et la santé des différentes pollutions sont étudiés et dénoncés par un nombre toujours croissant de scientifiques à travers le monde. En fonction de leur formation ou tout simplement de leur sensibilité, ces scientifiques accumulent faits et chiffres sur les dérèglements climatiques, sur la faune, la flore mais aussi sur la santé publique.
Notons que le focus a été particulièrement mis ces dernières années sur la pollution de l’air par les émissions de CO2 et de SO2 et autres gaz à effet de serre ; C’est ainsi que les carburants d’origine fossile ont été mis sur la sellette car ils seraient les premiers fautifs puisque très fortement utilisés dans la production de chauffage, d’essence, de gasoil, … Grâce à la hausse des prix du pétrole et à l’augmentation des subventions gouvernementales pour les énergies alternatives, l’éthanol est devenu, au fil du temps, le biocarburant le plus en vogue, non seulement aux Etats-Unis mais aussi en Europe. Pour cette dernière, depuis la parution des directives européennes de 2003, les biocarburants peuvent être utilisés en mélange à hauteur de 5% de bio diesel dans le gasoil et de 5% d’éthanol dans l’essence. On assiste donc à une très forte demande d’éthanol dont les principaux fournisseurs actuels sont les Etats-Unis et le Brésil. En y regardant de plus prés, ces biocarburants sont principalement issus du maïs, que l’on sait ne pas être exempt de reproches quant à ses impacts éthiques (ils sont à plus de 90% des OGM) sur l’environnement (gros consommateur d’eau) sur le système alimentaire de la planète (l’expansion du maïs se fait au détriment du blé, du riz et autres denrées moins lucratives pour les agriculteurs ce qui les rend plus chers). Parmi les alternatives au maïs, il y en a une qui mérite toute notre attention, c’est celle des biocarburants fabriqués à partir d’huiles alimentaires usagées. Pourquoi ? parce que ces huiles retraitées vont servir à la fabrication de biocarburants moins polluants que les carburants d’origine fossile et donc contribuer à la préservation de notre environnement. Pourquoi encore ? parce que la valorisation de ces huiles évitera qu’on les jette à l’égout comme c’est encore très souvent le cas avec tous les impacts que l’on peut imaginer sur l’environnement et les coûts, supportés par la collectivité, de traitements des canalisations et stations d’épuration. Mais encore ?parce que la valorisation de ces huiles permet de financer en partie la recherche d’huiles alimentaires moins riches en acides gras responsables du mauvais cholestérol qui a des effets néfastes sur la santé (obésité, maladies cardio-vasculaires,…). C’est le défi qu’ont relevé McDonald’s France et Sud Récupération : améliorer le profil nutritionnel des produits frits en diminuant considérablement leur teneur en acides gras et contribuer activement à la diminution des émissions des gaz à effet de serre en utilisant les huiles alimentaires usagées et retraitées dans la fabrication de biocarburants. McDonald’s France fournit quelques chiffres pour souligner l’intérêt de la démarche : Les huiles alimentaires utilisées jusqu’à présent dans les restaurants de l’enseigne contenaient 12% d’acides gras « trans » et 15% d’acides gras saturés, ce qui était déjà 2 à 3 fois moins élevé que dans les huiles de friture généralement utilisées. Aujourd’hui, l’enseigne McDonald’s France utilise une variété d’huile à base d’un mélange d’huiles enrichi en oléique : 25% de colza oléique, 65% de tournesol oléique et 10% de colza classique non hydrogéné. Ce résultat permet de faire tomber le taux d’acides gras de son huile de cuisson à 2% d’acides gras « trans » et 10% d’acides gras saturés. Voilà pour la santé public ! Du côté de l’environnement, la quantité d’huile alimentaire utilisée en France est d’environ 71.600 tonnes par an dont 17.000 tonnes pour les besoins de l’enseigne ; Sur cette quantité seules 25 à 26.000 tonnes sont récupérées, le reste est tout simplement jeté à l’égout, étonnant quand on sait que la loi sur l’environnement du 13 juillet 1992 prévoit pour les contrevenants une amende pouvant aller jusqu’à 75.000 € assortie de 5 ans d’emprisonnement ; L’explication vient peut être du déficit économique actuel de l’opération : une tonne d’huile alimentaire usagée collectée et traitée coûte 600 € et sa valorisation ne se fait qu’à hauteur de 300 € la tonne soit une charge de 30 € supportée par le restaurant. Enfin pour ce qui est du biocarburant : Sud Récupération a ainsi traité 9000 tonnes d’huiles alimentaires usagées en 2006 pour une capacité de 17.000 tonnes. Pour 9000 tonnes d’huiles usagées entrant ce sont 6700 tonnes sortant d’huiles prêtes à être traitées pour la fabrication de biocarburants (norme EN 142214). Soulignons que les restaurants McDonald’s demeurent propriétaires de leurs huiles jusqu’à leur destination finale (usine Vital à Dusseldorf en Allemagne), grâce au système de traçabilité mis en place dès 2001 pour s’assurer que ses huiles soient recyclées dans une filière distincte de celle de l’alimentation animale. Reste deux interrogations : Les Etats-Unis assurent 40% de la production mondiale de maïs et sont, avec le Brésil, les principaux producteurs de bio éthanol. Une solution alternative telle que la valorisation des huiles alimentaires usagées, même si elle représente encore faible en tonnage, ne sera-t-elle pas perçu à terme par les Etats-Unis comme une menace ? Selon Mark Rosengrant, directeur à l’International Food Policy Research Institute, le prix des graines oléagineuses devrait augmenter de 26% d’ici 2010 et de 76% d’ici 2020 ; quid des conséquences humanitaires en particulier pour les pays pauvres pour qui une augmentation des prix des denrées alimentaires de base pourrait avoir un effet dévastateur ? Retrouvez toutes les actualités de l'environnement, du développement durable et de la santé du jour
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