Changement climatique combien de degrés de plus pour la Terre ? - 28 janvier 2007 - 08:20 (Par Pierre Melquiot)


Changement climatique combien de de degrés plus pour la Terre ?

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), créé en 1988, a pour mission d'expertiser l'information scientifique, technique et socio-économique qui concerne le risque de changement climatique provoqué par l'homme, de cerner les conséquences possibles de ce changement et d’envisager des stratégies d’adaptation et d’atténuation.

Le GIEC procède, à intervalles réguliers, à une évaluation de l’état des connaissances relatives au changement climatique. Ces rapports d'évaluation, qui servent de référence dans les négociations internationales sur le changement climatique, font appel à la collaboration de plus de 2500 scientifiques du monde entier. Le GIEC est divisé en 3 groupes de travail qui conduisent des expertises différentes : Groupe I : aspects scientifiques du système climatique et évolution du climat. Groupe II : vulnérabilité des systèmes socio-économiques et naturels aux changements climatiques, conséquences négatives et positives de ces changements et possibilités de s’y adapter. Groupe III : limitation des émissions de gaz à effet de serre et atténuation des changements climatiques.

Le 1e rapport d’évaluation du GIEC date de 1990, le 2e de 1995 et le 3e de 2001. Le 4e rapport sera rendu public en 2007 selon le calendrier suivant : Groupe I : Paris, 2 février - Groupe II : Bruxelles, 6 avril - Groupe III : Bangkok, 4 mai - Synthèse : Valence, 16 novembre. Le résumé à l’intention des décideurs de la 1e partie du 4e rapport du GIEC, portant sur les aspects scientifiques du système climatique et l’évolution du climat, sera discutée à l’UNESCO à Paris du 29 au 31 janvier et présentée le 2 février au matin. Les scientifiques du Groupe I se réuniront à huis clos pour travailler sur les points encore en discussion de leur rapport. Cette réunion sera l'occasion de rassembler 500 experts ''climat'' du monde entier dont Jean Jouzel, Directeur de l’Institut Pierre Simon Laplace, Hervé Le Treut, Directeur du Laboratoire de météorologie dynamique de Paris-VI et Serge Planton du Centre National de Recherches Meteorologiques, qui comptent parmi les auteurs français de cet important rapport.

Ces experts finaliseront le résumé à l'intention des décideurs : Bilan 2007 des changements climatiques : les bases scientifiques physiques, sur lequel le secret a jusqu’ici été bien gardé.

Pour le réseau action climat, on s’attend à ce que le rapport confirme la responsabilité de l’action de l’homme dans le réchauffement climatique mondial observé depuis le milieu du 19e siècle. Les prévisions pour 2100 du 3e rapport (2001) – augmentation de la température moyenne du globe de 1,4 à 5,8°C et élévation du niveau des océans de 9 à 88 cm – seront affinées grâce à l’amélioration des observations et des simulations faites par les scientifiques depuis 2001.
Selon le le réseau action climat quelques modifications sont probables mais elles ne devraient pas remettre en cause l’aggravation du changement climatique qui nous attend si nous ne prenons pas rapidement les mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui s’imposent (CO2, CH4, N2O, gaz fluorés…). Le résumé devrait aussi confirmer ou revoir à la hausse la probabilité d’une augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements climatiques extrêmes – canicules, tempêtes, fortes précipitations, etc. - dans le futur.

Le résumé à l’intention des décideurs sera présenté lors d’une conférence de presse du GIEC le 2 février au matin et sera disponible, une heure avant cette conférence de presse, sur le site Internet du GIEC.

La sortie du 4e rapport ne modifiera pas en profondeur la connaissance déjà acquise sur l’évolution du climat, ni les prévisions concernant les impacts du changement climatique. Elle devrait surtout confirmer les conclusions du 3e rapport datant de 2001.

Le Réseau Action Climat-France (RAC-F) et ses organisations membres réitèreront donc leurs demandes de mesures fortes pour contenir le réchauffement de la planète.
Pour la 1e période d’application du Protocole de Kyoto (2008-2012), une trentaine de pays industrialisés se sont engagés à réduire globalement de 5,2% leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), par rapport au niveau de 1990. Cet objectif seul ne permettra nullement d’enrayer l’emballement de la machine climatique.
Les scientifiques soulignent que pour éviter de graves conséquences, sur la biodiversité et les populations humaines, il faut contenir, avant la fin du siècle, le réchauffement global en deçà de 2°C par rapport à la température moyenne préindustrielle. Pour parvenir à cet objectif, les émissions mondiales de GES doivent être divisées par deux d’ici 2050. Les associations du RAC-F appellent donc les pays industrialisés, principaux responsables du réchauffement actuel, à réduire leurs émissions de GES de 30% en 2020 et de 80% en 2050, tout en aidant les pays en développement à juguler progressivement leurs émissions.

Deux enjeux sont donc essentiels au niveau international : les pays industrialisés qui se sont engagés à réduire leurs émissions de GES entre 2008 et 2012 doivent absolument respecter les objectifs qu’ils se sont fixés ; les nouveaux engagements qui seront adoptés pour la prochaine période d’application du Protocole de Kyoto doivent être à la hauteur de l’enjeu climatique et donc beaucoup plus ambitieux que les précédents.

Le RAC-F rappelle qu’en la matière, le temps est compté. Tout retard dans la prise de décision nous éloigne de la possibilité de limiter le réchauffement en dessous de 2°C. Les Parties au Protocole de Kyoto et l’ensemble des pays industrialisés doivent donc se mettre rapidement d’accord, en 2008, sur le contenu de leurs futurs engagements. Union européenne : un leadership indispensable sur le climat

Dans le cadre du Protocole de Kyoto, l’Union européenne (UE) doit réduire de 8% ses émissions de GES entre 2008-2012 par rapport au niveau de 1990, objectif réparti ensuite entre Etats membres. Même si l’UE peut être considérée au niveau international comme une force motrice de la lutte contre le changement climatique, elle reste timide sur son propre territoire, notamment quant à son action dans les domaines clés que sont les transports, l’énergie et l’habitat. Or, avec la défection actuelle de l’administration Bush sur le sujet et les errements du Canada, il est indispensable que l’UE reste une force motrice pour faire avancer la lutte mondiale contre le changement climatique.

Au niveau international (notamment lors de la prochaine conférence internationale, fin 2007), l'UE doit œuvrer pour l'adoption, par le groupe des pays industrialisés, d’un objectif de réduction de 30% de leurs émissions de GES d’ici à 2020 par rapport au niveau de 1990.

Au niveau européen, la Commission européenne a proposé dans une communication de janvier 2007 que les Etats membres s’engagent à diminuer conjointement leurs émissions de 30% pour 2020 si les autres grands pays industrialisés font de même et de seulement 20% le cas échéant. Ce dernier objectif est très insuffisant et rendrait quasiment impossible une division par 4 des émissions d’ici 2050.

Ces objectifs seront discutés par les chefs d’Etat et/ou de Gouvernement les 8 et 9 mars prochains, lors du Conseil de Printemps. Le RAC-F demande ainsi à la France de soutenir fermement lors de ce Conseil : l’adoption d’un objectif de réduction unilatéral des émissions de l’UE de 30% d’ici à 2020 ; la défense de cet objectif sur la scène internationale auprès des autres pays industrialisés.

Par ailleurs, l'utilisation du nucléaire pour tenter de lutter contre le dérèglement climatique doit être totalement proscrite, tant du fait des dangers induits que du fait de la totale inefficacité de cette option. Le nucléaire est d'ailleurs exclu, sur le plan international, du "Mécanisme pour un Développement Propre" (MDP).
Pour le réseau la France reste aussi à la traîne et de vrais efforts restent à fournir. Depuis six mois, le changement climatique est devenu un véritable thème de société. On ne compte plus les rapports qui le placent comme priorité n°1, ni les sondages qui montrent que les Français s’en inquiètent. Même si le 11 janvier 2007, lors du 2e Rendez-vous Climat, le gouvernement s’est autocongratulé pour ses avancées en terme de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES), les actions du gouvernement restent très en dessous des attentes de la société française et des ONG.
Selon les résultats affichés le 11 janvier, la France a émis, en 2005, 1,8% de GES de moins qu’en 1990. Certes, notre modeste objectif de stabilisation dans le cadre du Protocole de Kyoto est en bonne voie d’être atteint.
Mais pour atteindre l’objectif de division par 4 des émissions françaises de GES en 2050, objectif fixé par le Président de la République et repris dans la loi de programme fixant les orientations de la politique énergétique de juillet 2005 (dite loi POPE), il serait nécessaire de les réduire de 3% par an. Nous en sommes très loin, en raison d’une frilosité excessive à attaquer les principaux potentiels de réduction des émissions de GES (transport, habitat, agriculture, industrie).

Les émissions du secteur des transports ont augmenté de près de 23% depuis 1990. Alors que des mesures drastiques pour réduire le tout routier s’imposent, la principale mesure que le gouvernement met en place est le développement des agrocarburants, en particulier l’éthanol, pour lequel le RAC-F et de nombreuses associations et institutions émettent les plus grandes réserves (gain énergétique médiocre, réduction d’émissions de GES marginales, agriculture intensive, lourdeur pour le budget de l’Etat…). Il est plus que temps d’intensifier les politiques pour réduire la demande de transport routier, de développer des véhicules plus sobres, de réduire les vitesses maximales sur route, de modifier les comportements en développant et favorisant les transports collectifs et les modes de déplacement “doux” (marche, vélo...). Seules ces mesures engagées avec rapidité et détermination auront les effets nécessaires.

Les émissions du secteur des bâtiments ont progressé de 22% depuis 1990. Sans plan d’actions fort, il émettra au moins 125 millions de tonnes de CO2 en 2015. Pour les bâtiments neufs, les réglementations thermiques en vigueur impose des seuils de consommation énergétique maximale à ne pas dépasser. Cependant, elles manquent encore sérieusement d’ambition et sont très peu respectées, même si elles ont le mérite d’être révisées tous les 5 ans. En revanche pour les bâtiments existants, aucune réglementation pour la rénovation n’existe alors qu’ils constitueront plus des 2/3 du parc immobilier en 2050. L’habitat collectif privé est totalement oublié. Il est plus que nécessaire de mettre en place un plan national de rénovation énergétique du parc sur les trente prochaines années, associé à un objectif de performance énergique obligatoire pour tous les bâtiments existants.

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